Entretien humaniste et engagé avec Fabien Rodhain

Hello Fabien, 

Merci de nous faire l’honneur de répondre à l’invitation des « Chroniques des Fontaines ».

À l’occasion de la sortie du tome 3 des « Seigneurs de la terre », votre passionnante saga militant pour la santé publique qui cartonne chez Glénat, nous vous proposons un entretien intime et passionné qui, nous l’espérons, saura vous dévoiler davantage au public…

ADF : Fabien, vous êtes un humaniste engagé. La protection de l’environnement et du coup de l’humanité sont vos fers de lance. Racontez-nous ce qui vous a amené à vous lancer dans l’arène ô combien redoutable du combat pour le devenir de la terre ?

FR : Je ne me rappelle pas d’un moment unique où j’aurais reçu une révélation, mais j’ai probablement été réceptif à des messages lancés ça et là : un bout d’information, une chanson de Cabrel, un film de Marie-Monique Robin, l’odeur des pesticides dans la campagne, l’agriculteur en tenue de cosmonaute… et à un moment, bingo ! Notre Conscience nous dit « bon ok… alors maintenant, tu fais quoi, toi ? ». Alors nous avons commencé à poser des actes, sur le plan privé et familial avec mon épouse, sur le plan artistique avec l’écriture, pour transmettre. Et la Conscience, c’est terrible ! Elle vous chope par un doigt, puis c’est tout le bras et enfin le corps et l’âme qui y passent ! Je ne connais personne qui ait fait marche arrière, sur ce chemin. En ce qui me concerne, ce n’est pas très mentalisé : il m’est naturel de faire ma part au service de la Vie. C’est peut-être aussi thérapeutique : si je regardais, les bras croisés, les risques insensés qu’une petite partie des hommes fait prendre à l’ensemble du Vivant, je crois que je deviendrais fou… ou totalement cynique, ce qui n’est guère mieux. Je transcende ma colère envers les criminels prêts à tout pour servir leur avidité : parfois je me demande si on s’en sortira pacifiquement… En 1789, des têtes sont tombées pour moins que ça ! 

ADF : Vous êtes auteur de bandes dessinées, de romans et de pièces de théâtre (Des semences et des hommes), vous êtes ou avez été coach, bref, vous êtes multicartes. Comment vous définissez-vous ? Êtes-vous tout simplement (au vu de vos messages et vos activités) un homme au service des autres ? 

FR : Non, je ne crois pas. Je connais des personnes qui sont « au service de » : c’est dans leur essence, ce qui n’est pas mon cas. Bien sûr, je sais aussi me mettre au service, mais ce n’est pas mon moteur. Et puis, je ne suis pas dupe de ma part d’ego, qui se nourrit aussi de mon action et aime être sur le devant de la scène. Je le comprends et l’accepte, mais de temps en temps je demande à mon ego de la mettre en veilleuse ! Je me définirais plutôt comme un touche à tout, un impulseur, un vulgarisateur.   

ADF : Fabien, parlez-nous de vos débuts dans la bande dessinée, comment vous est venue l’idée de vous attaquer aux Seigneurs de la terre ? Votre rencontre avec le dessinateur, Luca Malisan ? Les lecteurs sont friands du parcours des auteurs…

FR : Je suis entré dans le monde de la BD par effraction ! En 2013, j’ai reçu le prix « Travail et bien-être » dans un festival d’entrepreneurs, pour mon activité de codéveloppement (une méthode d’intelligence collective, que je pratique et enseigne). Il se trouve que Jacques Glénat, fondateur et président de la maison éponyme, a lui aussi reçu un prix (des « bâtisseurs »). Une coupe de champagne à la main, après nos félicitations mutuelles, je lui ai dit « mais je ne fais pas que ça : je suis aussi auteur… » et je lui ai parlé de mon idée de lancer une grande saga sur le monde paysan. Il faut dire que j’étais venu à la BD adulte avec « Les maîtres de l’orge », une des séries – référence chez Glénat. J’avais l’ambition (rien que ça !) de faire le même genre de chose, mais autour d’un  propos de fond engagé. Autrement dit, une BD à la fois grand public et engagée, ce qui ne court pas les rues ! Je suis pas certain qu’il m’ait pris tout de suite au sérieux, mais je lui ai offert le texte de ma pièce de théâtre « Des semences et des hommes » et quelques mois après, il m’écrivait un mail : « dis, tu ne devais pas m’envoyer un scénario pour une saga paysanne ? ». Peu de temps après, j’étais dans ses locaux avec lui-même et Philippe Hauri, directeur de collection. Je croyais rêver ! Si Spielberg m’avait dit « come on guy, on va faire un film ensemble », je n’aurais pas été plus heureux ! Ils m’ont proposé trois dessinateurs, j’ai choisi Luca pour la beauté de ses paysages, des expressions humaines et… des scènes d’amour. 

ADF : Des conseils pour les artistes en herbe qui souhaiteraient emboiter vos pas verts ? Et aux parigots qui voudraient tout lâcher pour se lancer dans la culture bio ?

FR : À tous, je dirais : laissez-vous toucher, puis rêvez votre vie, et alors vous vivrez vos rêves ! Comme dit Paolo Coelho : « quand vous désirez vraiment quelque chose, c’est comme si l’univers conspirait pour que cela se réalise ! » C’est l’histoire de ma vie… Simplement, il ne faut pas être trop pressé et, au contraire, continuer à croire en son étoile, inlassablement, alors qu’on n’a encore rien reçu ou presque… 19 éditeurs je crois, ont refusé mon premier roman, et j’ai donné ma première conférence parisienne devant… une personne ! 

ADF : Décrivez-nous votre méthode de travail, vos rituels. 

FR : Mes journées ne sont pas très organisées, étant donné mon côté multi-cartes, comme vous l’avez souligné. Mais voici la méthode que j’affectionne pour écrire une BD : d’abord me documenter tous azimuts, me laisser toucher par diverses sources (musique, films, séries TV, balades dans la nature, livre sur l’écriture dramaturgique…) et noter les idées qui me viennent sur des bouts de papier. Puis, vient le moment d’organiser : je répartis tous les bouts de papier sur une grande table, puis les regroupe. C’est un sacré bazar ! Je peux ensuite écrire une première version de scénario global. Puis, j’imagine les séquences et scènes, qui vont donner le scénario définitif. J’évalue le nombre de pages, avant d’attaquer ce qu’on appelle dans la BD le « découpage » : planche par planche, case par case, j’imagine et j’écris la base de travail du dessinateur.

Ex : planche 24 – case 1. Intérieur nuit, une faible lumière indirecte. Ils sont assis face à face, dans des fauteuils bas. Elle, tension palpable sur son visage : « comment nous en sortir ? » Lui, pensif, tête dans les mains : « J’y réfléchis, ma chérie… J’y réfléchis… »

Peu de rituels, sauf pour le plaisir ! Par exemple, quand m’arrive par mail une nouvelle planche du dessinateur, j’aime attendre la fin de journée pour la savourer sur ma terrasse, face à la nature, avec une bonne bière belge ! Un autre : lorsque je sens mon inspiration chancelante (ce qui m’arrive immanquablement au bout d’un certain temps d’écriture), et que je sais d’expérience que je vais créer quelque chose qui ne me satisfera pas avec le recul, je lis une bonne BD ou regarde un ou deux épisodes d’une série TV bien écrite (Downtown Abbey, Bloodline…). J’ai alors un peu de mal à convaincre ma femme et mes enfants que je suis en train de travailler… J

Ou encore un autre rituel : écrire dans le train, comme je suis précisément en train de le faire. J’aime bien l’ancien slogan du TGV : « prenez le temps d’aller vite ». Posé au milieu des gens, je m’isole dans l’écriture… tout en restant perméable à ce qui se passe autour de moi (principale source d’inspiration d’un auteur !) 

ADF : Vous pensez« adaptation ciné » quand vous scénarisez vos bandes dessinées, ou vos romans (L’homme qui ouvrit les yeux, Autopsie d’une manipulation…)? 

FR : Oui, je crois que cette idée m’a traversé l’esprit lors de chaque écriture. Dans le cas de L’homme qui ouvrit les yeux, j’ai même écrit les scènes d’action en imaginant que je regardais le film correspondant. Autopsie d’une manipulation est plus intérieur. J’ai beaucoup d’affection pour ce livre, et pas uniquement parce que je l’ai co-écrit avec mon épouse ! Dans le cas de la BD, c’est encore plus clair : je crois que la plupart d’entre elles peuvent facilement être transposées à l’écran, car elles sont construites autour d’une forte exigence scénaristique, ce qui n’est pas forcément le cas des romans… 

ADF : Si Les Seigneurs de la terre devaient être adaptés au cinéma, qui verriez-vous réaliser la saga (hélas, Claude Berri nous a quittés) ?

FR : Je vais vous surprendre, mais le premier nom à me venir spontanément est Leonardo DiCaprio, dont l’engagement écologique n’est plus à démontrer (même si des esprits chagrins me rétorqueront qu’il prend des avions ou a été photographié un jour dans un 4×4…) Et en France, pourquoi pas Guillaume Canet ? Que je verrais bien, du même coup, dans le rôle de Florian ! 

ADF : Dans le tome 2 des Seigneurs de la terre, le héros, Florian voit ses sols se faire polluer par les pesticides d’un agriculteur voisin, jaloux de son succès, et méprisant la culture bio et saine, et souhaitant du coup, on peut le dire, son échec. C’est plus que rageant. C’est une expérience que vous avez personnellement connue ou bien est-ce inspiré du malheur de l’un de vos proches ? Ou une pure fiction (je n’ai pas ce sentiment) ? 

FR : Je ne sais pas si j’ai le cerveau assez retors pour imaginer qu’on puisse agir ainsi ! C’est donc malheureusement inspiré du réel, comme tous les faits dans cette saga. Lorsque j’écrivais le tome 2, j’ai rencontré les dirigeants d’Ecocert, certificateur bio. À l’un d’eux, j’ai demandé une anecdote, et c’est lui qui m’a raconté cette histoire de traitement aux pesticides, un jour de grand vent qui souffle vers le voisin bio… Et il a souligné que c’était un comportement relativement fréquent ! 

ADF : En lien avec la question précédente, ne craignez-vous pas que la pollution des sols par les adjuvants chimiques, etc., n’empêche à terme à la cuisine saine et bio de pérenniser ? Quel avenir pour la culture bio si les sols sont tous contaminés (par exemple par des déchets radioactifs) ? 

FR : Je ne suis pas assez expert en la matière. Mais toutes les études montrent qu’en consommant bio, notre organisme ingère infiniment moins de substances nuisibles qu’en consommant « conventionnel ». C’est donc mieux, dans tous les cas de figure, même si ce ne sera jamais parfait, en lien avec ce que vous citez. Je n’ai pas de crainte pour la pérennité car le mouvement qui est en marche vers le bio est une lame de fond, et je ne pense pas que nous ferons machine arrière.    

ADF : À la fin du tome 3, Florian renoue en Inde avec sa mère… Il défend désormais, en quelque sorte, les faibles et les opprimés. Qu’est-ce qui nous attend dans le tome 4 (que l’on attend avec impatience, si si !) ?

FR : La suite ! J Ce que je peux déjà vous dire, c’est que le tome 4 va en quelque sorte boucler ce premier cycle, en apportant des réponses aux mystères lancés plus tôt, et aussi des principes de permaculture. 

ADF : Les Seigneurs de la terre explique très clairement la différence entre l’agriculture moderne et la paysannerie, « nuance » essentielle si l’on veut comprendre les enjeux de notre alimentation. Pouvez-vous développer ce sujet, fondamental pour notre devenir me semble-t-il ? 

FR : C’est une question de terminologie qui, à vrai dire, est véritablement identitaire : dans l’après-guerre, avec l’arrivée de la modernité (machines et chimie) dans les champs, la plupart des agriculteurs ont rejeté le terme de « paysan », qui sentait trop la bouse à leur goût. Agriculteur était bien plus prestigieux, et il y a même bien pire : « exploitant agricole » (vous me direz qu’au moins, cela annonce la couleur, Dieu sait on l’a exploitée, notre pauvre terre-mère !) voire « agromanager » (là, c’est le pompon !). À l’inverse, aujourd’hui, celles et ceux qui font un retour à la terre en bio, revendiquent à nouveau le titre de paysan, noble à leurs yeux (et évidemment aux miens). Laissez résonner le terme en vous, ne sentez-vous pas comme il véhicule l’attachement à la Terre ? 

ADF : Quel lien avez-vous avec votre lectorat, comment reçoivent-ils votre message éclairé sur la situation catastrophique de l’alimentation mondiale ? 

FR : J’ai deux sortes de lecteurs, ou de spectateurs dans le cas du théâtre : d’un côté, ceux qui sont déjà acquis à la cause, et apprécient de la voir défendre d’une manière artistique. Souvent, cela leur permet aussi de véhiculer le message auprès de leurs proches d’une autre manière, sans donner de leçons. La deuxième catégorie est celle qui vient pour la forme artistique : les amateurs de théâtre, les fans de BD. Ils ne sont pas a priori intéressés par le sujet, et cherchent un bon moment. Là, il faut être à la hauteur car leur jugement va uniquement porter sur la qualité de l’œuvre et, si le pari est réussi, ils vont se laisser toucher par le message ou, au moins, s’interroger.

Exemple, dans le tome 1 de la BD : « Ce qu’il raconte peut-il être vrai ? Qu’en Amérique du sud, tout ce maïs et ce soja OGM ne servent quasiment qu’à nourrir le bœuf que nous ingurgitons en Occident… Que là-bas, les gens en sont malades, que cela crée les paysans sans terre… Et que la quantité de céréales nécessaire pour produire un kilo de steak nourrirait une personne pendant un mois ? Tout ça, c’est un peu gros, non ? » Mais s’ils vérifient sur Internet, ils vont penser « merde, c’est vrai ! ». Là, on a marqué un point, on a semé des graines de changement, et donc d’espoir. Mon objectif est de parler aux cœurs pour toucher les consciences. Depuis que je l’ai entendu, je suis très inspiré par l’objectif de « gagner un nouveau public », cher à Pierre Rabhi (Note des Chroniques : auteur et conférencier, Pierre Rabhi est à la fois paysan, l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France, et philosophe).

L’exemple qui m’a le plus touché : après avoir assisté à une représentation de ma pièce de théâtre, un couple s’est interrogé pendant 6 mois : quels actes forts allons-nous poser ? Ils ont ensuite pris des décisions en famille, avec leurs enfants : de faire des cadeaux de Noël 100 % éthiques et, surtout, adopter une petite fille sud-américaine, orpheline suite aux problèmes posés par l’agriculture dans la région. Lorsque j’ai lu leur lettre, j’en ai eu les larmes aux yeux : rien que pour eux, cela valait le coup ! 

ADF : Avec vos engagements humanitaires et votre positionnement sur l’agriculture bio, est-ce que vous vous sentez investi d’une mission de santé publique ? 

FR : Ce serait un peu fort de le dire ainsi, mais avec une famille de sept membres, ce qui constitue tout de même un petit échantillon représentatif, je peux attester que depuis plus de dix ans que nous consommons 100 % bio, végétarien et, lorsque c’est possible, local et/ou équitable, nous ne sommes pour ainsi dire jamais malades. Il est clair que nous sommes bien plus forts qu’avant, et nos enfants le constatent avec leurs amis de l’école ! Alors, qu’on ne vienne pas me parler des vaccins contre la grippe et autres stratégies des « pompiers pyromanes » qui d’un côté, rendent malades et de l’autre, prétendent soigner… Ce que démontre d’une manière éclatante le rachat de Monsanto (Note des Chroniques : entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles qui commercialise sous la marque « Roundup » l’herbicide le plus utilisé dans le monde, mais aussi numéro 1 mondial des semences, et premier fournisseur d’événements de transformation génétique utilisés pour la production de semences génétiquement modifiées) par Bayer. Rarement fusion d’entreprises n’aura été aussi tristement cohérente, surtout si on remet en perspective l’activité mortifère des deux énergumènes, la première ayant produit l’agent Orange largué sur le Viêtnam et l’autre le Zyklon B, utilisé dans les chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis !

En 2008, je m’étais d’ailleurs insurgé contre la fameuse vaccination de la grippe A, et mon roman Autopsie d’une manipulation  place son intrigue autour du scandale du Mediator et de ce cher Jacques Servier, honoré de la légion d’honneur par le président Sarkozy… En Occident, nous n’avons pas une industrie de la santé, mais une industrie de la maladie. À qui profiterait que nous soyons tous en bonne santé ? Alors, investi d’une mission sur ce sujet, peut-être pas ; fortement concerné sans aucun doute, puisque la santé est une des conséquences heureuse d’une alimentation saine et la maladie – pas toujours mais souvent, en tout cas sur un plan global – la conséquence de la malbouffe généralisée… ce qui commence dans les champs. 

ADF : Vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste quant à l’avenir de notre planète ? 

FR : Ni l’un ni l’autre, depuis que, comme le colibri de la légende amérindienne, je me focalise sur mon geste, mon action, plutôt que sur le résultat. C’est ce que j’explique dans le petit film de 13 minutes, Le monde avance, disponible sur Internet et sur mon site : la plupart du temps, s’orienter sur le résultat est désespérant, donc stérile. Par ailleurs, de nature, je suis un optimiste-né. Voici comment je l’applique à l’écologie :

  1. Jouir de ce que nous avons : quel gâchis, sinon ! Nous vivons dans un pays riche, d’une beauté sidérante, doté d’une culture magnifique. Je suis en bonne santé. Ne pas l’apprécier serait une insulte envers ceux qui souffrent ! À l’inverse, nous pouvons « essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour montrer l’exemple » (Prévert) ou « parce que c’est bon pour la santé » (Voltaire) ! De toute façon, quelle que soit la gravité de la situation, ce n’est pas en déprimant, en culpabilisant, en se réduisant… qu’on va changer les choses… Au contraire : pour donner, il faut commencer par se remplir !
  1. Regarder les yeux dans les yeux ce que nous devons absolument changer, parce que notre humanité nous le dicte. Je parle bien de « ce que nous devons absolument changer » et non de « tout ce qui ne va pas », démarche stérile qu’il vaut mieux laisser aux journaux quotidiens : on voit à quel point c’est anxiogène, donc incapacitant. Mais ce n’est pas gratuit : cette anxiété permanente nous maintient dans la peur, outil principal du pouvoir pour qui veulent que rien ne change. Ma proposition optimiste : cessez de regarder les infos, ouvrez les yeux autour de vous et posez des actes dans votre zone d’influence.
  1. Se remplir de la conviction que l’humanité a la capacité de relever les défis qui se posent à elle. L’homme a fait des choses incroyables, à commencer par son apparition ; il peut répondre au challenge actuel, qui l’interroge sur sa propre survie. Inutile de se lamenter ou de regretter : peu importe, on y est, alors il allons-y, collectivement ! Une information importante : on pense généralement qu’il faut au moins une bonne moitié de personnes convaincues, pour que les choses changent réellement. C’est faux : 15 à 20 % de personnes suffisent à enclencher un mouvement de fond. Il me semble que nous nous approchons de cette masse critique, qui verra s’accélérer irrémédiablement les changements de paradigmes de notre société : remise en cause de la sacro-sainte croissance, du matérialisme, de la primauté des villes sur la campagne, des pays du nord sur ceux du sud, de l’individualisme exacerbé, de la « science » sur l’humain et ô surtout, de l’homme sur la nature !

Comme vous le voyez, je n’ai répondu que sur la démarche, et pas vraiment à la question, puisque vous m’interrogiez sur une sorte de pronostic. Sur ce point, je dirai que la véritable question est : réussirons-nous à prendre le virage qui s’impose, sans avoir à subir une catastrophe générale qui nous ferait dire ensuite, comme après la Seconde Guerre Mondiale : « plus jamais ça ! » ? Car certes, les lignes sont en train de bouger fortement à mesure des prises de conscience, mais la résistance s’accroît en même temps que la volonté de mouvement : l’ombre grandit proportionnellement à la lumière. Qui va l’emporter, à court terme : les forces du changement, ou celles de l’immobilité, qui nous conduiraient à un cataclysme ? Et si la lumière gagne, sera-ce suffisamment tôt, puisque la nature, que nous avons tant maltraitée, prend elle-même des virages qui nous dépassent, et nous rappellent notre condition de petits êtres humains, membres de la première génération depuis son arrivée sur terre, qui soit en capacité de s’autodétruire… Mais ce questionnement ne remet pas en cause mon engagement de colibri, en tant que « combattant de la plume ». Au contraire.

ADF : La classique et indispensable question pour les lecteurs curieux : sur quoi travaillez-vous ces temps-ci, Fabien ? Une news à nous dévoiler en avant-première ?  

FR : J’ai achevé l’écriture du tome 4, et je travaille parallèlement sur plusieurs nouveaux projets de BD, en cours de discussion. Vous comprendrez donc que je ne puisse pas en dire beaucoup plus, si ce n’est que l’un d’eux concerne une collection que je lancerais, avec différents scénaristes et dessinateurs. Une collection engagée. Encore ? Eh oui… L’autre projet prendra probablement la forme d’un roman graphique très original, cette fois sur un thème où l’engagement ne sera pas central… mais le plaisir, si ! 

ADF : La spéciale « Des Fontaines » : avez-vous un mot, une pensée « Fabien Rodhain » à l’attention des lecteurs des « Chroniques des Fontaines » (ce qui vous passe par la tête) ?

FR: Après avoir jeté un coup d’œil à votre site, j’ai envie de dire à vos lecteurs qu’ils ont de la chance de vous avoir ! Je suis assez fan de votre ouverture et de votre liberté de ton.

Merci à vous pour ce moment, et pour ce que vous faites ! Et aussi, d’avance, à vos lecteurs pour être restés jusqu’au bout de mes longues réponses… Semons des graines d’espoir, ensemble ! 

Merci pour ces confidences sincères, Fabien. 

Pour en savoir sur Les Seigneurs de la terre, c’est par ici : 

http://www.glenatbd.com/bd/les-seigneurs-de-la-terre-tome-3-9782344022801.htm 

Retrouvez les actus de Fabien, ici :

http://www.glenatbd.com/auteurs/rodhain-fabien.htm
https://www.fabienrodhain.com/

J’invite ceux qui veulent se délecter des planches du dessinateur Luca Malisan à cliquer ici :

http://www.malisan.it/site/

« Les Seigneurs de la terre, tome 3 », scénarisé par Fabien Rodhain et dessiné par Luca Malisan, Glénat, septembre 2017, 13,90€.

Enfin, retrouvez en parallèle ma chronique enchantée des tomes 1 et 2 des Seigneurs de la terre, ici, dans notre rubrique « Coups de ♡ ».


Arnaud Delporte-Fontaine