Rodin, La sculpture nue

La sculpture à l’état pur

Lorsqu’on est une ancienne modèle et que l’on reçoit le livre Rodin, La sculpture nue, on ne peut que rester un temps d’éternité entre chair et marbre, basculée brutalement dans la peau magnifiée de Rose Beuret ou dans celle esseulée de Camille Claudel, et se laisser happer par son propre passé dénudé, jumelé à celui du génie, dans la pierre immortelle, avéré.

Ce très beau livre, paru aux Éditions Eyrolles, affole d’emblée. Au fil des pages superbement illustrées des chefs-d’œuvre du maître-monument, l’on y découvre le parcours singulier jonché de scandales, de critiques et autres écueils, de l’Auguste myope visionnaire, au cœur de pierre, rédigé avec justesse et sobriété par la plume de Victoria Charles.

Laissez toute espérance en entrant dans l’Enfer ! La Divine Comédie. Chant III. Dante

Destin faisant Rodin, l’on y apprend, ses influences issues de la Renaissance italienne, sa passion pour Michel-Ange (d’où naîtra son non finito), sa création marquée au fer blanc par l’Enfer de Dante (qui donnera naissance en un jeu de miroir, à son célèbre Penseur), la réalisation pas à pas de la Porte de l’Enfer, son enclin extatique pour les Métamorphoses d’Ovide, son penchant poétique pour Les Fleurs du Mal (d’où découlera, Je suis Belle, son ode revisitée à La Beauté de Baudelaire)… L’on y découvre aussi ses premiers émois avec Camille Claudel (l’Éternel Printemps, l’Éternelle Idole), leur passion jumelée pour les amants damnés, et comment ce masque d’amour, après leur rupture, s’est mué en masque d’éternité dans toute sa sculpture d’Auguste augure (Camille au bonnet, l’Adieu, puis, La Pensée, Le Sommeil et l’Aurore). Enfin, quelques monuments (les plus souvent contestés de son vivant, idéalisés, depuis) parachèvent cette biographie magnifiée de l’artiste (Les Bourgeois de Calais, le Monument à Victor Hugo, le Monument à Balzac, etc.)

Rodin ou les femmes à dessein

En fin de livre, tel un intime épilogue, l’on découvre, encore, un Rodin à l’âge mûr loin de L’Âge d’airain, et des murs de pierre de Camille Claudel, féru de fusain, croquant le corps des femmes sans fin, dans l’obsession des carnations et de ses incarnations, gourmand de galbes, avide de poses lascives, le sculpteur sulfureux à l’éminente mine d’aplomb, se lance tel un forcené, à la recherche de la vérité du trait. De sa série noire sur la Porte de l’Enfer, aux dessins érotiques de femmes nues, faits d’instantanés et de silhouettes découpées et rassemblées, transpire, ici, la matière qui transportera plus d’un artiste après lui, Picasso en tête cubiste.

Quand on suit la nature, on obtient tout. Auguste Rodin

Rodin, La sculpture nue, met à nu un infini génie entre Enfer et Paradis.

Rodin, La sculpture nue/ Victoria Charles – Eyrolles parution 23 mars 2017

Retrouvez en parallèle mon dossier sur le centenaire du centaure Rodin mi mentor mi humain, ici


Bertille Delporte-Fontaine

Publicités