Trilogie de l’Ovni

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Et pour ce second numéro triplé, je vous amène sur les sentiers insolites de celui qui nous aura fait croire des années durant que la vérité était ailleurs, le petit homme vert, David Duch« ovny », alias Hank Moody.

À travers trois supports paranormaux, je vais, le temps d’une pluie de météorites, vous faire redécouvrir ce bonhomme.

duchovnyholycowCeux qui pensent que Duchovny et Fox Mulder, le para-agent, ne font qu’un se trompent. Car derrière les mèches impeccables du bon David se terre depuis des années une plume timide qui ne demande qu’à faire son coming-out. À la base, notre ami se destine à une carrière littéraire… Il trouvera sa vérité ailleurs, sur les rangs élitistes de l’actorat hollywoodien. Mais l’appel de la machine à écrire, et certainement son incarnation de l’écrivain plus « Sur la route » tu meurs, Hank Moody, et le succès rencontré dans sa carrière d’acteur vont permettre à son imaginaire de s’exprimer publiquement, à travers un roman.

Et le roman, Oh la vache ! (Holy Cow, pour les puristes), est tout sauf un acte manqué. Alors vous me direz, le mec est mondialement célèbre, la presse féminine fantasme sa pipe de bon matin… David pourrait nous pondre une colique manuscrite et tout le monde l’acclamerait parce qu’il a incarné à la télé pour notre grand plaisir libidineux, l’écrivain souillon, Hank Moody. Fi des apparences… Pour son premier roman, l’homme-ovni aurait pu choisir la facilité et nous concocter une énième version des aventures buckowskiennes du père Moody ou les intrigues d’un explorateur de l’étrange. Le petit David, malin comme tout, va, au contraire, prendre le contre-pied des personnages qui ont établi son succès et nous proposer une fable humaniste écolo théologiquement et politiquement incorrecte aux situations comiques assaisonnées de dialogues bien malicieux. Oh la vache !, c’est l’histoire de Elsie Bovary, une vache qui file le parfait bonheur dans le pré, et qui pense naïvement que sa mère et ses ancêtres ont quitté leur terre nourricière naturellement, jusqu’au jour où elle découvre qu’elle va finir, comme sa mama et ses copines du vert pâturage, en steak haché dans un fast-food. Flanquée de deux complices, un cochon converti au judaïsme et un dindon obnubilé par Istanbul, Elsie prend son destin en main et se fait la malle… S’ensuit une odyssée aussi déjantée qu’improbable sur les routes avariées de notre civilisation ras-la-viande.

9782246857433-001-x_0Ça n’est un secret pour personne, comme beaucoup de ses confrères people, David est écolo à tendance végétarienne. C’est la mode en ce moment. Il n’empêche, certains prennent ça plus à cœur que d’autres, c’est son cas, semble-t-il, avec ce roman engagé bienvenu en ces temps de gavage d’oie. Bien sûr, sa fable vacharde ne vaut pas la célèbre et sanglante Ferme des animaux, écrite par George Orwell en 1945, qui dénonce avec bien plus de puissance la barbarie humaine. À côté de cet opus, Oh la vache !, c’est de la junk food. Néanmoins, un sympathique easy-book comme celui-ci mène parfois aux fondamentaux. À lire donc, pour découvrir en bout de course l’œuvre d’Orwell.

Oh la vache ! (Holy Cow), de David Duchovny, Grasset, 216 pages, paru en janvier 2016, 11,99 euros.


1366_768_201002041258311022712En piste l’autre écrivain (le faux cette fois), celui qui se murge plus en compagnie de jouvencelles qu’il ne tape son génie sur sa Selectric II. Hank Moody, donc, le héros désabusé et sarcastique de la série Californication qui nous a bien fait marrer ces années-là, est la seconde grande incarnation de Duchovny à l’écran. Après avoir côtoyé le cul gelé des extraterrestres, l’homme opte pour la compagnie plus chaleureuse et ruisselante des chattes errantes de Los Angeles. Bon choix, l’ami. Avec sa voix suave qui fait chavirer les MILF les plus impénétrables, sa veste de costard noire cintrée piège à femmes, sa désinvolture déglinguée, son bagout à faire chavirer les filles des mêmes MILF, Duchovny compose un personnage agaçant, suintant, séduisant au possible, aux antipodes d’un Mulder perché dans la lune. Et l’histoire dans tout ça ? De quoi cause la série ? D’un amoureux des pavés new-yorkais qui s’exile à Los Angeles avec sa femme Karen et sa fille Rebecca pour participer à l’adaptation sur grand écran de son unique succès littéraire. En fait, tout ça n’est qu’un prétexte pour nous servir des situations comiques plus improbables, déjantées et burlesques au fil des saisons. Et d’assister à la déchéance de cet écrivain prometteur en manque d’inspiration… Alcool, vulves et grand n’importe quoi sont au menu de la série et ce jusqu’à indigestion (le summum du médiocre est la saison 7 dans laquelle Moody troque les habits classieux de l’écrivain contre ceux couches-culottes du scénariste télé. Il faut croire que les auteurs du show ne se sont pas sentis à la hauteur de leur personnage)… Hank Moody a beau être très attachant, on peine à suivre au-delà de la troisième saison ses mésaventures… californication-s5Les scénaristes de la série au lieu de nous servir le quotidien d’un auteur en panne de, préfèrent nous offrir le glamour clinquant d’Hollywood. Pourquoi toujours opter pour la facilité ? On tenait là un personnage en or, un Bukowski moderne, au propos plus outrancier que normalisé… Au lieu d’enchaîner, épisode après épisode, les mêmes situations comiques réchauffées au micro-onde, les mecs auraient pu développer les déboires drolatiques d’un Barfly en perdition. Hélas, la loi du marché prévaut, et le cul d’une gourgandine de vingt ans vend mieux qu’une vieille du pavé quarantenaire…

Il ne faut pas rêver, les gars, on est à Hollywood, la machine à rêves…

Californication, série Américaine créée par Tom Kapinos, avec David Duchovny, Natascha McElhone, Evan Handler, Pamela Adlon… Saison 1-7, 22 à 28 minutes. Diffusée de 2007 à 2014 sur Showtime, disponible en coffret DVD et Blu-Ray.


895236Ceux qui pensaient que j’allais conclure cette rubrique avec la série X-Files peuvent tout de suite se planter le majeur dans l’œil gauche. Allez, je vous toise ! Si si si, nous allons bien causer d’X-Files, mais de son adaptation en comic book cette fois, nul besoin d’en rajouter sur le phénomène planétaire télévisé.

Glénat réédite les comics sortis en 1996 alors que la série entame sa saison deux. En parallèle des aventures télévisées de Mulder et Scully, les auteurs développent ici des intrigues qui viennent compléter celles de la série mère. L’intérêt ? Aucun si vous n’êtes pas fans de la série.planchea_282881

Si vous l’êtes, en revanche, vous prendrez plaisir à retrouver, en bande dessinée, les figures cultes de l’Homme à la cigarette, et de Walter Skinner. L’auteur Stefan Petrucha et le dessinateur Charlie Adlard (future star du comic The Walking Dead) peinent dans ces six premiers épisodes à imposer leurs marques tant ils sont cadenassés par les intrigues menées par Chris Carter sur le petit écran. Le gros bémol de ce bordel sous X est la tronche des agents Mulder et Scully qui ne colle pas du tout à celles de leurs interprètes. L’artiste a voulu nous offrir sa vision des personnages. Eh bien, c’est raté. Mulder a plus des airs de Jean-Pierre Bacri que de David Duchovny et Scully, la trogne pas possible de Margaret Thatcher que de Gillian Anderson.

the-x-files-archiveCôté intrigues, il y a du bon, c’est rythmé et pas trop mal écrit, notamment la saga de L’Oiseau de feu qui relie astucieusement ses mythes avec ceux de la série.

To be continued, donc, pour ceux qui collectionnent les affaires non classées.

The X-Files Archives tome 1 (épisodes 1 à 6), scénario de Stefan Petrucha, dessin de Charlie Adlard, Glénat, 160 pages, paru en juin 2016, 10 euros.

Triplement vôtre,

L’Affreux.


Arnaud Delporte-Fontaine. Illustration Bertille Delporte-Fontaine.