Split

Schizo boy, ou le coup de boule de James McAvoy dans nos peurs rationnelles.

Plus flippant que Tyler Durden dans Fight Club, James McAvoy et son Kevin aux 23 personnalités plus « une » pensées par l’éveillé, M. Night Shyamalan, nous file au sens propre comme au figuré un coup de poignard dans nos ventres noués.

Avec Split, le maître de l’inattendu, Shyamalan, accomplit un double retour en force, le sien, d’abord, parce que ces dernières années, ses œuvres ont eu tendance à finir dans les limbes du cinéma plutôt que sous les feux des projecteurs ; celui de McAvoy, ensuite, qui, après des années de rôles brillants mais « discrets » (incompréhensible), parvient enfin à se faire connaître du grand public.

L’alchimie parfaite pour ce film sans thunes (neuf millions de dollars tout de même) qui rapporte haut la main 248 millions… Yeah…

On ne les a pas vus venir.

Perdu depuis des années dans des films à gros budgets qu’il ne maitrisait pas et qui satisfaisaient plus son ego que son public, Shyamalan n’arrivait plus à retrouver l’inspiration qui nous avait séduits à ses débuts (Sixième sens, Incassable, Le Village). Il lui aura fallu toucher le fond du business pour se recentrer et retrouver l’énergie de sa jeunesse. Sa rencontre avec le brillant McAvoy n’est pas un hasard. L’acteur écossais n’est pas de ceux qui choisissent leurs films pour faire mousser leur carrière. Peu lui importe le budget ou le potentiel oscarisable du métrage. Avant qu’on lui propose de se raser le crâne pour la franchise X-MEN, il avait déjà excellé dans les classiques et superbes Reviens-moi, Le Dernier Roi d’Écosse, Jane, Tolstoï le dernier roi d’automne, ou même chez Robert Redford. Il ne s’est pas jeté aux pieds des producteurs pour qu’on lui refile le rôle de Charles Xavier, le mentor des célèbres mutants, ce sont eux qui l’ont courtisé. Il faut dire qu’avec son ego quasi nul, et sa générosité à l’écran, il n’est pas de ces acteurs dont les caprices transparaissent plus à l’écran que le talent.

Fi de mon admiration pour James.

De quoi parle Split sinon d’un léger trouble mental ?

Split, c’est l’histoire du conflit qui oppose 23 personnalités ayant élu domicile dans le corps d’un jeune homme, Kevin (McAvoy). Chacune des personnalités a des attributs physiques différents, par exemple, l’une souffre de diabète, tandis qu’une autre est un enfant de neuf ans avec un cheveu sur la langue… Certaines prennent le pouvoir (momentanément) avant de le céder aux autres et ainsi de suite. Dans sa tête, c’est La Ronde de Schnitzler. Mais gare à la vingt-quatrième tapie dans l’ombre (là, je tais à ceux qui n’ont pas encore vu le film l’énorme twist final).

Son personnage est inspiré d’un type nommé Billy Milligan, souffrant de trouble dissociatif de la personnalité (dans Split, c’est plus compliqué que ça). Pour un aperçu du cas Billy, c’est par ici :

https://www.youtube.com/watch?v=gAPPzmRb4r0

Bref, Kevin va kidnapper trois adolescentes qui vont, chacune à leur façon, chercher à « copiner » avec l’une des personnalités dans l’espoir qu’elle les délivre de leur geôle… Je fais l’impasse sur leur sort.

Avec sa mise en scène près des corps et ses décors étouffants, Shyamalan, joue la carte de la claustrophobie et parvient à nous dérober nos soupirs le temps du supplice (1h57). Si bien qu’à la fin du film on se sent délivrés…

Split, saisissant, surprenant, schismatique.

Ah oui, Split, est en réalité et pour de vrai, aussi surprenant que cela puisse paraître aux plus cartésiens d’entre vous, la seconde partie d’une trilogie « Shyamalanienne » ultra secrète qui s’est conclue dans nos salles ce début 2019, avec le film Glass, suite confessée de Split que nous ne chroniquerons pas ici pour des raisons budgétaires, long métrage, lui-même, suite déguisée de… bip… Mais, chut, ne le dites à personne, surtout !

Split, de M. Night Shyamalan, sorti en salles en 2016, en vidéo en 2017 chez Universal Pictures Video.


Arnaud Delporte-Fontaine