Conversation 6 : A + B et plus si Affinités !

conversations-abokPour cette sixième conversation, nous avons décidé de délaisser nos valises créatives un quart de seconde histoire de revenir en paix sur les deux premières années des « Chroniques des Fontaines », lancées début 2017 et plus, etc.

A :  Plus de deux ans après le lancement des « Chroniques des Fontaines », on peut, enfin, établir un bilan, je dois dire, assez jouissif de notre travail et surtout, du retour des lecteurs. Car sans lectorat, une revue, aussi brillante soit-elle, n’a guère d’intérêt, si ce n’est satisfaire son égo. Nos rubriques, bien que disparates, ont su attirer l’attention d’un lectorat, il me semble, varié… Les Rencontres & Entretiens, je dois le dire (au vu du travail d’approche et de préparation que cela demande), ont su nous ouvrir à de nouveaux horizons, de nouveaux lecteurs et de nouveaux partenaires… On ne remerciera jamais assez celles et ceux qui se sont prêtés au jeu… Mention spéciale pour Terry Moore, qui a sauté le pas sans hésiter, comme ça, à l’aveugle, alors qu’on ne se connaissait pas… Et les autres, bien sûr, qui ont toutes et tous joué le jeu généreusement.  Des coups de cœur de ton côté (j’ai mes « Bert’s » idées) ?

B : J’ai été très touchée, je l’avoue, par l’interview de Dominique Baudoux, qui est intervenue au moment où il m’a fait l’amitié de signer la préface des quatre tomes des « Contes culinaires de la fée Myrtille ». Il semble que sa générosité omniprésente réponde toujours présente lorsque la nécessité se présente… Et puis, j’aime aussi l’énergie féline de Catherine Locandro, et son regard diamant noir, Fabien Rodhain et sa vigilance de mise sur notre sol en crise (Note A : Cat et Fab préfacent « Tous contes de fées »), et encore, la lumière solaire de Michel Gros et son calendrier lunaire, et puis Valérie Cupillard ou l’art et la poésie d’une alimentation verte et fleurie… Et enfin, notre « Stranger in Paradise », Terry Moore, coup de théâtre de nos chroniques de cœur.

A : J’avoue être particulièrement accro à ta rubrique « Dans la peau », que tu avais lancée pour la trépassée revue « Brazil »… Certes, Barbara me glace le sang, mais quelle interprétation, quel texte, quel personnification tu nous as offert-là… Dans quelle peau as-tu préféré te glisser (satinée ou asséchée) ?

B : Côté « personnalités », même si j’avoue que Barbara et son minotaure me hantent, toujours et encore, dans celle de George Sand. Je me suis surprise à la confession brève d’une femme (plus que celle d’un auteur) de tous siècles confondus. Ô quelle jouissance se fut de parcourir un temps infime son intime existence ! Côté « personnages », dans celle mise à nu de Marianne, qui m’a transportée, vive, dans mes années, surréelles aquarelles, de modèle. Nina Sayers, et sa danse des cygnes, m’a basculée dans la ballerine qu’enfant, je fus, si passionnée. Patsey m’a rappelé à la fêlure dissimulée sous mon armure et Will Hunting a fait ressurgir la créature complexe qui assiège mon cortex. et qu’Anna et sa peine-poison, m’ont presque prise en possession ! Et pour finir, John Doe, digne sociopathe de Seven (à venir sur les Chroniques) m’a sucé la moelle épinière d’une perversité plus que parasitaire. Tout ceci, le temps de l’écriture, j’entends, j’aime me retrouver rapidement dans la soie de ma peau de joie ou même les pans de lin de mon chagrin, selon l’émoi de mon moi, saisi des saisons.

A : Je suis nostalgique de l’époque du magazine et des revues papiers appelés à disparaître forcément, considérant la finitude des ressources de notre planète usée par les égoïsmes de chacun. Même si le numérique crame davantage les yeux, il présente l’avantage d’épargner les arbres…Je pense qu’à terme, tout va finir sur des disques durs (ou autres gadgets inusables). Un jour, les vies comme les logis seront vides de culture et de sens. L’information et le savoir se seront barrés ailleurs. Gare au méchant EMP qui pourrait, d’un coup, comme ça, effacer l’Histoire de l’humanité… En attendant, on surfe, comme on peut, sur ce média, désormais incontournable…

B : Je n’aime pas du tout l’emploi de ces dits médias. Seul le contact immédiat me tient à cœur, sans écran de fumée d’une technologie quelconque, barbare et béotienne, arriérée avant l’âge. J’adore me « brancher » via mes propres connexions (sans pare-feu, anti-virus, et autres applications ou inspections-gadgets en sus) éveiller chaque jour davantage tous mes sens, ceux cachés (du sixième au dixième, il y en a, à mon sens, tout autant que les doigts de nos mains). Je préfère être complètement perchée au-dessus du nid de coucous qui pullulent, très horripilés et trop « empilulés » dans le monde entier. Je chéris la sensation d’être une illuminée avertie dans le néant de peurs et les ombres du doute qui cernent cette société dite de consommation (matrice qui n’est qu’illusion). Je préfère être connectée à l’inconscient collectif, de nuit, et, de jour, déconnecter toute clé de collectivité, et m’élever, Mélusine, sans mescaline, vers les portes de la perception. Mais plus encore, j’ai l’impression réelle d’être en voie d’extinction, que pire, mon être est, tel le soleil un astre déjà mort, qui ne fait qu’irradier la puissance de ses derniers rayons, jusqu’à extinction finale (est-ce l’écho, en mon sein, de la finitude de l’humain qui est en train de sévir sur Terre en ce moment même ?) Mais je m’égare du compte-rendu des Fontaines… Revenons-en aux fées !

A : De même que pour les « Chroniques des Fontaines », on a lancé en numérique tes « Contes culinaires de la fée Myrtille », et « Tous contes de fées », nos fééries écrites à quatre mains. Il y a dix ans, cela aurait été suicidaire en France de proposer un livre moins le papier, personne ne lisait vraiment des bouquins (à l’exception des Américains) sur le Net… Aujourd’hui, les mœurs ont changé, tout le monde s’y est mis ou presque (les tablettes ont aidé, c’est sûr),on peut désormais, produire soi-même, pour trois fois rien, son contenu en ligne.

Bien sûr, cela requiert un certain talent, et un travail colossal que de gérer le processus créatif de l’alpha à l’oméga (sans oublier les soucis, car il faut penser à tout !) On surfe sur la bonne vague, me semble-t-il, surtout, quand tu vois Disney, Netflix, Shonda Rhimes, YouTube, ou Amazon, pour ne citer que ces colosses, lancer leurs plateformes omniscientes-omniprésentes qui produisent-créent-diffusent leurs créas. Les diffuseurs, distributeurs et autres intermédiaires sont-ils amenés à se volatiliser (ça n’est pas une mauvaise nouvelle en soi, tant ils formatent et bloquent les auteurs) ? Une chance pour les gens comme nous, qui n’aiment guère les intermédiaires, et une chance aussi et surtout, pour celles et ceux qui veulent se lancer, dans l’industrie de la musique, par exemple. Les fellations-cocaïnées des maisons de disque ne seront plus un passage obligatoire pour les artistes en mal d’existence. Ce chaos artistique apparent va réellement laisser la place à de nouveaux talents nés loin du sérail du showbiz… La parole est au peuple, si je puis dire, sans gilet jaune…

B : Il était grand temps ! Que les voix du peuple grondent, et que dans l’onde, celle d’une sirène, belle des fontaines, dans la peau d’une bertillienne (a.k.a moi-même), sonde les cœurs, et, dans les ondes, résonnent ses chœurs !

A : Toujours à propos de la musique, tu pourrais conter à nos lectrices et nos lecteurs, ton approche libérée de toutes contraintes concernant ton alter ego « Bertille des Fontaines » ? A la fois créative et dans ton interprétation ?Car, il faut le souligner, tu gères ton projet de A à Z… A mon sens, Bertille des Fontaines, prouve une bonne fois pour toutes, que l’on n’a pas besoin d’être formatés pour exister dans ce milieu…

B : Les douze chansons de Bertille des Fontaines, issues de la période « D’amour et d’eau fraîche », sont, plus qu’herculéennes à créer. Je suis toujours en plein dedans (de mes grands pieds jusqu’à mon petit cou), mes reins sont soumis à rude épreuve, mais je touche à la fin. Y réchapperai-je saine et sauve, sirène et fauve ? J’y laisse, à chaque titre, un organe vital, une partie majeure de mon être, et autres énergies à perte : A la dérive a déversé, en une nuit, toutes mes larmes en pluie ; L’Allée des Cygnes m’a fait perdre pieds et tête ; La Nuit, une autre vie ; Mon Amant de Karma, mon sang froid ; Vol de Nuit, quelques plumes et tout appétit ; La Valse Ivre, trois temps de décadence et mon essence en déliquescence ; Anthologique Amour a happé mon âme troubadour ; D’une Marguerite a cueilli mon œil insolite et quelques pétales d’Aphrodite… À cette heure, je suis en train de perdre, mon ouïe et mon latin, pour Les Amours Oniriques ; ma mémoire métaphorée, pour Si La Do Ré ; encore un compte à rebours sur mes jours, pour Paris, mon amour, et je compte bien périr enfin, après l’ultime titre, D’amour et d’eau fraîche, tiré telle une dernière flèche en plein cœur de Lion, achevant mes douze travaux de passion à l’œuvre, à temps plein.

De façon plus concise, je me lève en Bertille du combat, je me couche abattue en Fontaine, répandue. Certes, c’est une expérience dénuée de toute contrainte sociétale, la liberté de créer est donc totale (c’est sans égal) et aussi totalitaire, puisqu’en solitaire, je me réduis en esclavage, aux fins de mon destin, en ce fatal ouvrage. Je suis mon propre instrument de tourment : dans l’arc de mon art, plusieurs cordes : voix de corps, et corps de guitare. Il semble que mon âme, la corde au cou, soit damnée dans cette voie porte-croix toujours, parcours damé d’amour, et ma voix velours et ses vocales condamnées à la corde, désormais, ensemble s’accordent à l’ordre du monde en marche vers l’extinction, avec, pour seule intention passionnelle, que celle de restituer, au monde, la lumière (celle qu’encore mon corps génère, malgré ma déjà-mort, tel l’astre solaire, flamme funéraire), et réveiller de ce feu, le puits d’amour et d’eau fraîche, volcan béant en chaque être humain, en vous et en moi, mais en nous, surtout. L’amour et l’eau, seules énergies vitales qui maintiennent l’humanité et son identité de surcroît (d’une pierre deux coups) debout : debout, pour la marche, la passion et la révolution, menant à son évolution. Mais, voilà encore, que je m’égare dans les nénuphars de mes pensées nues et phare. Revenons-en aux moutons et autres boutons, fleurons du numérique.A : Le numérique, c’est bien… Mais ça serait mieux si les ordinateurs du futur étaient dotés de batteries non-polluantes qui se rechargent avec l’énergie du soleil… Bordel, cet astre qui nous donne gratuitement vie pourrait faire tellement mieux, si le business se décidait, sans tarder, à l’exploiter… Ça ne serait que justice, et enfin, on serait débarrassés de ces assassins du nucléaire et des filières pétrolières qui ont tant ravagé notre planète… On peut toujours rêver, c’est mon cas, hélas, la réalité nous dépasse, et j’ai le sentiment que l’esprit de survie humain est à la bourre, et que le réveil va être difficile pour celles et ceux qui continuent d’émuler, les yeux fermés, la vie « pépère-prospère » consumériste de la fin du vingtième siècle…

B : A trop vouloir tout consommer, Nous, les Hommes omnivores (tout le monde est malheureusement dans le même panier percé, y compris les repentis, et apprentis végans), sommes à présent assommés par notre propre sort (ou celui de nos ancêtres) et, retour de bâton de la Nature, sommés de restituer le corps même de notre Terre, en fièvre, qui n’a plus pour nous, ni garde-corps ni garde-fou. Nous avons puisé l’or noir, ce pétrole, sève ultime de la Terre, et aujourd’hui, la Terre exsangue (sans son sang, elle sonne creux) le rappelle naturellement à elle. De cette opération terrestre, nous sommes les filtres, nous mutons en plastiques et carbones, autant que l’océan, et tous les autres éléments, idem pour le phénomène de radioactivité et ses déchets. Nous avons fait de notre terre promise une intime Némésis. Nous n’aurions jamais dû percer à jour son mystère, puiser, et épuiser ses sols, seuls asiles de nos existences. Il nous suffisait de puiser les derniers rayons du soleil, pour l’éternité, et dans sa pleine gratuité. Nous n’écoperions pas, aujourd’hui, sang et eau, d’une peine à perpétuité, mués en piètres pétroliers ambulants, mutés, radioactifs, en cancers sur pattes en voie de transition robotique, au nom d’un capitalisme cannibale, né de la barbarie en lettres capitales. Le tout-pouvoir, mère totalitaire, engendre l’impuissance totale. La nature même de l’Homme n’est pas de taille face à la Nature (en majuscule mais sans majesté). Que tentons-nous vraiment d’inverser à la longue ? La marche du monde (on y est) ? À quelles fins, si ce n’est notre propre perte (Adieu Berthe !) ? Bêtise suprême ou folie ultime (suicide collectif, tu veux dire…) ? Que voulons-nous prouver à la Terre, qui, elle, n’en a que faire de nos petits caprices des dieux (caprices, adieu !) ? Nous avions un abri heureux, terre verte, ciel et mer bleus. Les quatre saisons vivaldiennes de nature, scandaient des ans, la mesure. Les fleurs s’épanouissaient, les pommes mûrissaient, les fleuves se la coulaient douce, jusqu’aux mers salées allant de source, les vents purs affluaient aux quatre coins du monde, portant leurs effets papillons partout à la ronde, lorsqu’il y avait de l’orage dans l’air, l’averse s’avérait et le beau temps s’en revenait plus brillant que jamais… Nous n’avions qu’à valser dans cette danse du monde, au lieu d’arrêter sa marche pour la mettre à notre pas. Une balle dans le pied, nous voilà, pantins de notre propre pétrin, pauvres petits soldats, sujets de plomb, de notre propre trépas-Roi. Encore, là, je m’arrête, avant que ce nihiliste constat n’ait raison (à raison) de ma nature-morte en proie au positivisme de mon brillant combat.

A : Si tu devais projeter les « Chroniques des Fontaines » un an dans le futur, elles ressembleraient à quoi, selon toi ? Moi, je suis sûr, que d’ici-là, j’aurai chopé Alan Moore et Jean Dujardin pour une interview croisée du feu de dieu sous le soleil de Satan… Ha ! Ha ! Ha !

B : Les « Chroniques des Fontaines » seront toujours une source inépuisable de lumières et de libertés, de mémoires et d’histoires, de coups de cœur ou de gueule, tirettes de joie ou d’alerte, de tout ce qu’il nous reste de gratuité et de générosité, de pensées à transmettre, de billets à l’humeur, de conversations de passion en addition…

A : Ma B, je te quitte (sans tarder) virtuellement pour te retrouver corporellement…

B : Pareil, sans appareil ! Parce que la réalité et ses dimensions, et ses rêves de connexions, n’ont pas (et n’auront jamais) leurs pareils ! N’en déplaisent aux générations-moutons, excitées du bouton ! Un détour pointé sur le point G, ou doigté sur le grand O, est sans retour sur le clito de l’ordo (et ce pour quelques nuitées, voire années). Voilà, une ordonnance des sens à prendre à cœur, en tête à tête, à corps et à cris, et aussi, par-dessus la jambe, à la lettre « Q », au pied de son être, au sens figuré ou à la légère, à l’inconditionnel ou à la renverse, avec ou sans pincettes… A bas le virtuel vide de rêves ! Vive la vie rêvée telle quelle !

À suivre…


Arnaud & Bertille Delporte-Fontaine