John Doe, DANS LA PEAU

John Doe, c’est comme ça que l’on se doit de m’appeler. Je suis John Doe par choix. Avec ce sobre sobriquet, tiré à la courte paille, je réponds à l’appel, vaille que vaille. Pourtant j’aurais pu saisir bien des noms (tirés, cette fois, par les cheveux), à la pelle. J’aurai pu être, pêle-mêle : un monsieur Durand élevé au haut rang du ô combien sanglant ; un monsieur Ducon suceur de moelle à con ; un tartempion de service pourfendeur en sévices ; un énième Jack, éventreur de mamelons, troufions et tous jupons ; un monsieur (qui tue) tout le monde (à la ronde) ; un quidam à l’âme bas de gamme qui vire à son grand dam au beau drame ; un citoyen lambda qui larde le gras dans de sales draps ; un type trucmuche qui gamahuche à mort la mort sans faire l’autruche ; un Sir Du Schnock un peu toc toc qui knock knock à la faucille et au marteau jusqu’à la Faux (faut ce qu’il faut) ; un glandu Landru déjà-vu ; un monsieur X qui, tel Dexter, tranche dans le vif du sujet assujetti à vie à ses vices ; un tueur en série produit sociétalement, prochainement en série ; un Guillaume Untel qui dégomme en flèche, pomme d’Adam, chair fraîche (she’s fresh), et qui saigne l’Unetelle jusqu’à la sève d’Eve (she’s so fresh) ; un olibrius pris en flagrant délit de lapsus contre l’humanité (je suis le prolapsus de l’Homme, symptomatique de son dysfonctionnement inhérent, le dernier Ange déchu du prochain Testament.) J’aurais pu m’affubler de stupides surnoms, noms indiens, et autres noms d’oiseaux : « le corbeau des corbillards », « le redresseur à mort de torts retors », « l’ultime nain (jeux de nain, jeux de vilain) aux sept péchés capitaux, bon pour la peine capitale ». Mais, j’estime que, John Doe, (tout comme David Gale, qui, à titre d’exemple, a bon dos) me va parfaitement. Oui, l’anonymat, dit comme cela, sert mon apocalyptique apostolat. Oui, John Doe, cela me sied comme un gant d’étranglement. Ce nom à double sens, souffre-douleur, souffle-malheur, sadomaso, résonne, recto verso, en septuor telle une nouvelle renaissance. Je me suis rebaptisé ainsi, j’ai fait le deuil de mon papa, de ma maman, ainsi, j’ai quitté la Sainte Trinité, je suis sorti du rang, je suis devenu à demi christique, un être scindé d’humanité à parts égales, authentique. Angélique. J’ai retrouvé mes ailes. Je peux enfin, entrer dans le grand bain de sang, faire du détournement de commandement divin, et tuer mon prochain sur l’instant. La mort me pend au nez, comme tout un chacun, et, voilà que je revis. Quelle ironie ? Il n’y a rien de mal à prendre du plaisir dans son travail, et se tuer à la tâche, si ? J’ai une chance inouïe de parachever la mission divine qui m’incombera jusqu’à ma tombe. C’est le prix de mon martyr. Pour cela, j’exige d’être reconnu par mes pairs ou mieux, Dieu le père. Là, je vous l’accorde, je tire un peu sur la corde. Même, avec cette satanée Damoclès suspendue au-dessus de ma tête, j’ai toujours (et encore) la langue bien mal pendue… Je suis, à moi seul, une psychose, nécrose, et autre cause (sans clause) perdues.

J’impose la Pause.

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Ma prose continue.

Diarrhée verbale sort de mon trou de balle !

Je suis un sociopathe sans nom ; un usual suspect traîne-la-patte, avec, au casque, un sacral pète ; un o.v.n.i. honni, objet vicieux non identifié ; un pseudo, personnifié à la dernière minute, qui poignarde  dans le dos tous azimuts ; un loup qui hurle en « Do » dans le silence des agneaux. J’incarne, totalitaire, le capital cannibale d’Hannibal Lecter. Je ne suis pas le premier, John Doe, après moi il y en aura d’autres qui revêtiront le costume de l’anonyme du crime, John Doe, en hymne, victime ou bourreau… Je ne me fais pas d’illusions, d’autres auront appris ma leçon, et endosseront le mauvais rôle de l’anti ou du super- (question de point de vue, moi aussi, je m’y perds) héros. Peut-être même mieux que moi. Peu m’importe. Je ferai le maximum pour marquer au fer rouge les esprits et les Hommes dans la peau de celui que jamais, pour un NON ou un OUI, l’on oublie. De la chaîne alimentaire, je serai au Summum. Le John Doe que je suis fait froid dans le dos. Si Si.

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Encore, mon incontinence buccale sort de son bocal !

Par la table de mes préceptes, le nombre sept, entier naturel, est, en-soi, tout un concept. Jeu de sept familles, divin septain, heptalogie anthologique, pathologies des sept nains… Le sept, c’est certain, présage une succession d’actions mystiques apocalyptiques à venir dans la grande fosse septique aux étrons sceptiques. Je fais ici (au Diable ne plaise), la part belle à Dieu et l’apologie de la numérologie, en sept, originelle. Ainsi s’entonne ce Requiem en Doe Majeur. Détective !!! Est-ce que tu as bien débouché tes écoutilles avec ton coton-tige de colon ? Tu t’es mis sur écoute, Détective ?! Coûte que coûte ?

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Alors, quand la gueule du grand méchant loup l’ouvre, on ouvre grand ses esgourdes :

Un : La Gourmandise. Quoi que l’on en dise, la gourmandise est un vilain défaut. C’est devenu presque contagieux, l’obésité… C’est devenu, dans cette foutue Amérique, même une nécessité étatique plus qu’esthétique… Ce qui te tue à petits feux, te rend plus mort que tu ne l’es déjà un peu. Entre gourmandise, gloutonnerie ou goinfrerie, même topo, il n’y a pas à faire de distinguo. Oyez Oyez ! Obèses, mal à l’aise Blaise ! Obscènes baleines, maudites barriques et autres Moby Dick ! Ventripotents impotents, ventrus repus, ambulants opulents !  Gras, grassouillets, gros bonnets ! Ronds, rondouillards, rondelets ! Pansus, patauds, patapoufs ! Je vais jouer, avec vos nerfs, à « Plouf-plouf » : Suivez mon septième régime drastique, entre purge et purgatoire, et faites fondre le lard  avant qu’il ne soit trop tard. Écoutez votre coach détox-minceur, John Doe, à la traque au graillon, c’est une terreur ! (Face à moi, vous ne faites pas le poids). Mais n’ayez pas peur, je ne fais pas de quartiers (en vous, ça rentre comme dans du beurre), je sais tailler sans trouble dans le gras-double (jusqu’à la couenne, ça couine, ouille, ouille) ! Rassurez-vous (un peu), le gène de l’adipose sévit dans mes veines (moi aussi, côté gros porc, je suis servi) l’enfant dodu-joufflu-fessu, ledit « Bouboule », que je fus, boulimique, devenu grossophobe, mais délardé depuis, pèse à présent bien ses mots. J’ai lu, d’outre-tombe, Chateaubriand et ses deux poids deux mesures… J’ai affamé la morfale en moi (morfale comme mort est un nom commun, féminin, ça en dit long sur le sexe succinct). Morale de l’histoire ? Me voilà, décomplexé du complexe d’Adolphe (j’entends d’ici les cris des psys et je jouis, oh oui). Par expérience, l’abstinence de nourriture ne mène pas forcement à l’anorexie mais à l’ataraxie, Si, si. Un mastodonte qui s’empiffre, sans honte, à chaque seconde du cadran est un toxicomane en puissance, pire qu’un opiomane, qui met en danger, non seulement sa grasse personne, mais l’ensemble de son engeance. Cet engraissement se généralisant commence à peser dangereusement sur la balance du Monde. Le défi de l’obésité est de taille (XXL).  Je l’ai relevé, avec succès. En mettant un gros lambda, le nez dans son caca, j’ai mis les deux pieds dans le plat. Dans l’Inferno, il aurait fini à jamais à la troisième strate de l’Enfer dantesque, vautré dans la fange sous un déluge noir de grêlons. Donc, lâchons du leste. Nous admettrons, ici, ma clémence à son égard (et non démence, j’entends déjà les bonnes langues se délecter), signe de ma propre tempérance.

Deux : J’ai retrouvé l’avocat du Diable et je l’ai fait expier de son péché le plus notable. Ai-je encore besoin de citer Plutarque et sa conception de la radinerie qui disait, je cite : « l’Avarice est le partage des âmes les plus viles » ? Cet avocat, comme tant d’autres, avait vendu son âme pour défendre celles des plus infâmes. Alors, oui, je poursuivrai de marquer au sang, ceux les moins généreux, et les plus cupides (ou stupides) qui pèchent trop souvent par pingrerie, ladrerie et autres lésineries. Car, oui, selon Alfred de Musset et son complexe du « faible sexe » que je me plais à appeler du « foutre sexe » ou encore « sexe à foutre », ou plus fort « à ne rien foutre », tout comme l’on ne babine pas avec l’amour (j’y reviendrai plus bas), on ne lésine pas ni avec la mort ni avec la vie, qui sont, deux sœurs de sang, sans prix. L’avarice est pour le corps et l’esprit, le pire des vices. L’avarice, tout comme la mort, vous aura à l’usure. Vivre avare, revient à gagner (et perdre) sa vie en viager, dépourvu de toutes richesses véritables, et vivre, sans égard ni pour les autres ni pour soi, dans l’économie de chaque partie de son anatomie et de son patrimoine (sans les contreparties de cœur du moine), en totale inertie. Car, à grande usure, le corps s’épuise passant de fruit de la passion à usufruit en dépossession, dépouillé, de ses primes propriétés et de tout bénéfice. À la clé : Dépôt de bilan sanguin. Amputation des mains. Banqueroute pour les reins. Faillite des intestins. Krach pour les bourses. Arrêt du cours du cœur, en fin de course… Conclusion : La mort (aux trousses) par liquidation. Détective Mills, tu me suis toujours comme un toutou galeux ? Vas-tu bientôt jouer mon va-tout, en tentant le tout pour le tout (c’est tentant, j’avoue) ?

Trois : L’acédie, ou la paresse si vous avez la fainéantise de vous souvenir du terme de mise chez d’Acquin (voyez comme je suis taquin). Ô l’ennui lourd de vivre ! Ô la douce flemme qui en douce éteint toute flamme qui vibre ! Ô vile torpeur qui vire à la stupide stupeur ! Ô léthargie du non-agir jusqu’à l’éternel alitement ! Ô passivité pépère et lâcheté hors pair, allant de pair ! Ô spiritualité anéantie sous les rites de la matérialité ! Ô la paresse qui revoit tout à la baisse, qui tient les fesses en mollesse, les pécheurs et autres pauvresses loin de la messe ou à confesse (avis aux enfants de c(h)œur : c’est là que le bât blesse…) et les chiens et les bambins en laisse ! De l’acédie découle les six autres péchés capitaux. Il était donc capital, voire vital ou fatal (ha ha ha !) que cela soit ma prime œuvre, prise au plus tôt, que je vous livre, détective, sur un plateau. Maintenant que tu connais mon identité en « Doe », tu peux me suivre en « Si », à tes risques et périls, Mills.

Quatre : Mesdames, Messieurs, si vous saviez à quel point l’amour est précieux, vous ne vous perdriez pas dans les con-jonc-tures de la luxure… Putes de luxe et catins, poules, prostituées, péripatéticiennes ou putains, de tous bords et de tous sexes, s’accordant trop souvent en genre et en nombre, s’accouplant décadents avec toutes les constellations (circoncises, confuses, circonflexes ou connexes) du cadran jusqu’à Castor et Pollux, vous ne vous abreuvez que de péchés d’impuretés consommées ! Vous, pour qui le stupre est du sucre, le sperme, la crème de la crème, et la cyprine sans prix (l’urine en prime) ! Vous, pour qui la fornication, la masturbation (allant de paires en impairs) sont, plus que pollutions nocturnes et diurnes, ou autres éjaculations précoces, mais bel et bien, sauvages spéculations et féroces négoces  ! Vous autres, sodomites, parfaits ou imparfaits, qui invoquez sans arrêt le feu de Sodome et Gomorrhe, vous venez de signer aujourd’hui votre arrêt de mort. Je n’aurai qu’un maître-mot, la DISCIPLINE (et débandade en bonus, au sens proprement, si j’ose dire, anatomique du terme…), pour l’un des plus vieux maux des siècles. Car, la débauche suppute-t-on est un mal pour un bien en sempiternels va-et-vient, mais surtout, en sus, un requiem, non pour un con, mais bel et bien pour l’anus… Voilà que, spermicide, j’exprime mon aversion pour la perversion de la chair, en homicide et en chanson : Va de retro, vas indebitus ! Va de retro, Satan-anus ! Va de retro, Sadomaso ! Mills, mon amour, vous me suivez toujours ?

Cinq : Ô Je ! Ô Moi ! Ô toi, Ego, dis-moi, qui est le plus beau ou la plus belle, tout de go ? Portrait de Dorian Gray pour messieurs… Masque et fond de teint sans écueil de Merteuil, pour ces dames… Miroir sans tain altéré, sans écho ni alter-ego, créature de portraiture ganté de l’arrogance, nature humaine morte, par essence, précieuse ridicule en prétention majuscule, se portant aux nues, défigurée (au sens figuré) par la caricature… Ô Ego mature dénaturé par nature… Ô orgueil préjugé, désaxé, mal placé… Ô Narcisse sans Psyché, fanaison assurée ! Ô fier vaquer délétère ! Ô arrogant Artaban ! Ô Superbe en gerbe ! Ô voluptueuse vaniteuse ! Ô matamore à mort ! Ô fier-à-bras, rodomont, paon puant pénétré de soi ! Ô hâbleuse dédaigneuse, méprisante, majestueuse au supplice de l’Hybris ! Ô mélodie du malheur pour une mégalomane mélomane sonne ton heure ! Votre amour-propre, Madame (dans de beaux draps et sales passes), votre sempiternel face à face (de grâce !), votre suffisance, jactance en flatulences (et j’en passe), ne desservent que votre existence facétieuse mais fallacieuse ! Votre vie amour, gloire et fatuité en beauté n’est que farces et attrapes-ego-nigaud… Plutôt périr à pile ou face que de perdre la face ! Plutôt mourir que de voir en face sa laideur intérieure revenir à la surface ! Ô, toi, M’as-tu-vu, ne m’as-tu pas vu venir te rendre grâce, toi et ton autoportrait parfait, trait pour trait, juste derrière la glace ? L’orgueil n’a qu’un œil. Il était temps, Damoiselle, de faire volte-face, de voir enfin, la fin, la faux en face. Me voilà, la belle. Je suis la Bête….  Le suicide est le trépas préféré des égocentriques, comme toi. Même avec la mort, tu préfères te la jouer perso ? Je n’ai fait qu’une bouchée, de ton ego bien embouché au bûcher des vanités. Je suis venu (veni vidi vici)  gober de la snob, Oh My God ! Eh, Mills, même si, je sais rester de glace (je suis un être de sang froid), je suis prêt à passer non à l’acte (c’est déjà fait) mais aux aveux, je sais comment mourir en brisant la glace, grâce à Dieu !  Je suis à deux doigts d’accomplir mon chef-d’œuvre (notez bien l’emploi du chef dans l’œuvre).

Six : Mills ! J’ai tué ta muse ! Ta Tracy toute tracée ! J’ai toujours eu envie d’elle, envié ta vie ! Jalousé ta pelouse American Beauty (et celle de ton épouse), admiré ta petite famille mielleuse et scrofuleuse à naître ! En mon jour dernier, je décapite tes préjugés, tes idées préconçues sur la vie, tes pensées prémâchées sur l’Art et la manière d’exister entre homo sapiens civilisés si vite dégénérés. Je l’avoue, je suis jaloux. Comme ce bon vieux John en « Do » (Beatle qui donna le fer pour se faire battre, tant qu’il était chaud), I’m just a jealous guy ! Je suis un homme moi aussi digne de pécher, indigne de prêcher ! Enfin, je l’admets, j’en pince à mort pour l’humanité. Je passe à table (miam miam) et plaide coupable ! Je suis le dernier maillon manifeste de ma machination céleste… À présent, à la septième porte de l’Enfer, tu sais ce qu’il te reste à faire ou à défaire… Même si tu es un brave type, Mills, tu n’auras pas de « plan B » pour t’échapper de ta funeste destinée. Je te le donne en mille, à toi de jouer. Laisse ta colère te contrôler, laisse ta fureur déferler, laisse-toi aller en plein dans le Mills… Et par pitié, ne me laisse pas en vie et en reste…

Sept : Septième strate assurée. Colère de Zeus ! Tonnerre de Thor ! Coup de foudre et marteau azurés ! Damoclès, à toi de jouer ! J’ai été choisi pour retourner le péché contre le pécheur. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Maintenant mon chef-d’œuvre est complet.

Librement inspiré du personnage John Doe de David Fincher dans Seven.


Sur une idée de et par Bertille Delporte-Fontaine.