Entretien passionné et fort utile avec Michel Gros

Hello Michel,

Vous êtes l’auteur du célèbre « Calendrier Lunaire ».
Merci de nous faire l’honneur de répondre à l’invitation des « Chroniques des Fontaines ».

À l’occasion des quarante ans du « Calendrier Lunaire », nous vous proposons un entretien intime et passionné qui, nous l’espérons, saura éveiller le public.

ADF : Michel, vous êtes paysan et œuvrez de part votre pratique de l’agriculture biologique au service de la terre. À l’attention des lecteurs qui ne connaissent pas bien la distinction, pouvez-nous éclairer sur l’agriculture bio, ses différences avec l’agriculture moderne et, fondamentalement, les points de rupture entre un paysan et un agriculteur ?

MG : Travailler en agriculture biologique, c’est travailler en harmonie avec la nature. L’agriculture biologique respecte les cycles naturels et n’a pas d’impact négatif sur le sol ni sur l’environnement. Tandis que l’agriculture conventionnelle (moderne) utilise des produits chimiques et des techniques qui détruisent les sols et l’environnement. Le seul but de cette agriculture c’est le rendement, même au détriment de notre santé et de celle de notre planète. C’est une méthode vouée à l’échec dont on constate de plus en plus les conséquences négatives. Pour plus de clarté envers les consommateurs, on devrait d’ailleurs parler « d’agriculture » pour la méthode biologique et « d’agriculture chimique » pour la méthode conventionnelle…
Pour moi, la différence réside donc dans le choix entre « travailler la terre » et « travailler avec la terre ». Travailler en accord avec la terre, c’est travailler en accord avec le monde qui nous entoure.

ADF : Vous êtes fils de paysan, et avez naturellement, si je puis dire, repris les pas de votre père. Racontez-nous cette transmission et vos premiers pas en tant que paysan.

MG : Oui, mon père était paysan dans un petit village du Jura. J’ai grandi dans une petite ferme avec quelques animaux. C’est grâce à mon père que j’ai eu envie de devenir maraîcher. Il m’a transmis le goût de la terre et aussi la patience d’observer la nature. Il n’était pas déclaré en agriculture biologique mais il était contre les produits chimiques et a toujours travaillé de façon naturelle.
Quand je me suis installé en tant que maraîcher en 1975, l’agriculture biologique était donc une évidence pour moi. Il me semblait inconcevable d’utiliser des produits chimiques pour cultiver des légumes qu’on allait manger par la suite… de plus les conséquences sur le sol et l’environnement commençaient déjà à se faire connaître, même à l’époque. Je me suis donc installé en bio à l’âge de 23 ans et, même si j’ai eu les difficultés que tout le monde partage au départ d’un projet, je me suis vite senti à ma place. Et par la suite, le retour des gens à qui je vendais mes légumes sur les marchés m’a également conforté dans cette voie.

ADF : Des conseils pour les gens de la ville qui souhaiteraient se lancer dans la culture bio (dans l’inconscient collectif des gens de la ville, le retour à la terre est une utopie rêvée qui rapidement s’envole tel un mirage quand ils lâchent leur confort citadin pour s’y consacrer. Ils ne réalisent pas à quel point le travail de la terre est difficile et exigeant) ?

MG : Pour moi, faire pousser des plantes est avant tout une passion. Alors si l’envie est là, peu importe les conditions, il faut se lancer ! Mais pour un premier jardin, je conseillerais de commencer sur une petite surface en faisant pousser seulement quelques variétés de légumes que l’on aime. Il est important que le jardinage corresponde également à un moment de détente et qu’on y prenne plaisir ; commencer trop grand peut vite décourager… Ensuite, je dirais qu’on apprend sur le tas au fur et à mesure, et les meilleures leçons restent d’ailleurs les expériences que l’on fera.

ADF : Décrivez-nous votre méthode de travail, vos rituels, votre premier geste au lever du soleil.

MG : J’ai la chance de vivre et travailler au même endroit, je peux donc passer très facilement de mon bureau à mon jardin… J’habite à coté de la forêt sur un grand terrain avec des arbres fruitiers où je cultive toutes sortes de légumes. En général, je me lève très tôt et je commence la journée par un tour dans le jardin, à regarder les plantes. Cela me permet de commencer la journée dans le calme et ça me donne de l’énergie. Je partage mon temps entre la création du Calendrier Lunaire, sa distribution et le jardin. Aujourd’hui, j’ai arrêté le maraîchage professionnel car j’avais besoin de consacrer plus de temps au Calendrier ; par contre, j’ai toujours la même surface de terrain et je continue de cultiver toutes sortes de légumes (j’adore essayer de nouvelles variétés venant d’autres pays et, certaines s’acclimatent d’ailleurs très bien). Cela me permet également de réaliser des essais toujours plus poussés pour apporter encore de nouvelles précisions au contenu du Calendrier Lunaire. 

ADF : Comment est né  le Calendrier Lunaire (il me semble que vous avez rejoint l’aventure en cours de route, et avez par la suite, repris en charge le projet) ?

MG : Oui, l’histoire du Calendrier Lunaire a débuté avec Pierre-Henri Meunier. C’était un passionné qui s’intéressait autant au jardinage qu’à l’astronomie, l’astrologie ou les médecines douces. Il a commencé en 1978 et je l’ai rejoint l’année suivante en 1979. Avec un petit groupe de bénévoles, nous aidions à la création du Calendrier et à son impression… Au début, le Calendrier n’avait pas plus d’une dizaine de pages et on en imprimait seulement quelques dizaines d’exemplaires sur feuilles ronéotypées. Par la suite, Pierre-Henri s’est orienté vers la médecine énergétique et pour s’y consacrer pleinement il a souhaité déléguer la création du Calendrier Lunaire ; il nous a donc demandé de continuer sans lui. Petit à petit, l’équipe bénévole s’est dissoute et c’est mon collègue actuel, Noël Vermot-Desroches et moi même qui avons continué seuls l’aventure. J’ai poursuivi mes essais et observations sur le terrain et cela nous a permis de développer le contenu du Calendrier Lunaire au fil des années…Il compte 130 pages aujourd’hui. 

ADF : Parlons à présent de cette lune qui a tant inspiré les civilisations passées, les philosophes Grecs, Socrate, Démocrite, les mythes anciens et d’aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de l’influence primordiale de la lune sur notre terre.

MG : C’est vrai que dans l’histoire de la civilisation, cela fait un moment que l’homme observe la lune… Personnellement, c’est avec mes parents que j’ai découvert que la lune pouvait avoir une influence. Quand j’étais petit, je les entendais parfois parler de la lune quand il s’agissait de sortir les vaches au printemps, de rentrer les foins ou de planter les pommes de terre… Cela me semblait naturel du coup et je n’y faisais pas vraiment attention. Par contre, quand j’ai commencé mon exploitation j’étais un peu plus sceptique; alors j’ai décidé de tester par moi-même si oui ou non la lune pouvait avoir une influence. Je notais toutes les dates de semis sur mon carnet, et petit à petit je me suis rendu compte qu’effectivement on obtenait des résultats différents suivant les phases lunaires. Je me souviens très bien d’un essai que j’avais réalisé avec des carottes et qui m’avait beaucoup marqué. J’avais semé une ligne de carottes au moment d’un nœud lunaire avec en plus un mauvais aspect planétaire et, le lendemain qui était une date favorable, j’avais semé une deuxième ligne juste à coté de la première… Il s’agissait des mêmes graines et de la même terre, pourtant au moment de la récolte j’ai obtenu des carottes deux fois plus belles sur la deuxième ligne ! Pour moi, ça a été un vrai déclic et j’ai continué de faire des essais ; et puis la rencontre avec Pierre-Henri en parallèle a été décisive pour la suite. 

ADF : Comment expliqueriez-vous à notre civilisation moderne déconnectée de ses racines qu’a contrario, contrairement à ce que la science veut nous faire croire, tout est connecté, que ça soit dans la culture des sols, notre mode de vie ou bien dans la médecine (qui traite les symptômes et non les causes de la maladie).

MG : À vrai dire, j’ai l’impression que la science démontre de plus en plus que tout est connecté. De nombreuses études scientifiques montrent que dans notre environnement chaque chose est à sa place et que le moindre déséquilibre peut avoir de graves conséquences. Il nous faut donc réaliser que chaque action a une conséquence. Par exemple, utiliser du désherbant dans sa cours semble anodin pour certains, et pourtant cela contribue à polluer le sol et les nappes phréatiques, sans parler des incidences sur la faune et la flore… Les gens s’inquiètent du fait que de nombreuses espèces animales et végétales disparaissent petit à petit, mais ce n’est là qu’une des conséquences visibles de notre impact sur l’environnement, et je ne parle même pas de l’échelle industrielle…
Aujourd’hui, il est temps de réaliser que nous faisons partie d’un écosystème où tout est lié. Et ce n’est pas qu’une question d’échelle, même les petites actions ont leur importance et peuvent se révéler parfois déterminantes. À nous de l’intégrer dans le quotidien. 

ADF : Question pratique et d’actualité, ne craignez-vous pas que la pollution des sols par les adjuvants chimiques, etc., n’empêche à terme à la cuisine saine et bio de pérenniser ? Quel avenir pour la culture bio si les sols sont tous contaminés (par exemple par des déchets radioactifs) ?

MG : Oui, c’est un problème très grave. Quand je pense à mes petits enfants, je suis attristé de la qualité de l’environnement que nous leur laissons. Mais en même temps, il ne faut pas baisser les bras, et il n’y a d’ailleurs que la méthode biologique qui nous permettra de réhabiliter nos sols. Je pense à tous ceux qui travaillent dans ce domaine, comme par exemple Claude et Lydia Bourguignon qui font un travail formidable et nous montrent que si nous faisons ce qu’il faut, la vie d’un sol pollué peut renaître. Aujourd’hui, nous avons tous les éléments en main pour avancer dans la bonne direction.

ADF : Un mot encore sur l’actualité et le nucléaire. Le déni des autorités publiques quant aux dangers concrets de ses centrales atomiques obsolètes (la radioactivité, le pic de croissance des cancers, la pollution des sols, des cours d’eau, de l’air, de l’écosystème) qui pourraient, à long terme, compromettre l’avenir de notre civilisation ne vous choque-t-il pas ? Qu’avez-vous à leur dire ?

MG : Oui bien sûr, c’est choquant. C’est fou de penser qu’au nom du profit on peut détruire l’environnement et notre santé. Ils ne se rendent pas compte des enjeux et on ne peut qu’être en colère et triste de voir que les autorités publiques ne prennent pas leurs responsabilités. Pourtant il existe de nombreuses alternatives durables au niveau de la fabrication d’énergie. 

ADF : Parlez-nous des lecteurs du Calendrier Lunaire. Quels sont vos retours, avez-vous des témoignages porteurs d’espoir à nous faire partager ? Ou des anecdotes singulières ?

MG : J’ai beaucoup de retours de personnes qui, m’appelant pour des conseils, me témoignent de l’utilité du Calendrier Lunaire dans leur vie et j’en suis très heureux. Je n’ai pas d’anecdotes particulières mais depuis les débuts du Calendrier Lunaire, j’ai eu l’occasion d’échanger avec un très grand nombre de lecteurs, et c’est vraiment très enrichissant…c’est aussi grâce à eux que le contenu du calendrier a évolué au fil des années. 

ADF : Avec votre pratique de l’agriculture bio, et votre Calendrier Lunaire, qui connaît année après année un énorme succès, est-ce que vous vous sentez investi d’une mission de santé publique ?

MG : Je ne pense pas, en tout cas je n’en ai pas la prétention. Mais si le Calendrier Lunaire peut toucher certaines personnes et leur montrer l’efficacité des méthodes naturelles, alors je serai heureux d’avoir participé à ce changement de conscience. D’un autre coté, je me sens bien sûr responsable de la qualité du contenu du calendrier et, chaque année j’essaye de l’améliorer pour apporter un peu plus au lecteur… 

ADF : Il est difficile de ne pas vous comparer avec Pierre Rabhi, l’essayiste pionnier de l’agriculture bio en France. Avez-vous rencontré l’homme ? Vous sentez-vous proche de ses actions, son combat ?

MG : Merci, c’est vraiment un compliment, mais à vrai dire, je ne me sens pas à la hauteur de la comparaison. J’aime beaucoup Pierre Rabhi et tout ce qu’il fait ; pour moi c’est un exemple de volonté et de sagesse. Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois lors de l’une de ses conférences, mais je ne m’étais pas présenté par rapport au Calendrier Lunaire, en tout cas j’avais été très touché par son calme et son savoir. C’est un grand homme qui œuvre pour le bien et je suis très heureux qu’aujourd’hui, il soit mis en avant dans notre société. En tout cas, ce serait un vrai plaisir de passer une journée avec lui à échanger. 

ADF : Vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste quant à l’avenir de notre planète ?

MG : Un peu des deux… Nous sommes maîtres de notre environnement et même si la situation tend vers le catastrophique, j’ai l’impression qu’on peut toujours faire quelque chose. On voit d’ailleurs de plus en plus d’actions positives se développer aujourd’hui, dans tous les domaines il y a des gens qui font des choses super et œuvrent pour une société et un avenir meilleurs pour nos enfants. 

ADF : La spéciale « Des Fontaines » : avez-vous un mot, une pensée « Michel Gros » à l’attention des lecteurs des « Chroniques des Fontaines » (ou une citation qui vous tient à cœur) ?

MG : J’aurais envie de citer deux mots: « collectif » et « nature ». Je crois qu’aujourd’hui, le temps est à l’esprit collectif; nous ne pouvons plus rester chacun dans notre coin, il faut se rassembler pour faire les choses ensemble car, c’est à ce moment là, que tout devient possible. Et « nature », car il est temps que La Nature reprenne sa vraie place dans nos sociétés… Nous avons trop longtemps oublié que nous dépendons entièrement d’elle. 

Merci d’avoir répondu passionnément, Michel.

MG : Merci à vous. 

Pour en savoir sur Le Calendrier Lunaire et Michel Gros, c’est par ici :

 https://www.calendrier-lunaire.fr/le-calendrier/qui-sommes-nous/

Calendrier Lunaire 2018, 40ème édition, par Michel Gros, Calendrier Lunaire Diffusion, septembre 2017, 131 pages, 8,50 euros.

Enfin, retrouvez en parallèle ma chronique ensoleillée consacrée au Calendrier Lunaire, ici, dans notre rubrique « Coups de ♡ ».


Arnaud Delporte-Fontaine

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