Ouvert la nuit

Paris Pass illimité…

Avec son dernier film, Ouvert la nuit, l’ami Edouard Baer nous propose une plongée en apnée dans son Paris de la nuit, celui des coulisses du show-business, des passages et rues oubliés par les guides touristiques, des lumières de ceux qui s’affairent à minuit et non à midi, de ceux qui boivent jusqu’à déraison. Ouvert la nuit, c’est une invitation à la baguenaude, à l’insouciance, avec son lot de rencontres truculentes et de mésaventures qui prêtent à rire…

Au premier coup d’œil vitreux, on se croirait transportés dans le Paris d’Hemingway, le Paris verbeux de Sacha Guitry ou bavard de Woody Allen, et pourtant, comme souvent chez Baer, sa désormais cultissime désinvolture, en tout cas, celle de son protagoniste, Luigi (incarné par himself), cache un mal-être bien palpable, un désespoir tangible, que même les coups à boire ne parviennent à effacer. Douze ans après l’inclassable, Akoibon, Edouard nous signe là un film plus personnel qu’accessoire qui nous emmène dans son univers, certes branque et casse-gueule, mais aussi, mature et pensé.

Ouvert la nuit, avec son directeur borderline toujours confronté au même dilemme (sauver son business), c’est un peu l’histoire de Sisyphe qui est condamné à pousser éternellement son rocher en haut d’une colline jusqu’à ce qu’il re-dégringole, et ainsi de suite.

Luigi, l’antihéros en chef de ce film aux allures de farce (Baer a quelque chose de Molière), est un directeur de théâtre fuyant, qui, à une nuit de la première de la nouvelle pièce qui se joue en son antre, doit trouver le pognon vital à la survie du théâtre, et retrouver la confiance d’une équipe, d’une troupe, d’une famille de cœur et de chœurs, qui, à force d’être floutée, a perdu sa confiance en leur bien piètre pilier. Accompagné par le regard neuf et sans concession, mais toujours bienveillant de sa stagiaire Faeza (incarné avec justesse par une Sabrina Ouazani à qui il ne manque qu’un premier rôle pour briller comme il se doit), l’homme, va à coup de désinvolture tenter à sa façon (décousue et anarchique, forcément) de sauver son théâtre… Entre eux, c’est le choc des cultures, mais aussi des milieux sociaux. Elle vient de la rue. C’est un type du milieu qui s’est toujours débrouillé pour ne jamais se confronter aux ennuis de la réalité. Tout l’inverse de la jeune femme, qui, en spectatrice de son monde, joue les Jiminy Cricket.

Et puis, il y a Audrey Tautou, qui, avec son physique arthritique, sa gouaille parisienne des années Piaf, incarne une assistante mal traitée avec amour par son boss (et consentante aussi, un peu quand même) décalée et drolatique, chieuse comme on l’aime…

Sans oublier la troupe, avec à sa tête, le gaulois, farouche et pas facile, Grégory Gadebois, fort en gueule qui ne nous laisse jamais de bois.

Après toutes les péripéties de la nuit qui nous ont fait basculer dans un monde parallèle, où règne le rocambolesque et le désespoir, vient le petit matin et ses promesses d’espoir, la vie reprend, les coulisses ferment leurs portes, le théâtre ouvre les siennes, the show must go on.

Ouvert la nuit, de Edouard Baer, sorti en salles en janvier 2017, en VOD sur Internet, etc.


Arnaud Delporte-Fontaine

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