Le Billet mal luné de l’Affreux ! (épisode 6)

Et pour ce sixième billet aux humeurs des Fontaines, en cette année 2019 hautement liberticide, j’ai pensé vous proposer une plongée dans l’un des ces univers parallèles dont j’ai le secret, un pastiche fort sympathique librement inspiré de la série à succès, The Handmaid’s tale, version « Tous poils dehors », qui devrait en faire frémir ou rire plus d’un(e) ou pas…

Vous êtes bien lunés ?

Mes mots « six » : Le conte de l’Affreux

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Six heures du matin. Le réveil chante comme tous les jours son « Ave Priape ». J’ai la bouche pâteuse. L’angoisse de la journée à venir, sans doute. J’humecte fissa mon visage lisse au lavabo et pisse un coup dans le bidet. Je me gratterais bien les couilles, mais je ne peux pas. Ma maîtresse a bien pris soin de planquer les clés déverrouillant mon ustensile. Je pesterais bien haut et fort, mais pour ça, il faudrait que je demande à ma maîtresse d’activer mes cordes vocales encapuchonnées par une prothèse-technologique nichée dans ma gorge qui met sous silence ma vulgarité.

J’enfile ma tenue, un costume noir, muni d’un chapeau melon que je pose sur mon crane ras. Je me coifferais bien les cheveux en arrière, mais de tifs ou de poils (barbe y compris), je n’en ai plus depuis qu’elles ont fait adopter, il y a dix ans, la loi « Zéro tolérance pilosité ». On a tous été épilés définitivement (soi-disant pour des mesures d’hygiènes, tu parles, plutôt pour nous virer nos hormones, oui !) Dans mon cas, poilu comme j’étais, ça a été… long et douloureux.

Nous sommes en l’an 2045. Je vis à Paris dans une ancienne école reconvertie en foyer pour « hommes de peine ». À Paname, c’est pas la joie. Et c’est comme ça en France, depuis les années 20, quand les mouvements liberticides ont pris le pouvoir. D’abord, il y a eu ceux qui ont surfé sur ces horribles attentats commis sur nos sols. Ceux-là, ont fait voter des lois muselant la liberté d’expression, des lois pour fliquer nos correspondantes écrites, des lois pour taire nos grandes gueules quand elles n’étaient pas en phase avec l’humeur gouvernementale. D’où le collier anti-conneries vocales que je porte ce jour. Ensuite, ce sont les féministes qui se sont déchaînées suite à l’affaire « Weinstein », qui a entaché à jamais l’honneur des hommes de ce monde. Outre les prédateurs sexuels avérés, nombre d’innocents ont subi leurs foudres. Les furies ont sauté sur l’affaire des harcèlements sexuels et plus si pas d’affinités pour contrôler les « mauvaises » pulsions ou gestes déplacés des sexes masculins. Au début, ça passait, mais après, quand elles ont décrété qu’un homme qui se promenait le sexe flanqué dans son caleçon planqué derrière un jean au jardin du Luxembourg était un plausible prédateur sexuel, elles ont, je ne sais plus comment, je ne suis pas historien, réussi à faire voter cette loi pour le retour de la ceinture de chasteté, version « hommes », cette fois. Elles l’ont baptisé à « in »juste titre : « paix de Vénus ».

C’est durant ces sombres années 20 que ces femmes, jadis, assujetties à des maris violents, outranciers, pervers et j’en passe ont pris le pouvoir. À force d’avoir vu passer durant des siècles (que dis-je, des millénaires) leurs droits civiques, moraux et élémentaires à la trappe, il fallait bien que les gonzesses se rattrapent un jour, non ? Et qui paie, les pots de chambre cassés, votre Affreux serviteur !

Aujourd’hui, ce sont les dames qui dirigent le pays, les hommes leur sont assujettis. Les plus chanceux ont obtenu des rôles de conseillers, ou d’ouvriers; les autres, comme moi (munis d’un attirail fertile) ont été reconvertis en mâles reproducteurs (nous sommes des bites sur pattes) et parqués dans des foyers de procréation.

En gros, notre rôle est de veiller au maintien de la courbe démographique du pays. Une fois par semaine, nous engrossons, une bourgeoise invitée dans nos foyers. Bien sûr, nous avons fait une croix sur nos droits parentaux. L’enfant sera élevé par une communauté 100% XX. On emmerde les « Y ».

Notre foyer pour « hommes de peine » est situé dans le septième arrondissement, non loin de l’École Militaire. Vous voyez le tableau. Y’a rien de bien jouissant ici-bas. Ha ! Ha ! Ha !

Au petit déjeuner, j’avale des céréales au gingembre avec du pain sans gluten. Même la colle alimentaire est interdite de nos jours. Par mégarde, un gaz s’échappe de mes intestins. Une Cruella me punit d’un coup de règle en fer sur mes ongles rongés par la « culpabilité en douche ».

La maîtresse de maison, la sainte patronne des lieux, la bien-nommée, Stéphanie Brise-Fer fait son entrée en ses lieux. Nous, on l’appelle, « madame » et on ne la regarde jamais dans les yeux. Nos orbites mal lunés n’ont droit qu’à ses souliers. De « souliers », je devrais dire, des cuissardes cent pour cent cuir, qui épousent avec justesse le reste de sa tenue cent pour cent sensuelle. Ai-je mentionné sa toison d’or qui frôle ses courbes aphrodisiaques ? Bref, je n’ai pas le droit de le dire, mais je peux vous l’écrire, c’est un canon. Je suis maudit !

Alors que nous, pauvres hommes, on a revêtu le complet « veuve noire », les dames, elles, ont opté pour des tenues provocantes qui excitent nos pantalons cadenassés. Argh ! Une érection en plein sur un caleçon d’acier, ça vous calme les ardeurs. Elles font ça pour nous narguer… Elles nous font payer ces années durant lesquelles une femme devait être jeune et sexy pour accéder à des postes prestigieux, tandis qu’un homme (surtout les mécréants aux ventres dégoulinants) pouvait grimper les marches de la société en toute simplicité, en jouant des coudes dans l’ascenseur social.

Vous l’aurez compris, la femme s’est changée en mante religieuse. Bientôt, elles dévoreront leurs mâles.

Le petit déjeuner terminé, ma patronne vient me servir l’usuel sermon journalier :

— ÉtalonFer4 (Ouais, c’est mon p’tit nom dans cette nouvelle société. Ils m’ont rebaptisé. Dois-je vous faire un dessin ?) Aujourd’hui, vous allez m’accompagner. J’ai des courses à faire.

En gros, toute la journée, je lui sers de boy à tout faire, sans avoir le droit de l’ouvrir (je ne peux pas), ou de mater ses courbes (ça fait trop mal). Vous vous en doutez, la patronne sait que j’ai un vilain penchant pour elle, c’est pour ça que dès qu’elle en a l’occasion, elle me choisit pour ses promenades shopping. L’idée que mon gros truc se fracasse la trogne contre les parois de l’interdit l’amuse au plus haut point.

Ce jour, elle mate les antiquités, tandis que je porte les meubles Louis XIV.

Hélas, et c’est mon seul regret, je n’ai pas le droit de la féconder. Elle est stérile. D’où son affectation comme sainte patronne des lieux. La plupart du temps, je me coltine (ou devrais-je dire : « on m’attribue ») la fille du notable du coin… Certaines abusent de ma virilité. Le soir, je souffre en silence. La loi interdisant (aux hommes) l’accès aux antidouleurs est très douloureuse.

Une fois par mois, j’ai mon rappel de vaccination. Eh ouais, il ne faudrait pas que je contamine l’heureuse élue qui va siéger sur ma virilité, ou pire, le fruit de notre désamour. Bien entendu, la liste est courte, voyez par vous-même : diphtérie, tétanos et poliomyélite (DTP), coqueluche, infections invasives à Haemophilus influenzae de type b, hépatite B, infections invasives à pneumocoque, méningocoque de sérogroupe C, rougeole, oreillons et rubéole, pour ne citer que les grands classiques (ils auraient dû ajouter à cette liste non-exhaustive: grossièretés en bouche, regards qui en disent long, pensées dégueulasses, pipi suspects, et connerie générale).

J’ai un pote, prénommé, ÉtalonFer18. On partage souvent les mêmes corvées de ménage. Eh ouais, les amis, vous croyez qu’entre deux devoirs reproducteurs, on se la coule douce ? Eh, on ne court pas dans le même hippodrome que les chevaux de course… Ce jour, on repeint le vestibule en blanc immaculé. Comme on nous a privé du son disharmonieux de nos voix gutturales, on communique comme on peut, avec un langage pseudo « morse ». Voici un résumé de nos conversations de la plus grande importance :

Quatre coups d’index sur un mur signifient : « J’irais bien boire un coup, man ! »

Cinq coups d’index de la main gauche dans la paume de la main droite signifient : « Elle me les brise avec son cuir, la Fervente, man ! »

Deux pouces levés vers le ciel avec une moue de supplice traduisent nos pensées les plus primaires : « Si ça continue, j’vais gicler, man ! »

Une tape sur le dos veut dire : « Quarante pompes te feront oublier tes vilaines envies, man ! »

Somme toute, comme au temps béni, des conversations de comptoir, on n’a rien de bien juteux à raconter…

À dix-neuf heures, avant le bouillon de carottes servi au diner (depuis 2030, année de la pénurie de viande au pays des vaches laitières because coup de gueule climatique, on est tous devenus végétariens) on nous déverrouille le gosier pour la prière du jour : « Seigneur Priape, purifiez nos semences quotidiennes, qu’elles offrent aux femmes vertueuses de ce monde souillé par notre perversité masculine, les amazones qui dirigeront le paradis promis. »

Forcément, dans toute société liberticide, la religion, aussi boiteuse soit-elle, a son mot à dire…

Le soir, avant de me coucher, j’enchaîne quarante pompes histoire de calmer mon ardeur en slip.

Je me couche, je ne trouve pas le sommeil. Je n’ai pas hâte du lendemain…

Une pensée absurde m’obsède : est-il possible que dans un monde parallèle, des femmes soient assujetties comme nous par une société qui les forcerait contre leur gré à s’accoupler avec leurs maîtres de maison ?

Ridicule, impossible, pas vrai ?

Rideau sur ce billet cauchemardesque.

Promis, la prochaine fois, je vous ponds une sucrerie.

Une bande annonce choc de la version « Men’s health » de The Handmaid’s tale (hé hé):

https://www.youtube.com/watch?v=ciPszqk703k

Procréativement vôtre,

L’Affreux, ÉtalonFer4, sinon rien…


Des mots produits par la plume lunaire d’Arnaud Delporte-Fontaine illustrés par Bertille Delporte-Fontaine

Amateurs d’Affreusetés, retrouvez en direct ma plume lunaire sur les pages du Système A.