Marion nous Louis

marion-nous-louisLorsque j’ai écrit Marion nous Louis, j’avais envie de traiter d’une relation biaisée par l’absence et les années, une histoire d’amour impossible, brodée de passion étouffée et de frustration embrasée. L’histoire de Louis qui revient, après des années de silence, auprès des fantômes de son passé, pour un ultime adieu, car il se sait condamné, et celle de Marion, tailleur de costumes pour hommes, qui renaît face à ce revenant oublié. La mort aux trousses est un thème qui me fascinait notamment dans les non-dits que cela représente, à travers une écriture sous-entendue, tendue et tue entre les lignes… C’est dans un style elliptique et une volonté de narration volontairement classique, que j’ai voulu ancrer le récit.

Synopsis :

Les retrouvailles de deux anciens amants, Marion et Louis liés depuis l’enfance, mais depuis dix ans séparés. Marion, devenue tailleur va, à la demande de Louis, lui confectionner un costume de cérémonie pour un mariage prochain.

Lorsque j’ai achevé l’écriture de Marion nous Louis, il me fallait, en amont de la production, rédiger mes intentions, et trouver des acteurs sur-mesure. J’ai rapidement casté mes personnages titres… Mais c’est la quête du personnage d’Arnaud, patriarche de l’histoire, qui s’annonça comme un défi (Bertille recherche Mr Arnaud désespérément, ça aurait pu être un autre film en soi) J’ai pensé à Jean Rochefort, rechercher en vain son adresse, un haras en Ile de France, (une aiguille mal aiguillée dans une botte de foin), j’ai adressé une lettre à Jean-Pierre Kalfon, qui, pris en tournée, a du décliner l’invitation, et puis j’ai contacté Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli, Pierre Richard, et enfin le regretté Maurice Garrel…

Comme la plus part des courts-métrages, le film ne s’est pas fait. Mais, un autre tournant s’est avéré pour moi. Arnaud est finalement venu jusqu’à moi, j’ai fini par le trouver. Je lui ai fait lire Marion nous Louis, il m’a fait lire MoriToni… Ce n’était pas le personnage de mon film que je cherchais, mais celui de ma vie et je l’ai épousé.

Note d’intention scénaristique :

Le scénario est né comme aurait pu l’être un costume, sur-mesure. Le temps du récit devait durer le temps de la conception du costume. La structure s’est bâtie autour de cette singularité. Ensuite, j’ai décliné l’idée du costume sous toutes ses formes. Dans les dialogues, les décors, « les costumes » du film, même dans les nœuds dramatiques, tout tourne autour de lui. Jusque dans le titre provisoire  « Le Tailleur » (Marion nous Louis étant survenu plus tard) où déjà naît la dualité. Je fais alors, du costume une récurrence, un langage, une communication entre les personnages, un lien d’amour et un objet de désir. Au delà de l’exercice de style, j’ai voulu aussi que le costume devienne un personnage à part entière, allégorie du temps qui passe. Et qu’il soit  symbole de vie, du temps qu’il reste à Louis. Car il ne s’agit pas ici de faire un documentaire sur la haute couture, il ne s’agit pas non plus d’écrire un biopic sur la vie d’une éminente styliste, mais bel et bien d’établir un parallèle entre cinéma et couture. Créer un lien humain presque charnel entre l’image et le tissu. « Le Tailleur » écrit entre le corps et le costume.

L’histoire d’amour est venue juste après. Réunir deux amants, après dix ans d’absence. L’un va mourir, l’autre n’en sait rien, mais crève de l’attendre. Le costume devient le symbole de leur amour, le prétexte de leurs retrouvailles et se place en arrière plan. Louis entraînant Marion malgré elle à l’accompagner dans la mort. Marion jouant sans le savoir, à chaque épingle piquée, les dernières notes de leur amour perdu. L’histoire de famille en a découlé. J’installe Marion et Louis dans leur génération en les confrontant à celle de leur parent. Lili, mère de Louis, absente et  individualiste apparaît. Niant la mort, elle affiche une joie toujours constante jusqu’à se briser face à la réalité qui la rattrape. S’en suit Arnaud, patriarche et doyen de l’histoire. À travers ce personnage, je tenais à témoigner mon respect pour la sagesse des anciens. Une sagesse et une dignité qui accompagnent Arnaud au fil de l’histoire. Sa bienveillance guide chaque personnage dans la difficulté de leurs actes : Marion à retrouver Louis, Louis à affronter la mort, Lili à s’y résigner.

Ces retrouvailles ne pouvaient se faire que dans un contexte familial riche et tendu. Il m’est apparu évident que le cours de l’histoire ne devait se dérouler qu’au travers des festivités familiales symboliques (les 80 ans d’Arnaud et le mariage de Lili) où le port du « costume » est omniprésent, s’érigeant presque en institution. Je voulais retranscrire des cycles de vie en chaîne comme des rites de passages obligés et clore le film par l’absurdité de la mort de Louis, en rupture totale avec le déroulement « naturel » des événements jusqu’alors. Et dans cette tragédie, faire que Louis symbolise une génération de l’incertitude, à l’inverse de celle d’Arnaud qui, elle, s’inscrit beaucoup plus dans la durée. Voilà quatre destins qui se croisent dans un contexte que j’ai voulu fragile du début à la fin. Un univers parisien où la vie, l’amour et la mort valsent sans cesse. Seules les apparences de joie sont montrées. La maladie, la mort et l’enterrement de Louis restent discrets. La vie défile dans des tonalités lyriques à mesure que le costume se crée.

Il fallait que le scénario, dans sa structure et ses dialogues, soit suffisamment fort et riche pour que le spectateur ne prenne pas conscience trop tôt de la mort imminente de Louis. Pour n’être entraîné par rien d’autre que l’histoire. L’histoire, celle de Louis qui revient et qui part, celle d’Arnaud qui résiste, celle de Lili qui s’efface et celle de Marion qui reste. Une histoire qui dure le temps de la création d’un costume. « Une histoire simple » sur « les choses de la vie ».


Bertille Delporte-Fontaine


Script Marion nous Louis

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