Trilogie Super

Et pour ce troisième numéro triplé, je vous amène up, up, and away dans les cieux Olympiens de l’homme d’acier, Superman.

Loin de moi l’idée de vous rebattre les oreilles avec les origines du premier super-héros imaginé par Siegel et Shuster en 1933. Je ne vais pas évoquer, ici, ses aventures contées dans le comic book qui n’intéressent que ses « fans de ». Je ne vais pas évoquer son actualité cinématographique (il n’y a rien à ajouter depuis Christopher Reeve. Ses interprètes sont tous lamentables. Point final) Au contraire. Je vous propose en ces pages virtuelles trois portraits insolites du héros, à travers trois histoires baroques qui dépeignent le mythe sous un jour nouveau.

Et le graphic novel, Superman : Secret Identity, pourrait éveiller la curiosité de celles et ceux qui se fichent royalement du gus rouge et bleu… Pourquoi ? Parce que cette bande dessinée signée par le très old school, Kurt Busiek (un mec qui écrit à l’ancienne avec du texte, des bulles, du contenu, quoi, pas comme les types d’aujourd’hui qui décrivent visuellement l’action au détriment de la pensée et de l’émotion) conte l’histoire d’un quidam, vous, moi, votre meilleur ami, qui, dans le monde réel, ennuyeux au possible, va, un beau matin, se réveiller avec les pouvoirs de Superman. L’ironie suprême étant son identité civile : le héros est prénommé Clark Kent. Imaginez les humiliations au collège. Sauf que, cette fois (on est dans une fiction, on peut tout se permettre), le scénariste s’amuse à offrir à la normalité un grain de super. Eh, qui n’a pas fantasmé, gamin, de s’éveiller avec des super-pouvoirs ? Pas vous ? Autant pour moi… Sauf que notre héros, Clark Kent vit dans notre monde, sordide à souhait, et ennuyeux au possible (le graphisme sépulcral de Stuart Immonen souligne avec justesse et talent la grisaille du réel). Dans ce monde, il n’y a pas de super-crétins à tabasser, ni de super-potes avec qui bavasser. Il n’empêche, notre protagoniste va endosser les habits rouges et bleus du super-héros et jouer comme il peut les redresseurs de torts. Il va se confronter à des problèmes bien réels, tels que les conflits armés, la faim dans le monde, la pollution, etc. Va-t-il être acclamé comme l’autre Clark, « le vrai » ? Pas du tout. Il va, a contrario, susciter l’intérêt des forces armées, les scientifiques en tête, qui vont tenter de mettre la main sur ses super-capacités. Croyez-moi, sa vie n’a rien d’idyllique… Le héros est à deux doigts de finir dans le formol… Plus humain que surhumain, Clark, en bon fan de son alter ego fictif (comme dans notre monde, le comic book existe), devient journaliste, rencontre sa Loïs (si si !) et fonde une famille. Au fil des pages, il vieillit (grande différence avec le héros de fiction au faciès immuable) et fait face à ses super-responsabilités. L’origine de ses pouvoirs restera sans réponse. Sont-ils nés dans son imaginaire ? Ou bien le mec est-il piégé dans un rêve éveillé ? Kurt ne nous éclaire pas sur ce point.

Le Superman va-t-il laisser une trace dans l’Histoire ? Rien n’est moins sûr.

Superman : Secret Identity, scénario de Kurt Busiek, dessin de Stuart Immonen, DC comics, initialement paru en en V.O en 2004, 208 pages, le prix varie entre 10 et 28 euros en boutique ou sur Internet selon les vendeurs (un conseil, achetez d’occasion…)


Toujours plus insolite, voici une saga, signée par le vieux routier John Byrne qui s’amuse à narrer la rencontre entre Batman et Superman dans un monde où les personnages sont confrontés au temps qui passe.

Entre chaque numéro, on fait un bon dans le temps de dix ans (Bryan Singer a piqué cette idée pour ses X-Men nouvelle génération), et, l’on découvre ce que sont devenus nos super-héros, entretemps.

Comme dans les comics desquels John s’inspire, l’homme chauve-souris et l’homme d’acier se rencontrent en 1939, date de la première publication de Batman (Superman est publié dans Action comics en 1938). Au fil des années, ils affrontent Lex Luthor, Le Joker, s’allient avec The Flash, Wonder Woman, Green Lantern, et les autres héros de la Justice League. Le fait qu’ils soient de simples mortels offre à ces super-divinités une humanité jusqu’alors (la série de Busiek sortira plus tard) jamais explorée. On assiste à la déchéance de Superman, aux échecs de Batman, aux difficultés qu’ont leurs successeurs (leurs enfants ou leurs protégés) à prendre le relais de leurs ainés, à leurs vies de famille chaotiques, à leur disparition…

L’histoire se déroule de 1939 à 2919 (il y a une explication à cet énorme bond dans le temps), et permet d’étaler les péripéties (comme la vengeance de Lex Luthor) sur des années plutôt que sur des mois comme dans les séries classiques. Ceux qui aiment la bédé classique seront servis par les dessins soignés et précis de Byrne (qui je le rappelle a fait le succès des X-Men avec Claremont dans les années soixante-dix), l’homme s’éclate, et cela se voit, au fil des pages.

Quand on délie les mains des auteurs, ils nous servent des trésors. C’est le cas, ici « Bats »…

Superman & Batman: Generations, scénario et dessin de John Byrne, DC comics, initialement paru en V.O entre 1999 et 2004, saga en trois parties rééditée en 2017.


Et puis, il y a Grant Morrison, et son univers opiacé. Comme les auteurs précédents, il adore réinventer les personnages iconiques.  Et, lui, ce qui le fait frémir, c’est la démesure…

Et, il nous offre là un Superman, hors continuité, aux pouvoirs encore plus super-qu’ordinairement. Suite à une mission à proximité du soleil, Superman voit ses pouvoirs multipliés jusqu’à plus de limites. Sauf qu’il y a une contrepartie à ces nouveaux pouvoirs. Ce trop-plein de « super » overdose son organisme et réduit son espérance de vie à une année. Du coup, l’homme va se lancer un défi : celui de résoudre tous les conflits terrestres avant son trépas. En douze mois, douze travaux dignes d’Héraclès, il va sauver ses frères extra-terrestres kandoriens (des kryptoniens miniaturisés), guérir le cancer, créer la vie (Morrison est le roi des idées astronomiques) et tenter de surmonter la mort. On retrouve naturellement à ses côtés, au premier rang des derniers exploits de Superman, la truculente Loïs Lane (normal, c’est elle qui a révélé le héros au monde) qui dépeint avec une inquiétude palpable, l’omnipotence du héros. De son point de vue, on se demande si ses nouveaux pouvoirs ne l’ont pas fait basculer aux confins de la folie…

Avec Morrison, la réalité est souvent tronquée. Le graphisme est formidable : à la fois élégant et ouaté, les planches de Quitely sont magnifiées par une mise en couleur diaprée, vivante et chatoyante et s’adapte parfaitement à la démesure du scénariste.

All-Star Superman, du sur-mesure, pour les aficionados du surhomme Nietzschéen.

All-Star Superman, scénario de Grant Morrison, dessin de Frank Quitely, DC comics, initialement paru en V.O entre 2005 et 2008, 320 pages, le prix varie entre 18 et 28 euros en boutique ou sur Internet selon les vendeurs (achetez d’occasion…)

Triplement vôtre,

L’Affreux.


Arnaud Delporte-Fontaine. Illustration Bertille Delporte-Fontaine.

 

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