Le Billet mal luné de l’Affreux ! (épisode 4)

Et pour ce quatrième billet aux humeurs des Fontaines, j’ai pensé vous conter sans détours féériques « La Peur », brrr, parce que dehors, le climat est hostile, brrr, parce que j’entends des bruits suspects dans le placard de mon appartement, brrr, parce qu’on me dit que dans la rue, il faut toujours regarder derrière soi, au cas où, brrr, parce qu’à en classe de maternelle on nous enseigne la peur du loup, brrr, parce que la mort est un tabou, brrr, parce que nos dirigeants sont des poltrons, brrr, parce que je trouve louche la dernière maison sur la gauche, brrr, parce que le docteur Lafrousse me recommande la pilule blanche pour chasser celle qui agite mes nuits (ha ! ha ! ha !), brrr, parce qu’à force d’avoir peur de qui ? De quoi ? » Le ciel va vraiment finir par me tomber sur la tête !

Vous êtes bien lunés ?

Mes mots « quatre » : Même pas peur du Grand Méchant Loup…

lebilletmalluneok

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’aujourd’hui, chez nous, les occidentaux si civilisés par vraiment civiques tellement cyniques, La Peur, cette grande escogriffe est la grande star de nos contrées. De mémoire antédiluvienne (parce que « le loup » dans l’arche de Noé, c’était moi), nous, « les Hommes » avons toujours eu la frousse de l’Inconnu(e) tapi(e) dans notre ombre personnelle, du Kraken assoupi dans les abysses, de la Barbe Bleue de l’ogre caché dans notre placard à balais, du serpent serpentin, Jormungand, du ciel qui nous tombe sur la tête (on remerciera les pluies de météores)… En réalité, La Peur se nourrit de l’ignorance. Alors, moins vous en savez, naturellement, plus vous flippez. Les religieux et les dictateurs en savent quelque chose (Quoi ? Ces deux-là sont antinomiques ? Vraiment ?) C’est là qu’ils puisent la source de leur pouvoir. Les petits sottes enfermées dans les chartreuses en savent, elles aussi, quelque chose. Quand elles ont fini leur éducation religieuse, elles flinguent leur vie en compagnie d’un vieux mari impotent imposé par la dictature familiale. Heureusement, parfois, elles croisent une Merteuil… Rien de tel qu’un bon gamahuchage signé son complice, le vicomte de Valmont pour réveiller les bas instincts.

On l’aura compris, La Peur, celle que l’on cherche à nous imposer depuis trop longtemps (l’aube des temps anciens, lalala) nous brise les élans icariens. Ce n’est pas de cette Peur dont nous avons soif de. Nous, on cherche celle qui nous offre La Vie, pas La Peur de La Vie, celle qui nous aide à briser les murs de nos esprits arrêtés par des normes enseignées dès le plus jeune âge. Selon les Normands de Goscinny, La Peur donne des ailes. C’est de cette Peur-là dont je cause, c’est cette Peur-là dont je veux pouvoir me nourrir, pas de celle qui me dit : « attention, mon gars, si tu te conduis mal à l’école, tu vas flinguer ton avenir. Attention, mon grand, si tu foires tes études, tu ne trouveras jamais de travail. Si tu zappes ton service militaire (ça c’est pour les vieux comme moi), tu vas clôturer ton avenir chez les fonctionnaires (eh bien, clôturons-les profondément ces fonctionnaires à deux à l’heure qui se meurent dans des dortoirs poussiéreux). Si tu choisis la vie de bohème, tu vas rater l’occasion de t’offrir un plan d’épargne retraite (qui nous survivra tant nos cancers colorectaux nous sodomisent tôt), si tu dragues la gonzesse la plus belle de ton bahut, tu ne vas t’attirer que des ennuis monétaires, susciter la jalousie de tes compadre (soyons honnêtes et misogynes un brin, mes amis, quitte à s’attirer des tracas, autant que la carrosserie en jette, non ? Qu’elle soit moche ou belle, une gazelle, ça n’est que des emmerdes).

Bref, fuck à la vie, oui à l’ennui.

Moi, en bon Affreux, je conchie cette Peur-là. Celle-là même que l’on enseigne dès le plus jeune âge sur les bancs de l’école. N’oublions pas qui sont les enseignants d’aujourd’hui : des gens qui plus que par conviction (comme à la belle époque des coups de règles sur les doigts, ha ! ha ! ha !, dixit, Vipère au poing) ont opté pour la sûreté de l’emploi pour éviter de se retrouver sur les bancs terrifiants du chômage. Bouh, j’ai peur. Je veux bien qu’on explique à mon fils que la peur du loup est essentielle pour sa construction mentale, et autres conneries made in « psy-land » du genre, à condition, qu’on lui apprenne comment échapper à sa Grande Méchante Gueule, et surtout qu’on lui donne des armes pour lui bloquer la mâchoire si d’aventure elle tentait de l’avaler tout cru (à condition que le loup en question ne soit pas végétarien, bah quoi ?). En réalité, la peur du loup est née (plus ou moins) avec l’économie. Avant, comme lui, nous étions des nomades, nous allions nous aventurer là où l’eau et les victuailles se trouvaient. Un jour, parce que nous aimons posséder, nous avons décidé que tel territoire nous appartenait, et que tout ce qui s’y trouvait, poules y compris, était à nous. Ce jour-là, le loup, qui jusqu’alors était notre modèle dans l’art de la chasse, est devenu notre concurrent. Nous lui avons interdit l’accès à notre territoire et notre garde-manger. Et comme nous n’avons cessé d’élargir nos frontières, nous avons chassé ce sympathique prédateur aux confins du monde, là où il n’y a plus rien à becqueter que des brindilles (d’où la légende du Loup Famélique, ça ne vous dit rien, ah non ?) Aujourd’hui, les loups, ces bad animals, on les compte sur les pattes d’un cocker anglais, tant ils sont rares. On aura préféré la soumission des chiens à leur liberté sauvage. J’ose le grand écart en disant qu’on fait pareil avec nos gamins. On cherche à tuer leur instinct farouche afin de les changer en soldats soumis au système. La Peur est formatrice de figurants, pas d’explorateurs. C’est décidé, demain, j écrie « au loup ».

Il ne faut pas s’étonner qu’une fois « adultes », on s’offre des places de ciné pour aller déguster des films qui font peur : The Shining, Blair Witch, The Conjuring, The Ring, The Exorcist, Jaws, pour ne citer que ces plaisants métrages qui ont marqué mes années. Dans ces cas, comme pour Halloween, le plaisir est mêlé à La Peur, alors, on se marre bien, quand même, on oublie nos tracas du quotidien, La Peur nichée dans nos entrailles encrassées par une malbouffe (lisez l’étiquette de votre paquet de Fingers) dantesque. Et un jour, il nous arrive une tuile, comme un accident de voiture, une maladie grave, un décès, un attentat… Et plus personne n’est là, tellement on est figés par notre enseignement. Comment croyez-vous que des tocards comme Hitler ont pu accéder au pouvoir ? Par La Peur ! De la famine, des étrangers des contrées voisines (avant on les appelait les barbares), du chômage, etc. Sans aller jusque-là, nos élus jouent un peu trop sur cette corde sensible, au lieu de nous encourager à embrasser pleinement et sans rougir nos vocations intimes.

Franchement, si tout le monde choisissait sans pression familiale ou sociétale son devenir, les bancs du Pôle Emploi seraient moins garnis.

La Peur, ça devrait nous filer l’adrénaline nécessaire pour filer à l’anglaise quand notre arrière-train prend feu. Oui, La Peur, ça a du bon quand on est dans le pétrin. Plus qu’une émotion paralysante, elle est là pour nous donner le coup de pouce de dernière minute pour échapper aux emmerdes carabinées. Ces dernières années, j’ai pas mal usé de ces idées combinardes « in extremis » pour me sortir d’ennuis pas vraiment fréquentables (non, je ne jette pas des pétards sur les péniches le week-end).

Alors, pourquoi, ces jours-ci, en Europe, et plus particulièrement en France, on use et abuse à tort et à travers de cette pétoche pour méduser nos instincts, nos réflexes et pire nos brillantes idées d’échappées belles ? Cette même Peur qui nous pousse à fermer les yeux devant les vrais problèmes planétaires comme l’environnement ou les centrales nucléaires à deux doigts de péter… Personne ne s’est dit qu’un holocauste nucléaire était plus redoutable qu’une poignée de fondamentalistes égarés dans les méandres de La Peur ?

Comment croyez-vous qu’un bonimenteur vendeur de poissons datés des eighties comme Trump a pu être élu ? Grâce à sa complice en « P »… Et Poutine, un autre ponte en « P » qui joue sur nos passions, comment se fait-il qu’il soit toujours en poste dix-sept ans après son entrée en scène ? Grâce à sa belle dame apeurée. Quant à nous, les frenchies libertaires donneurs de leçons, on est en plein dedans avec le marionnettiste pétaradant fraîchement élu à la tête de notre pays qui s’amuse à agiter les ficelles de nos « P » tel un paquet de lessive… To be continued…

Bouh ! J’ai entendu un coup de feu dans le parc jouxtant mon appartement. Qu’est-ce que c’est ? Un terroriste qui exprime ses idées ? Une bombe qui éclate de rire ? Une centrale nucléaire qui pète de joie ? Un mari jaloux qui flingue les valseuses de l’amant de sa dulcinée ? Une grand-mère qui a oublié de couper ses gaz ?

Arf, en réalité, c’est un gamin qui s’est explosé la main avec un pétard mammouth…

Anxieusement vôtre (il faut lire « Angst » « Cieux »),

L’Affreux, sinon rien…


Des mots produits par la plume lunaire d’Arnaud Delporte-Fontaine illustrés par Bertille Delporte-Fontaine

Amateurs d’Affreusetés, retrouvez en direct ma plume lunaire sur les pages du Système A.

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