Conversation 5 : Sortie, tout compte fait, de Tous contes de fées

conversations-abokPour notre cinquième conversation, nous vous relatons, presque à la lettre, notre échange né à la veille de la sortie de notre recueil de contes féeriques, fantastiques et oniriques, inédits, inspirés d’un esprit fertile fluviatile et vert de Terre imaginaire. Ces contes, nous les avons écrits il y a de nombreuses années déjà (dans une autre vie ?), et nous nous sommes décidés à les sortir, en trois parties, sur la plateforme Amazon, après le succès des contes culinaires de la fée Myrtille, et son personnage emblématique dont nous retrouvons la trace papillon dans Tous contes de fées. Ainsi paraît le premier tome de Tous contes de fées, pour lequel Catherine Locandro, et Fabien Rodhain, nous font l’amitié, d’en signer, respectivement, les préfaces.

B : Il y a quelques années, juste après notre rencontre, nous avons eu l’envie de rédiger une œuvre à quatre mains, je désirais depuis longtemps me plonger dans l’univers du conte. Aussi, m’est venu en tête ce titre entêtant Tous contes de fées. L’idée a maturé dans nos deux natures figurées. Au même moment, le concept des contes culinaires de la fée Myrtille a germé, je me suis lancée dans sa grande aventure, fouet, tablier, toque et plume de mise… Tandis que ce désir débordant de conte de fées t’a rattrapé, happé puis inspiré et ainsi donné vie à cet univers. Alors, notre recueil est né, en commençant par Châtaigne. Te souviens-tu ?

A : Oui, très bien, ma B… À l’époque, je sortais tout juste de l’écriture de scénarii et de la réécriture de mon premier roman, Rémy Rêve… Et, me plonger dans ce nouveau défi a fait vibrer mes cordes fantasmagoriques. C’est ainsi que je suis parti dans la conception de l’univers de nos contes féériques et tissé les liens entre les différents personnages de manière à obtenir un monde cohérent avec ce lot d’interactions qui plaît tant aux lecteurs…

B : Notre volonté d’écrire ce recueil pour tous les âges, pour tous les publics, autant pour les enfants que pour les adultes, était, avec le recul, assez risqué. Dans notre pays, les écrits inclassables, à l’instar des contes culinaires de la fée Myrtille, bien qu’universels, sont devenus difficilement éditables. C’est dommage que les catégories des écrits soient aussi rigides autant que les esprits ?

A : La France aime par-dessus tout catégoriser. Si tu te lances dans l’écriture de contes, tu es brancardé/e auteur/e pour couches-culottes ; si tu griffonnes un recueil culinaire, tu es rangé au rang des cuistots jusqu’à plus faim ; si tu scénarises une bande dessinée, tu es un geek en pantacourts incapable de jouer dans la cour des grands de la fiction romanesque… Tu en sais quelque chose… Depuis que tu t’es lancée dans la chanson, nul ne sait où te classer… Bertille, l’indomptable, aux talents insaisissables… Le monde de l’édition n’échappe aux mânes du business. Les éditeurs sont dépendants des diffuseurs qui, eux sont esclaves des libraires, qui, eux sont assujettis par un manque de place en rayon et d’imagination. C’est triste à dire, mais le numérique pourrait sauver les genres : ouvrir d’autres espaces de création, de mixité littéraire et enfin, décloisonner, les arts.

B : Amazon nous permet de sauter les frontières trop étriquées desdits critères à respecter, et autres classifications ou catégorisations auxquelles il manque toujours une case, et qui font sans passion ni raison barrage à la création, dommage ! Sera-t-il toujours question en France de lutte des classes ? Heureusement, cette plateforme amazonienne nous donne l’opportunité « Fontaines » de toucher, en un clic, tous les publics… Ça sent l’avenir à plein pif, oui ?

A : À plein nez, ouais. Je ne suis pas friand d’Amazon, et de ses méthodes de travail à la chaîne. Seulement, ils sont les seuls, ce jour, à proposer une plateforme offrant une chance aux nouveaux talents. Les éditeurs traditionnels ont, par confort et orgueil, méprisé le numérique. Aujourd’hui, ils s’en mordent les doigts et font, comme tout le monde, leur marché sur Amazon et ces réseaux sociaux qu’ils méprisaient tant auparavant. Le tout-numérique va s’imposer, c’est sûr… Plus que par envie populaire, par nécessité. Les ressources de la planète sont limitées et les besoins de nos contemporains ont muté. Qui songe à s’embarrasser d’un livre papier (à par toi et moi et d’autres antédiluviens de l’ancien monde) ? On est en plein dans la dématérialisation, tant des objets que des humains. Quelle sera l’étape suivante ? L’absence de vie tout court ?

B : L’envie de revenir à la source des contes écrits dans un langage littéraire, avec esprit et humour, nous a porté. L’idée, en sus, d’en faire un opus à portée écologique, était d’autant plus déconcertante pour certains… Surtout à l’époque à laquelle ces contes ont été rédigés… Il y avait déjà pour nous une urgence à éveiller les consciences du plus grand nombre (croissant en décroissant) en matière verte ? C’est d’autant plus vrai aujourd’hui ?

A : Tous contes de fées, est avant tout, un recueil d’histoires connectées à leur univers. On ne peut pas faire plus cosmogonique ! Son monde et ses personnages sont dépendants de leur environnement. Si tu touches à la forêt, Châtaigne dépérit ; si tu siphonnes la magie des fées papillon, le monde s’écroule, etc. Quand Arsène le magicien s’épanouit, c’est Madison qui se fige…. Ainsi va la loi de la causalité et de la responsabilité. Il en va de même dans notre monde réel. Si, je balance des produits chimiques dans la rivière, ce sont les poissons qui trinquent, puis ceux qui les pêchent, etc. L’humain s’est déconnecté de sa nature première. Il est l’esclave de ses besoins autocentrés. On vit dans un monde qui privilégie le profit au détriment de la santé de ses enfants… Ceci dit, avec les catastrophes naturelles qui sévissent partout sur terre, legs du dérèglement climatique, lui-même conséquence de nos égoïsmes, les consciences commencent à changer… Mais, n’est-il pas déjà trop tard pour notre planète ?

B : Le titre, en ces temps de fin du monde à l’approche, Tous contes de fées, peut paraître ironique pour les plus cyniques, ou naïf pour les plus positifs… Que dire, à part, qu’il ne faut pas se fier au titre tape à l’œil en trompe-l’œil. Comme dans tous les contes, derrière l’apparente candeur de l’univers coloré de l’œuvre se cache souvent, épreuves et douleurs. Et ce recueil n’échappe pas à cette règle, avec son retour aux thèmes ancestraux des contes : parcours initiatiques et destins fatidiques, beauté et cruauté, merveilles de la nature, magie et aventure, abandons, guerres et trahisons, énigmes et réflexions, malédictions et autres amours maudites… J’en oublie ?

A : Tu es exhaustive et pertinente comme toujours, ma B… Qu’ajouter sinon, nos propres vécus ?

B : Il était temps de revoir à la hausse le niveau de ladite littérature jeunesse depuis trop longtemps revue et corrigée à la baisse… Pourtant, les enfants férus d’histoires à ne pas dormir du tout, attendent avec impatience que leurs esprits s’éveillent, plutôt qu’être endormis (ou pire abrutis) par des doucereux récits trop souvent prémâchés, mal écrits (ou pas écrits du tout) sans réelles féeries ou rêveries…

A : Soyons, honnêtes, on prend les enfants pour des cons. À commencer par l’école publique qui préfère les infantiliser plutôt que les responsabiliser. On leur ergote depuis des années les cochonneries des Trois Petits Cochons, en tête du peloton des récits débilisants, au lieu de les plonger dans des fééries anglo-saxonnes, quêtes chevaleresques littéraires (Le Roi Arthur se consomme dès le plus âge !), et pourquoi pas dans l’heroic fantasy de Tolkien ? Harry Potter est le meilleur exemple qui me vienne en tête… C’est une œuvre qui séduit aussi bien les petits diables que les grands enfants… Qui n’a pas rêvé de fréquenter l’école des sorciers ? Voilà, ce que l’on devrait lire aux plus jeunes… Des récits qui éveillent à la magie de l’imaginaire, et non des contes consuméristes ou conservateurs…

B : Châtaigne, Fen et Fenrir, la fée Myrtille, Pierrot, Madison, Arsène, Istar et Philémé, June, et Brune, et le compte rond des fées papillon, autant de personnages romanesques qui forment le récit foisonnant de Tous contes de fées... C’est un univers qui semble infini !

A : Autant que nos imaginaires. D’ailleurs, nous œuvrons déjà sur une suite… On pourrait écrire leurs péripéties jusqu’à la fin de nos jours… Bon… Cela dit, on a d’autres chats qui se manifestent sur nos chemins créatifs… Bref, le temps n’est pas trop notre alliée… Il faut filer dare-dare… Écrire plus vite que la musique…Courir plus vite que les mots qui fusent. Plus sérieusement, j’adore l’univers de Tous contes de fées, pas seulement parce que j’en suis le co-créateur, mais parce qu’il me fait sourire de bonheur (le plus naïvement possible), rien qu’écrire ou relire ces contes éveille mon onirisme et, quand je suis immergé dans leurs sphères papillonesques, je n’ai plus qu’une envie, c’est de cueillir des baies avec la fée Myrtille, ou de lire un poème à la belle Madison, ou de batailler aux côtés des vaillants Fen et Fenrir, ou de baguenauder en la compagnie illusionniste d’Arsène et ses art-cirques.

B : Catherine Locandro et Fabien Rodhain nous font l’amitié d’en signer, respectivement, les préfaces, tout comme Dominique Baudoux, l’a fait pour la fée Myrtille…  Nos contes, au bout du conte, paraissent toujours sous de bonnes étoiles ! C’est une chance !

A : C’est un doublé ! Ou un effet papillon ! Catherine, je l’ai connue, il y a des années par l’intermédiaire d’un réalisateur qui m’avait demandé d’adapter son roman, le sombre et somptueux, Les Anges déçus, en scénario… On a, je dois le dire, apprécié cette collaboration. Et depuis, on suit son travail (à lire et à redécouvrir sur les pages de notre revue, les Chroniques des Fontaines) et en bonus, elle est marraine de notre association culturelle, Le Clan des Carpates… Et puis, son univers littéraire, bien qu’intime, a son lot de personnages hors-castes, en écho, à notre recueil de contes. Fabien, est une rencontre récente. Je l’ai découvert via sa bande dessinée axée sur les problèmes environnementaux et la paysannerie, Les Seigneurs de la terre, une saga super bien pensée, écrite à point nommée… Les engagements de Fabien quant aux problèmes climatiques vont de pair avec Tous contes de fées. Catherine et Fabien vont forcément porter chance à nos contes !

B : Je n’ai qu’un souhait. Que Tous contes de fées compte (si ce n’est déjà fait) parmi les grands contes, autant que les contes culinaires de la Fée Myrtille, sont en train de faire recette !

A : C’est du domaine du possible et non du féérique ! Que d’un lancer de poudre de fées, nos vœux se réalisent, ma B !

À suivre…

En savoir plus sur Tous contes de fées ? C’est par, ici, dans notre rubrique « A lire ».


Arnaud & Bertille Delporte-Fontaine