Peau d’âne

affichepeau-d-aneL’amour est comme le vent, nous ne savons pas d’où il vient. » Honoré de Balzac/ La peau de chagrin. 

Il était une fois, Peau d’âne dissimulée sous une peau de chagrin (et inversement)…

Comment ne pas succomber corps et âme, pour ce chef-d’œuvre Demyen, librement inspiré du récit de Charles Perrault, et sa musique originale enflammée composée par le maestro par trois fois oscarisé, le bel et bien nommé Michel Legrand ? Tout dans ce conte musical, à la fois contemporain et ancestral, n’est qu’audace, fantaisie et majesté. Comment ne pas arrêter le cours de son temps pour toujours, devant cette fabuleuse fable de princesse en détresse de prince charmant ? Comment, face à cet imaginaire miroir cinématographique, ne pas rêver porter un beau jour, les robes de lune, de soleil et du (beau) temps ?
Comment ne pas battre à plein tambour à l’écoute de « Amour, Amour » ?

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Préparez votre, préparez votre pâte… Dans une jatte, dans une jatte plate… » Recette pour un cake d’amour/ Jacques Demy

peau-dane-6Peau d’âne et sa recette du cake d’amour demeurent un merveilleux mystère. La version restaurée par Criterion sous la supervision de Mathieu Demy est d’une pure beauté. Tous les trucages magnifiés en trompe-l’œil de l’époque sont sans âge et surpassent de loin les effets numériques des réalisations du même registre d’aujourd’hui (à quelques exceptions près tel l’onirique Tale of Tales). Quant aux décors, chacun d’entre eux est un trésor d’inventivité. Les costumes, élaborés entre Paris et Rome, sont tout simplement somptueux, dignes des plus grands contes fastueux. Les silhouettes faisant office de figuration, peinturlurées de la tête aux pieds, tantôt de rouge ou de bleu, donnent toute la singularité de ce récit, et l’élèvent ainsi au beau rang du surréalisme. La mise en scène de haute facture tisse haute-couture la trame du drame, à la mesure des compositions grandiloquentes et sur-mesure d’un Legrand au sommet de son Art. Les ralentis de la princesse élancée dans ses transports à travers le vert clair de la forêt sont remarquables d’onirisme. Toute la distribution est au diapason. Inoubliable Jean Marais en Roi en proie à l’Œdipe, au charisme ombrageux, romantique, inquiétant…

peau-dane-1Seul bémol, Catherine Deneuve n’est que le visage du chef-d’œuvre, la voix (en)chantée de peau d’âne est celle d’Anne Germain, défunte il y a peu, à l’instar de la suave Delphine Seyrig, qui ne donne pas non plus le La dans la peau de la fée des lilas… Dommage ! L’on aurait aimé ouïr la voix de peau d’âne en fumeuse de havanes ! On fermera les yeux aussi sur la scène finale et l’atterrissage de l’hélicoptère de fer dont l’apparition incongrue nous sort illico du film dix minutes avant la fin… Malgré ce dérapage contrôlé, Jacques Demy dans ce conte de fées assumé, inclassable, hors du temps, oscillant entre culture pop, volupté vintage, humour pétri de contrepèteries et courtoise poésie, signe, sans jamais sombrer dans la parodie kitch, un coup de maître en majesté.

Peau d’âne (Film de la scotomisation, Rate, ascendant Con*) à voir et à revoir enchanté.

Peau d’âne, de Jacques Demy Coffret Prestige Arte Vidéo / Ciné-Tamaris

*voir le dossier ciné Bertillien/Brazilien : Movie’s Anatomy


Bertille Delporte-Fontaine

 

 

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