Conversation 4 : Paris A roulettes, Paris perdu ?

conversations-abokPour notre quatrième conversation, nous vous proposons un échange né à la suite d’un léger heurt entre le piéton Arnaud et une dame patronnesse chevauchant fièrement sa trottinette sur les trottoirs Parisiens. Les yeux rivés sur le dos tuméfié dudit piéton, on s’est mis à converser :

A : Tous les matins, j’amène notre gamin à son école. Tous les matins, j’esquive les passants mal réveillés qui n’ont pas encore ingéré leur débouche-boyaux. Bref, le coltard est de mise sur les trottoirs asphaltés de la capitale. Entre notre fils, plus vif que Flash dans un mauvais jour de course à pied, et les retardataires à la mine constipée, je vous jure qu’il n’est pas facile de zigzaguer entre tous ces zombies matineux. Hier, bref, un jour comme les autres, voilà qu’une dame patronnesse se la joue « auto-tamponneuse » et nous percute sévèrement moi et mon gamin. Réflexes de mise, je pare l’assaut avec mon dos. J’ai mal. Le kid est sauf, la dame m’insulte tandis que je suis plié en deux… de douleur. J’enchaîne la réplique (à défaut d’une avoine à la dame) : « Eh, depuis, quand les piétons ont-ils perdu leur droit de baguenauder en toute liberté sur les trottoirs pour lesquels ils ont saigné pendant la Commune (O.K, j’en rajoute un peu, eh, on est un peu dans une fiction quand même) ? L’autre rétorque : « J’étais là avant vous, et je suis en retard à mon travail. Z’aviez qu’à pas traîner devant mes roues. Faites comme tout le monde et mettez-vous au pas ! ». Le masque de la bienséance tombe si vite, ces jours-ci. Je m’en vais te mettre au pas, moi. La trottinette, pire, les deux roues, ou la mono-roue ont pris d’assaut les derniers espaces de liberté des rampants (piétons) de la Capitale. Les capitalistes ont piqué le deux-roues de leur gamin pour voler les rêveries des promeneurs solitaires. La génération Macron est en marche. Je l’avais prédit dans mon roman, Système A, on va tous finir en mode Wall-E. Et c’est là que tu interviens ma B, quelles sont nos options sinon la baston (je suis un primate) ?

B : Nos options ? Comme acheter une voiture à quatre roues avec options  (Ha !) Nos options en A+B, donc : avoir en son sein, de bons airbags (là, je blague), un freinage d’urgence (pour sauver sa peau), des radars à con avec ou sans recul, un T-shirt : « Mr Hank Hule bureau des ORNI, objets roulants non-identifiés » éloignera du passage les psychosanspattes et les psychomoteurs (Ha ha !), des antibrouillards (pour brouiller les pistes) et anti-éblouissements (pour la connerie aveuglante, j’entends), l’alarme intégrée (histoire de jouer des sirènes), des « retrovisières » vissées dans le viseur avant et arrière, un siège éjectable (dans le cas de collision notable ou de dommage collatéral), et pourquoi pas prévoir une roue de secours (dans le cas probable où un(e) inconnu(e) nous ferait, sur le pavé, le coup de la panne) ? On Laisse tomber l’autoradio autoreverse (quoi que ?), la climatisation (quoi qu’un bon jet glacé façon Captain Cold et Killer Frost, pourrait rafraîchir les idées…) Enfin, en bons anges déchus, gardiens de la voierie et ses rêveries, on peut toujours se (re)faire pousser des ailes et s’élever au-dessus des chariots de feu, charrettes à bêtes, et trottinettes sans têtes…Bref, on surnage comme on peut, en plein overdose d’hoverboard.

A : Je pensais que la ville de Paris devrait pondre une loi ordonnant aux parents ayant piqué à leurs gamins leurs trottinettes et autres mono-roues de rendre à la jeunesse indomptée ces outils de cabrioles ! Eh, après tout, c’est à leur âge qu’on fait des cascades, non ? Trottiner sur un deux-roues après trente balais, c’est un peu comme porter des couches-culottes pour adultes, non ?

B : Oui ! Que la révolte des enfants soit proche ! Paris et ses gavroches ne devraient pas sur ce sujet garder leur langue (bien pendue) dans leur poche (ni la donner au chat perché)… Enfants de la patrie ! Titis, gamins, bambins et chérubins, chenapans, galopins, poulbots, mômes et marmots, même hauts comme trois pommes, n’ayez pas peur des mots ! Envoyez vos parents montés sur roulettes superbement bouler ! Laissez-les dévaler la pente en figure libre, et laissez-les apprécier le ridicule de la situation, et la pesanteur des années dans un raide roulé-boulé avec atterrissage hasardeux sur douloureux fessier ! Enfants de la patrie, héritiers de Paris ! Le pavé est à vous ! Reprenez votre droit au bitume ! À vous, les cabrioles et galipettes, roulades et grandes roues, tourniquets et patins à roulettes ! Et vous parents-enfants, tournez la roue de la bonne fortune, rendez à vos petits César la clef de leurs chars, et celle des champs de l’enfance ! Et au passage, redonnez les rares places estampillées fauteuils-roulants aux handicapés ! Faites enfin la culbute de l’enfant à l’adulte ! Qu’il est loin le temps des berceaux et nacelles et des dîners entre adultes consentants aux chandelles…

A : Chassons les trottinettes des trottoirs pour laisser les poussettes doubles et triples reprendre leur espace. Non, je plaisante, quand je vois des gamins bedonnants de cinq, pire huit ans avachis sur leur trône à roulettes goûter leurs BNS farcis aux insecticides (http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon/Actualite/Societe/Alimentation-Chocapic-et-BN-farcis-d-insecticides), l’envie me prend de ressortir mon pistolet à eau. Alors, c’est ça, le Paris du futur, des consommateurs à roulettes qui défoncent les rêveries de JJ Rousseau ?

B : Ton pistolet à eau, façon Chute Libre ?… C’est vrai que c’est tentant… Parce que là, au rythme où ça va, on va tous déambuler en déambulateur précoce au lieu de buller ambulants et rêveurs, vraiment, faut plus pousser (bébé, mémé, et dédé – pour les adultes-acidulés)… Ironie du sort, comme tu le sous-entendais plus haut, la génération macronisée « En marche » ! aurait dû s’appeler « En roues libres » ! formule qui est un oxymore en soi, je ne vois pas comment l’on peut être libres comme l’air tout en étant assujettis à des roues de fer (note pour ma face B : je vais vraiment finir par ne plus commencer mes mails par « j’espère que tout roule »…) Tout va à vau-l’eau, mon homme Fontaine, même si pour nous, tout rou(cou)le.

A : Des fois, je dis à ma B, qu’il vaudrait mieux qu’on file à l’Anglaise (en somme qu’on refasse notre Brexit) pour les oasis de la campagne française. A nous la province et ses pesticides planqués à vue de nez ou ses déchets nucléaires enfouis sous nos pieds. On est coincés, pas vrai, ma B ?

B : Quand tu dis Brexit, j’entends Berexit… Coincés pour coincés, autant continuer d’en pincer par Paname et son vague à l’âme va-nu-pieds.  

A : La France croule sous les ordonnances médicales. La France étouffe sous les cachets distribués par nos médecins à la solde d’une industrie à la solde de toujours les mêmes patrons à la solde d’un progrès dont on ne voit pas le bout. C’est sûr qu’à force de manger n’importe quoi et d’avaler n’importe quelle pilule relaxante, on va tous finir avant l’âge de la retraite comme Raymond Burr, dans L’homme de fer sur un fauteuil roulant. Sauf que lui, à défaut d’en avoir dans les jambes, il en avait dans la tête. Dire qu’avant, le sarcasme plein la langue, on se moquait des « gros » américains… Aujourd’hui, ils peuvent bien (quoique avec Donald aux commandes, il va falloir envoyer du lourd, ah, ah, ah), nous balancer deux-trois horreurs gratuites sur nos silhouettes plus très fines (tant qu’il nous reste l’esprit)…

B : Sur ce sujet, je laisse place à ta superbe et turgescente Verve (n’y voyez là aucune contrepèterie en contrepartie…)

A : C’est aussi l’envie de ne pas grandir et de vouloir confier ses responsabilités à d’autres, à la société des services (j’appelle ça la société couche-culotte) qui pousse les gens à user du pneu plutôt que ses tendons. À force d’avoir la flemme de penser ou de préparer un vrai repas (autre qu’un truc préchauffé livré sous plastique) on se retrouve à quarante ans, sur une trottinette sans savoir même où aller. Quel exemple tu montres à tes gamins, quand, toi-même tu n’es pas capable de marcher seul sans appui artificiel ? Bientôt, on va devoir réécrire l’énigme du Sphinx (question posée par le Sphinx à Œdipe : « Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes, puis deux jambes, et finalement trois jambes ? » Ce à quoi, Œdipe répond : « L’homme, car dans sa prime enfance il se traîne sur ses pieds et ses mains, à l’âge adulte il se tient debout sur ses jambes, et dans sa vieillesse, il s’aide d’un bâton pour marcher. ». Aujourd’hui, si le Sphinx me posait la question, ça donnerait ça : « Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre roues, puis deux roues, et finalement quatre roues ? » Ce à quoi, je répondrais: « L’homme, car dans sa prime enfance il fainéante sur la poussette de ses parents à roulettes, à l’âge adulte il se tient debout sur la trottinette léguée par ses parents désormais les culs posés sur un fauteuil poussé par l’ex-bambin, et dans sa vieillesse, il chie dans sa couche sur un fauteuil roulant électrique guidé par son index droit, seul membre encore érectile de son corps pneumatique. ». Mous du genou, levez-vous !

B : Comme je le disais, en aparté et bon parti pris, SUPERBE ET TURGESCENTE VERVE !

A : Je n’ose même pas aborder les tires-aux-flancs qui nous envoient des particules fines dans les narines quand ils prennent leur bagnole pour aller s’acheter leur baguette engluée.

B : C’est ce que l’on peut communément appeler des pets de Foire sortis tout droit des pots de « d’échiassement » dans les embouteillages quotidiens des voies intestinales de la Capitale. De l’expression courante : être dans les « bouchons » ou dans « l’embarras » (du non-choix), ou encore subir un trafic perturbé, être en plein problème de transit… Les passages piétons toujours pour l’homo-erectus deviendront passages pousse-pousse pour homo-cyclus (et aucun lapsus en sus, à croire que l’humour s’est fait la malle, ou s’est tiré une balle au jeu de la roulette russe…Sur ce mon « A », je te renvoie la balle.)

A : Sûr ce, ma « B », je retourne squatter MON trottoir. Gyroroues (eh, je me suis mis à la page circulaire) et autres attardé(e)s du mollet, gare aux béquilles !

B : Gare à l’enjambée Bertille (et ses grands pieds)…

À suivre…


Arnaud & Bertille Delporte-Fontaine