Marilyn Monroe, DANS LA PEAU

Mortenson ou Baker ? Norma Jean ou Marilyn ? Qui suis-je ? Sex-symbol ou baby doll ? Orpheline Ophélie érotique ou pupille pépite de l’Amérique ? Que suis-je ? Un sex-appeal côté pile… un passé sous silence côté face…  Un grain de beauté en point final pour ponctuer la douce folie qui sera inéluctable. Je suis la femme qui me sera fatale…

Sois belle et tais-toi, Norma ! Je me noie dans le vin blanc, je joue à cache-cache à grand coup de cachets décochés… Quand la ville dort, me vient la fureur de mort, mais les hommes, à la pêche au trésor, me repêchent, eux seuls m’empêchent de succomber à mon sort. Il paraît que le démon s’éveille la nuit, eh bien, je suis parée et toute ouïe ! Certains soirs entre Niagara et Nirvana, je ne sais plus définir mon portrait, je suspecte jusqu’à mon âme damnée, je me sens déjà spectre, alors, je suis simplement le sentier ensablé des Désaxés, je me noie dans la Rivière sans retour, je serpente dans le désert blanc des spiritueux et autres opiacés bleus…

Pas de Bus Stop avant la mort. Si certains l’aiment chaud, je gratifie quant à moi la glace du trépas. Les hommes préfèrent les blondes, eh bien, qu’ils passent leur chemin, je suis rousse et j‘ai le diable aux trousses. J’ai effacé de ma mémoire la dame rousse sous le platine de mes boucles. Qui était donc cette dame rousse ? Sept ans de réflexion avant d’en finir pour toujours avec mes jours sans fin. Comment épouser un millionnaire quand on est une orpheline suicidaire de mère en fille, une belle bande de fille-mère ? Chéri, je me sens rajeunir alors que je vais mourir. Alors, par pitié, Chéri, divorçons ! Je ne sais d’où je viens, ce que j’ai été, enfant, bébé, fille ou femme, je suis malgré moi montée en gamme. Tel Faust, j’ai perdu dans cet Enfer ma flamme. Seule ma voix me reconnecte à mon être d’antan. Et c’est déjà de l’au-delà que je chante. C’est de là que je prends le « La ». Sur scène, la mort m’habite comme une mère. Mon chant est immortel, je suis déjà un mythe. J’ai vendu mon visage au plus offrant. Ce masque de beauté est devenu prison de chair chérie. J’ai perdu le sexe de mon nez, le carré de mon menton pour un rond, mes dents sont diaboliquement blanches, j’ai passé tous mes traits à la trappe pour cueillir les grappes du succès ! J’ai été le premier Veau d ‘or de la charcuterie esthétique ! J’ai laissé à l’abattoir d’Hollywood mon identité se suspendre au crochet des bouchers néfastes-food…. Eh bien quoi ? Quand ai-je eu droit à une seule identité ! J’ai le sentiment d’en avoir eu mille, cent ou aucune vraiment.

Je me sens lasse, j’ai soif, je tremble… L’ablation de ma vésicule est la première marque en virgule de la Faux sur mon corps à bascule. Je veux en finir, passer l’arme à gauche, prendre la mort en face, je ne veux pas qu’on m’enferme ou qu’on me camisole, je veux simplement qu’on soit ferme et qu’on me cajole. Comme maman, je me suis mise dans de beaux draps, mariée trois fois… Et quoi ? Tout ça pour ca ? Mon cœur appartient à papa ! Que je ne connais pas. Ô papa ! Je veux être aimée de toi, Rien que toi et personne d’autre, Je veux être aimée de toi seul, Pooh pooh bee doo !

Joe… Arthur… Robert… Où êtes-vous, mes hommes ? Saviez-vous avant moi que j’étais infertile, une blonde inféconde ? Que je ne pouvais rien vous apporter de plus que mon antre béant… Je ne peux rien vous offrir d’autre que le néant… Je vais de douches froides en fausse-couches… Je suis Marilyn, une bâtarde qui n’engendre aucun avorton, je ne cesse de perpétuer des grossesses extra-utérines… Voilà que je déraisonne ! Encore me vient la folie des horreurs ! Au diable le sanatorium ! Si toutes les femmes de cette foutue famille sont censées y passer, ça sera sans moi ! Je ne serai plus leur proie. Ils m’ont eu une fois, je suis restée captive dans leur pièce capitonnée, je devais me reposer, me relaxer comme ils disaient… Mais ils ne m’ont relaxée que des jours et des nuits après ! Je leur ai écrit : « Je suis enfermée avec ces pauvres barjots… Je suis sûre que je vais devenir folle moi aussi si je reste dans ce cauchemar. S’il vous plaît, aidez-moi.» Je préfère crever dans mes draps, nue, bouche cousue, gouffre offert, que de finir entre leurs fers… Robert ne m’y laissera pas moisir ni le président. Je n’ai que faire de la sphère de psychanalystes qui m’ont en obsession… De toute façon, toute ma vie n’a été que passion. Je suis sujet de déraison. Objet d’aliénation. Assujettie à vie à l’alitement indécent sur papier glacé.  J’ai le feu au culte, je suis à moi seule une raison mondiale d’hystérisation, oppressée par l’appétit des hommes et les appétences des femmes de l’univers entier. En marche la Marilynmania !

Je finirai la figure figée affligée de détresse affichée sur des mugs en bug, ou autres posters dépassés à postérité, je ferai tapisserie, literie, carpette, et autres promotions canapé pour qui aime mes gambettes galbées. De l’inhumanité, je fais déjà partie des meubles. Je deviendrai poupée gonflable affable aux super-érotomanes qui feront de moi leur manne. Je resterai pour l’éternité de cire, de papier, de carton, et de marbre. La beauté épatée chair à pâté pour les années. Les femmes échangeront leur visage pour mes traits tissés façon toile cirée sans âge. Je serai dépeinte en trompe-l’œil éternel ! Une image amarrée en mirage ! Une illusion de passion et de désillusion ! Une allégorie d’une vache à lait qui rit ! Le vestige fustigé d’un vertigineux prestige ! Une icône de beauté désincarnée d’identité qui trône ! Et tout ça pour toi, papa. Je ne suis au sommet que pour que tu me reconnaisses parmi les étoiles. Alors lève les yeux et reconnais-moi, je suis la star parmi les stars, tu ne peux plus me manquer, je suis là-haut pour t’aveugler… Tu ne peux plus me rater… Et puis, non, je suis lasse de t’attendre, et je suis exténuée. J’ai trente-six printemps, et c’en est assez. Je vais mourir à l’été.  L’imperfection est beauté, la folie est génie… Voilà le fond de ma pensée.

Marilyn.»


Sur une idée de et par Bertille Delporte-Fontaine