MoriToni te salutant !

moritoniCe court-métrage burlesque est un script que j’ai écrit à l’origine à l’attention du chanteur Bense. C’est une anecdote concernant sa cage thoracique surdéveloppée digne d’un « pigeon » qui m’a soufflé l’idée de ce script. Bense a été rapidement séduit par le projet. Nos emplois du temps surchargés et nos routes qui se sont décroisées, depuis, ont fait que Toni n’a pas vu le jour. Mais, comme vous le savez, rien n’est définitif. Les chemins du chanteur et les miens se recouperont, peut-être. Qui sait ? Je le salue, au passage, si d’aventure, il se promène, torse-poil, sur ces chroniques.

Il est également le tout premier texte que j’ai fait lire à celle qui allait devenir ma femme, Bertille, tout comme son court, Marion nous Louis, pareillement édité en primeur dans cette rubrique, fut le mien.

Voilà pour l’anecdote…

En scène, gladiateur !

MoriToni te salutant !

Synopsis :

Quand on demande au petit Toni ce qu’il veut faire quand il sera grand, ce dernier est bien décidé : ça sera gladiateur ou rien ! Va pour gladiateur : « morituri te salutant » !
Quelques années plus tard… Toni a réalisé son rêve, il est devenu gladiateur… Seulement voilà quand on habite un petit village portuaire, où même les morutiers ne trouvent plus de travail… et qu’en plus on est gladiateur… on peut trouver le temps long…

Note d’intention :

MORITONI TE SALUTANT ! est né d’une rencontre et d’une anecdote liée à cette rencontre.

Il y a quelques années, lors d’une soirée arrosée, j’ai eu l’occasion de converser avec le musicien Julien Bensé.

Nous parlions de choses et d’autres, et je ne sais plus comment, à un moment de la soirée, ça m’a sauté aux yeux : je n’avais plus en face de moi Bensé le chanteur, mais Bensé le gladiateur… Allez savoir … l’alcool y est probablement pour quelque chose…

Pour bien comprendre mes propos, il faut savoir que Julien Bensé est doté d’une cage thoracique qui ferait rougir un Hulk vert de jalousie.

C’est donc naturellement que j’ai imaginé Bensé incarnant un gladiateur. Et songé à transposer un péplum de nos jours, dont l’histoire serait celle d’un gladiateur d’une trentaine d’années vivant encore chez sa mère. Comme souvent dans ce genre de soirée, l’idée n’a pas fait long feu et est tombée aux oubliettes…

Jusqu’au jour où, j’ai à nouveau croisé le chemin de Bensé, qui m’a demandé si j’avais écrit son histoire de gladiateur… Vous vous doutez de la réponse… Il m’a donc rafraichi la mémoire et excité ma fibre créatrice.

C’est donc, armé de mon fidèle clavier, que je me suis mis à écrire ce qui allait devenir MORITONI TE SALUTANT !, ou l’histoire de Toni le gladiateur !

Le film est un film de genres, j’emploie le pluriel car il cumule plusieurs genres : C’est tout d’abord une comédie : rien qu’imaginer un jeune homme s’habillant au quotidien en gladiateur pour aller frapper aux portes de l’ANPE d’un village de pêcheurs… relève du burlesque… Ça et le décalage entre ce personnage qui prend son métier au sérieux dans un village où tout le monde vit de la pêche à la morue…

MORITONI TE SALUTANT !  est également un film initiatique : car il raconte le passage à l’âge adulte, d’un adulescent, qui même s’il ne décapite pas de dragons dans « World of warcraft », ou ne participe pas à des cosplays moyenâgeux en Normandie, s’entraine tous les matins au maniement du glaive et du bouclier.

J’ajouterai qu’il vit encore chez sa mère à trente ans, qu’il n’est pas loin d’être puceau et qu’il cherche à exercer un métier où le taux de chômage atteint presque les 100%.

Cette histoire est aussi une métaphore sur les gens du spectacle. Toni n’est pas un simple gladiateur, Toni est un gladiateur Thrace, c’est-à-dire-un un gladiateur qui se bat sans filet, tout comme l‘intermittent du spectacle qui se risque sur  scène et sans filet chaque soir devant un public enthousiaste ou lapidaire : où l’on retrouve l’ambiance des arènes gréco-romaines. Et comme beaucoup de gens du spectacle, Toni est au chômage… il est gladiateur dans un village côtier où le seul métier envisageable est morutier… Il est le symbole d’une génération de jeunes dont l’ambition est d’exercer une profession artistique dans l’espoir de fuir une réalité économique moribonde associée à une mondialisation galopante.

On a ici un film social.

Mais gardons le meilleur pour la fin, car  MORITONI TE SALUTANT ! est avant tout, et pour notre plus grand plaisir, un péplum !

Oui ! Car ça n’est pas un hasard si Toni est au chômage, c’est parce qu’il est vraiment gladiateur : il parle gladiateur, mange gladiateur, s’habille gladiateur… le seul hic, c’est qu’il est le seul… et qu’il n’a pas encore trouvé d’adversaire à se mettre sous le glaive… Qui dit péplum dit combat, dit duel.  Notre histoire n’échappe pas aux règles du film de gladiateur. Il nous faut donc un adversaire… un Némésis… un opposé… incarné par un titi Parisien, aux allures de dandy et à l’imbuvable arrogance…

Vous l’aurez compris, MORITONI TE SALUTANT !  est un amalgame de différents genres de cinéma : la comédie, le film initiatique, le film social, le péplum, le tout enrobé dans une fable. Ce film est taillé sur mesure pour Bensé qui, en tant que chanteur aux pectoraux surdéveloppés, se produit lui aussi sur une scène face à un public, à la recherche des mêmes sensations et vibrations qu’un gladiateur dans son arène. C’est une évidence, Bensé est Toni.

Pour traiter un film de genres, il nous faut un décor digne  des westerns spaghetti, un village et une arène sortis d’une autre époque. Et des villageois aux « gueules » patibulaires striées de rides et de cicatrices.

Le film est le cocktail d’une mise en scène posée, lente avec une grande profondeur de champ et des gros plans visant à magnifier les paysages (sans oublier les couchers de soleil sur la mer), mais aussi les « gueules » des personnages. Sans oublier les situations décalées et les dialogues caustiques.

Ne pas évoquer une bande-son d’opéra aux envolées lyriques et les roulements de tambour annonçant l’entrée en scène du gladiateur serait un manquement grave de ma part.

Finalement, MORITONI TE SALUTANT !  n’est rien d’autre qu’une fable sur le passage à l’âge adulte et l’accomplissement de chacun dans sa vie d’Homme, quelle qu’elle soit…


Arnaud Delporte-Fontaine


Script MoriToni te salutant !