Tale of Tales

 affiche-tale-of-talesLes châteaux en Espagne qui ne coûtent rien à construire sont ruineux à démolir.” François Mauriac

C’est au travers d’une Italie abyssale et bestiale, que Matteo Garrone, le réalisateur du sanglant Gomorra, plante le décor de son conte des contes, inscrivant son histoire à trois tiroirs dans les traces lucifériennes de Luchino Visconti et de son Guépard, exhumant pour un temps d’éternité à l’écran la majesté d’un cinéma italien oublié, à regret.

Librement adapté du recueil napolitain Lo cunto de li cunti overo Lo trattenemiento de peccerille ou Pentamerone, de Giambattista Basile, les trois récits ficelés de fil d’or, (inspirés de « La Puce », « La biche ensorcelée », « La vieille écorchée ») s’entremêlent à merveille, dans ce pays au soleil de sang vermeil. Les thèmes millénaires de l’univers du conte se décomptent dans ce recueil réalisé sans écueil, allant de la marâtre cruelle à la gémellité duelle (ou dualité gémellée, tout s’emmêle), de l’indigence à l’abondance, de la possession à l’obsession, de la monstruosité deux fois revisitée (le roi et la puce, et l’ogre de la belle) à la beauté fanée (fleur de la fatalité)…

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L’on se perd dans le théâtre aux alouettes de Tale of Tales, d’un trône à l’autre, en trompe-l’œil bâtis tels des châteaux de cartes en Espagne. Les effets numériques remarquables passent pourtant inaperçus, et se fondent tel un tableau pictural onirique dans le décor irréel de l’œuvre de maître, rehaussant ainsi la beauté des costumes, transportant le récit choral dans une temporalité posthume, surréelle parfois infernale, et servent (une fois n’est pas coutume) tout autant la trame, que la réalisation, avec envoûtement et charme.

tale-of-talesL’éventail des acteurs insuffle un air nouveau au genre éculé fantastique adulé. Salma Hayek, en tête, retrouve les pans sombres de la toile de Frida et, se révèle, veuve noire dans une scène des plus obscures, dévorant le cœur d’un monstre afin d’engendrer sa propre monstruosité… L’on retrouve avec joie, bien loin de l’univers papier-prémâché de Christophe Gans, un Vincent Cassel, au charisme démentiel de roi sensuel (rôle qui lui va comme un gant) distillant son amour courtois entre les parois des apparentes portes de sa destinée dulcinée…

Au bout du conte, malgré quelques absences scénaristiques, porté par une réalisation extatique, Tale of Tales (Film de la Rate, ascendant Poumon*) s’inscrit avec talent dans la filmographie universelle du conte, en une fresque romanesque, à l’onirisme organique et cauchemardesque, captivant, et envoûtant.

Tale of Tales de Matteo Garrone (disponible en DVD et Blu-Ray)

*voir le dossier ciné Bertillien/Brazilien : Movie’s Anatomy


Bertille Delporte-Fontaine

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