The Man in The High Castle

Au zénith du cauchemar

Adaptée du roman éponyme signé Philip K. Dick en 1962 dans un univers parallèle, la série The Man in The High Castle, produite par Ridley Scott (qui, après Blade Runner, pille encore avec talent l’univers du maître des mirages) nous transporte dans un monde alternatif dans lequel les Nazis et l’Empire du Japon ont remporté la Seconde Guerre Mondiale. L’intrigue se déroule dix ans après l’amère victoire.

On suit, aux États-Unis, notamment, un groupe de résistants qui cherche à terrasser l’infâme dictature à l’aide d’un mystérieux film supposément détenteur de La Vérité (de quoi ? On l’ignore). Clairement, en adaptant le célèbre récit uchronique de K. Dick, Amazon (le vendeur hégémonique « foir’fouille » qui, après avoir conquis le monde de l’édition s’est emparé des territoires ciné et télévisuels) nous propose là une vision sinistre de ce qu’aurait pu être notre monde si les forces de l’Axe avaient remporté la seconde grande guerre du vingtième siècle.

Un mot sur les protagonistes : retenez surtout l’officier Nazi, John Smith, glacialement interprété par le charismatique Rufus Sewell (au jeu plus subtil que celui « tête à claques » de Christoph Waltz dans Inglourious Basterds) et les yeux félins de Juliana Crain (l’Électre, Alexa Davalos). Les autres, assurent correctement leur job sans trop nous emporter. Peu importe, l’univers est le véritable héros du show.

Puisque l’auteur du roman est un yankee, on ne sort guère de l’Amérique du Nord.

Et le petit Hitler dans tout ça ? Il est vieux, malade, planqué dans son château, inutile…

Et l’Europe? Stop… Aucun intérêt ! Comme à chaque fois, dans une fiction made in USA, elle s’est faite atomiser dès le premier round du combat, et n’a donc plus lieu d’emmerder, nos amis d’outre-Atlantique.

Dommage pour nous, les losers de la guerre. À coup sûr, si la France n’avait pas plié devant l’Allemagne nazie, la carte du monde aurait une autre trombine. En mieux ? En pire ? Il faudrait demander à K. Dick… Pas de chance, le visionnaire s’est fait la malle dans une autre contrée…

Il n’empêche, la série nous amène loin dans l’horreur. Avec une mise en scène ultra-réaliste à glacer le sang des plus reptiliens d’entre nous, une reconstitution troublante, miroir inversé de nos années soixante, nos inconscients ne tardent pas à se laisser aller dans cette impensable contrée où le monde libre est bâillonné par la terreur. En écho à l’actualité, et à ce à quoi pourraient ressembler nos sociétés si une quelconque dictature s’imposait, la série, telle un oracle, tire la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard pour nos pensées.

The Man in the High Castle, une chimère effroyablement jouissive.

The Man in the High Castle, saison 01, série Américaine créée par Frank Spotnitz, avec Alexa Davalos, Rupert Evans, Luke Kleintank, Rufus Sewell … saison 1, 10 épisodes, 48-60 minutes. Diffusée sur Amazon en 2015.


Arnaud Delporte-Fontaine

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