Conversation 1 : Genèse des Chroniques des Fontaines

conversations-abokPour notre première conversation, nous vous proposons la retranscription au mot près (ou presque) de la réflexion qui nous a amenés à créer notre propre revue culturelle online. De mémoire subjective forcément, ça a commencé un soir, durant lequel un vent froid et des nuages obscurs avaient balayé les promesses fleuries du printemps, tant attendu par Hemingway. Comme ses lumières peinaient à pointer leurs stries colorées, on s’est dits, en A + B, qu’on allait donner un petit coup de pouce à notre belle saison. Alors, les yeux rivés sur nos horizons constellés, on s’est mis à converser :

A : C’est sur le Net que ça se passe…

B : Oui, c’est clair et Net ! Dans la planète virtuelle, les Chroniques des Fontaines font Place Net ! Plus sérieusement, une revue culturelle en ligne est un support libre sur lequel on peut tout exploiter, tout aborder…

A : Tout… La littérature, Paris, les News, c’est par la toile que ça transite, désormais. Il suffit de voir les ventes en chute libre de la presse écrite, le bordel que c’est de couper un arbre pour imprimer des conneries que personne ne lit par flemme de tourner une page… Bref…Mettons un terme à ce déboisement planétaire, dématérialisons nos pensées, et amenons-les sur la toile…

B : Oui… C’est prendre le risque de l’éphémère, de l’immatériel. C’est aussi une pensée matérialiste que de croire à la pérennité du papier… Alors qu’il suffit d’une allumette…

A : Avec Brazil on est dans l’indé, on est dans le cinéma de Bogdanovitch, du Nouvel Hollywood, là, on pourrait élargir notre champ et relier ce cinéma aux tendances du moment, à la nourriture de demain, le bio, et, bien sûr, offrir sans limites nos créations à un lectorat avide de nouveautés… Quand tu vois les retours encourageants que l’on a sur mes Billets d’humeur ou sur tes Dans la peau, tu n’as qu’une envie, c’est d’élargir le champ de nos idées…

B : Élargir le champ de nos batailles, cueillir la fleur de nos fusils et changer d’épaule. On a les épaules. Se servir de toutes les cordes de nos arcs. Et suivre chacune des directions de nos inspirations fléchées…

A : Après, il y a le problème de la com’… Comment ramener du monde sur une nouvelle revue noyée parmi des milliers d’autres poissons dans un océan pollué par les réseaux sociaux ? Il y a les contacts, les gens du métier, certes, mais ça ne suffit pas, il faut viser plus haut, faire parler de nous, via des annonceurs, rameuter nos anciens lecteurs, les artistes d’aujourd’hui, faire de notre revue un objet singulier attirant celles et ceux qui cherchent autre chose que La News du moment. Notre truc à nous, ça ne doit pas être de coller à l’actu, mais d’amener les gens dans les registres de l’insolite, de l’onirisme, d’un Paris qu’ils ne connaissent plus, et d’éveiller les consciences, l’écocitoyenneté, avec nos coups de gueule du moment.

B : Sans tomber dans les égarements des diaristes (flûtistes) du moment…

A : OK… Nous ne sommes pas des blogueurs lambda qui racontent leurs mésaventures hebdomadaires dans une laverie parisienne. Nous ne sommes pas des nantis qui veulent partager avec le monde online leurs complaintes existentielles d’enfants gâtés, nous sommes des acteurs de la vie, des gens réels, avec nos souffrances en écho avec celles de n’importe qui, bref, nous sommes des citoyens, des artistes qui essaient de concilier une vie réelle avec leurs aspirations, comme payer le loyer, gagner de quoi s’envoler au soleil et trouver le temps de finir un bouquin…

B : Paris est le prix à payer. Quant au soleil (c’est moi), il est là pour durer. Seul, le temps qui fructifie nos idées, est fluctuant… Mais bon. Tu écris tes lumières à vitesse lumière et moi, à celle du son, ou l’inverse. Alors, pour l’heure, même si tout pour nous s’empresse, au fond, rien ne presse.  Si cette vie insensée est comptée, l’immortalité, elle, est censée durer… Autant miser sur les deux, c’est mieux (ou insensé)…

A : J’arrête là mes coups de sang à la minute. Sans toi pour éteindre ma chaudière qui surchauffe, je foutrais le feu à l’appart’…Sérieusement, ma B, nous sommes avant tout des auteurs qui avons pour mission d’inviter les gens à partager le fruit de nos imaginaires, les lieux qui nous ont tapé à l’œil, les livres qui nous ont empêché de fermer l’œil la nuit, les artistes qui sortent du lot de la platitude, et de proposer des rubriques inédites qui nous permettront de véhiculer nos créations qu’elles soient chantées, écrites en prose ou en rimes, « photoshopées » ou esquissées à la main, notre travail, quoi !

B : Ô, mon A ! Oui ! Enfin dans le cadre de nos chroniques, nous pouvons tisser sur notre soie virtuelle (tissu issu de nos matières grises et arc-en-célestes, vivantes et organiques, premières ou transformées, à réflexion ou à débattre…) l’arrogance d’un propos poétique, la couleur de l’onirisme, la substance de nos essences, la mesure de nos valeurs sûres. Des mots, tantôt, griffés, au stylet verdet, sur le fil de mon style bertillien, tantôt, signés au sang d’encre de ton fleuret spadassin…Une revue gantée d’élégance, revêtue d’arrogance, dévêtue d’impertinence, vêtue d’indécence, engantant le Net plus ultra, le Tout-Paris, l’infini et l’au-delà, et tout le tralala.

A : L’élégance… C’est ça… Une revue élégante qui tape à l’œil et qui attise les curiosités… Une revue comme on faisait avant en papier, avec un grain et une odeur d’imprimerie que les esprits féconds pourront humer à foison, avec une identité et un visuel qui ne se fout pas de la gueule du lecteur, comme les magazines cinés « overdosés » par la pub et autres applications « cloudées »… On veut une revue que l’on puisse lire en écoutant en toute quiétude, je ne sais pas moi, Rachmaninov, ou Satie, ou bien, un bon vieux Bowie, ou le plus jeune Johnny Flynn (voilà un artiste qui pourrait figurer dans nos pages)…

B : Une revue avec vue : vue sur Paris, sur cour, sur la mer… Une revue révolutionnaire, visionnaire, imaginaire qui sort de l’ordinaire. Une revue de l’esprit. Une revue de point de vue. Une revue à longs termes, à longue vue…  Une revue placée en garde à vues.  

A : Je ne sais pas ce que ça va donner, ni quels retours on aura… Ce que je sais, par contre, c’est que ceux qui viendront nous visiter ne resteront pas indifférents… Est-ce qu’on va se prendre une volée de bois vert ou bien va-t-on connaître une envolée lyrique ? Arf… Laissons ça aux mains fileuses des Parques…

B : Une volée de bois vert ? Tant qu’elle est vert-de-gris, on s’en servira pour réplique… Quant à connaître l’envolée lyrique : nous connaître était déjà épique… Et puis, après l’envolée vient l’Odyssée… C’est cela. Nous retraçons, ici, entre ses pages, notre Odyssée… L’Odyssée des Fontaines. Notre histoire en « O » majuscule. Notre vie à bascule. Nos opuscules entre aube et crépuscule… Voguons sur les Fontaines de virgule en virgule…

A : Certes, ma B, certes… J’ai déjà les tempes qui suintent… Allez, rideau sur ces jacasseries nocturnes, j’ai un autre tête-à-tête en tête à te proposer…

B : Mon A. Je suis déjà ton homme.

À suivre…


Arnaud & Bertille Delporte-Fontaine