Le Billet mal luné de l’Affreux ! (épisode 5)

Et pour ce cinquième billet aux humeurs des Fontaines, j’ai pensé faire un petit tour presto du côté de Paname (pour changer) et vous conter avec un désenchantement testé et désapprouvé, les emmerdes qui vous collent aux pieds, tel un vieux sparadrap poisseux du Capitaine Haddock, quand on veut s’y installer A plus si affinités.

Vous êtes bien lunés ?

Mes mots « cinq » : Paris sue, Paris pue, Paris tue !

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Je suis né en proche banlieue. Comme beaucoup gravitant comme des mouches autour de la capitale, gamin, j’ambitionnais de me taper les courbes de la Seine, d’embrasser le cul des faubourgs de Saint-Denis, d’aller tutoyer Saint-Michel à deux pas de Notre-Dame de Paris.

Puis, je m’y suis installé, durablement…

J’y ai bu, baisé, festoyé, dégueulé, œuvré, dévalé ses sentiers jusqu’à plus d’heure des années durant. J’y ai croisé nombre d’Affreux, affamés et touristes béats en tout genre. Je me suis bien marré, ouais.

Entre deux, j’ai paumé un tas de cheveux, et un tas de pognon.

Ouais, les bières/ comptoir et les loyers ne sont pas donnés à Paris.

Avant, aux alentours des années 2000, quand j’ai foulé son pavé, pour 600 euros tu pouvais t’offrir un 50 m2, pas trop pourri, du côté de la rue Saint-Maur.

Aujourd’hui, pour 600 euros, t’es heureux quand tu dégotes un 18 m2.

Y’a que les touristes Japonais ou Américains qui tripent à ce prix-là.

Normal, me direz-vous, pour eux, c’est un peu ça, Paris, la vie dans une piaule insalubre sous des toits frelatés, un peu comme le faisaient nos chers poètes maudits.

Un CCD de un an Dans la peau (lisez la rubrique de Bertille) des poètes suicidaires, des acteurs alcoolos, ou des écrivains de la Closerie des Lilas, c’est génial pour l’expérience, surtout quand, après, tu retournes dans ta luxueuse villa californienne ou dans ton appartement radioactif de Fukushima (là, je ne suis pas très drôle, mais eh, ils m’agacent avec leur déni du nucléaire, les Japonais. Comme si les pétages de plomb de Hiroshima et de Nagasaki ne leur avaient pas suffi).

À moins d’être un fils à papa golden boy sur les bords, l’héritier d’un empire immobilier, d’être l’un des rares détenteurs d’un bail 1948, ou de vivre en HLM (ou mieux cumuler tous ces atouts), en général, tu douilles sévère pour te loger à Paris, tu en chies pour payer le loyer de ton taudis du 19ème arrondissement. Saviez-vous que près d’un quart des logements du centre de Paris étaient inoccupés ? Il y a des types qui crèvent la dalle aux pieds de nos immeubles de riches, et des enfoirés s’offrent des résidences secondaires qu’ils laissent vacantes la plupart du temps pour satisfaire leur vide existentiel…

Bientôt, la capitale ne sera plus que la vitrine de la France… Seules resteront les apparences, son âme se sera fait la malle ailleurs, chez les pauvres entassés en banlieue, honnis par le pouvoir…

Il ne nous restera plus qu’à fantasmer Paris, si elle ne nous a pas dézingués avant l’heure.

Aujourd’hui, entre les colis piégés planqués dans nos échoppes, les fusils mitrailleurs des soldats payés par l’oncle Ma(©)ron, les particules élémentaires qui fusillent nos poumons et pire ceux de nos innocentes canailles en bas âge, on ne se marre pas des masses, à moins d’être dans le déni et de consommer des anxiolytiques jusqu’à que l’inévitable cancer pointe ses pinces (c’est faux, le crabe aux pinces d’or, n’est pas une fatalité, il suffit d’ajuster son alimentation… mais, eh, c’est un autre débat). Avant, quand j’allais boire un coup, je pouvais péter en toute liberté ma bouteille d’Heineken sur une péniche ou pisser sans me faire amender par un flic sur les quais de notre capitale chérie.

Aujourd’hui, dès que tu sors de chez toi, c’est limite si t’es pas fouillé (si si si).

Il faut dire que je suis con, moi. Je me balade jour et nuit avec un trilby vissé sur la tête. Les autorités n’aiment pas trop les chapeaux, à leurs yeux parano, c’est connoté religions. Bref, j’ai tout faux, mais eh, fallait pas me prénommer Arnaud (ouais, les aminches, moi aussi, j’ai un p’tit nom), hein, parce qu’avec un prénom pareil, on peut faire rimer pas mal de gauloiseries : salaud, corniaud, pas beau, courtaud…

L’autre soir, avec ma délicieuse femme et mon gentil p’tit gars, on s’est rendus à la Javelle. Une espèce de ginguette en bord de Seine dans le quinzième. On était tout guillerets jusqu’au moment, où, un type a demandé à fouiller nos sacs, y compris celui de mon p’tit de presque cinq ans (nan, je déconne, mais j’ai pas aimé la façon dont il a maté ses poches). Bref, une fois dans l’enceinte, ce gentil contrôle nous a carrément ôté l’envie de consommer quoique ce soit…

D’ailleurs, un instant, j’ai vu deux potes, gentiment ivres, se chercher des poux, comme on le fait souvent en toute amitié après quelques verres. Et bien, les compères se sont fait houspiller par les gorilles qui nous avaient fouillés à l’entrée. La suite, je ne sais pas, avec mon clan, on avait déjà foutu le camp…

À Paris, l’ivresse sur la voie publique est désormais prohibée… Pisser sur la portière d’une bagnole mal garée est quasiment un acte de guerre, pour les types agrippés à leurs Famas.

Quand je vois des soldats patrouiller devant la sortie de l’école de mon fils, je ne me sens pas du tout rassuré, au contraire, la bavure est si vite arrivée. Imaginez, sur le chemin qui mène à l’école, je perds mon jeu de clés. Cinquante mètres plus loin, je réalise que j’ai paumé mes clés. Je refais le chemin inverse en courant et tombe nez à baïonnettes avec les badernes. Surpris, ils me tirent dessus, et je suis mort laissant sur le carreau de la république « Liberté, Égalité, Fraternité » femme et enfant.

Eh, les gars, nous ne sommes pas tous des aspirants terroristes.

Essayez de vous détendre, et nous laisser faire quelques conneries, parce que sinon, un jour, on va vraiment péter une durite. Et ça ne sera pas la faute à Voltaire, cette fois, celle du jeune Mac®on.

Au fond, c’est ce qu’il veut le Président de l’abstention, virer Paris des fainéants qui foutent le bordel, comme ça il pourra enfin gouverner en paix, comme du temps des Rois, et réinstaurer une monarchie absolue…

Ah, bon, c’est déjà fait (me souffle un homme de l’ombre à l’oreille) ? Comme, je suis con, j’ai rien vu venir…

Si ça continue, avec mon clan, on va finir dé(l)portés en banlieue, ou pire en Italie, il paraît que là-bas, tu peux encore foutre paisiblement le bordel.

Je plaisante évidemment, on y est et on reste, à Paris, pour le pire et pour le plaisir !

Parisiennement vôtre,

L’Affreux, sinon rien…


Des mots produits par la plume lunaire d’Arnaud Delporte-Fontaine illustrés par Bertille Delporte-Fontaine

Amateurs d’Affreusetés, retrouvez en direct ma plume lunaire sur les pages du Système A.