Le Feu Follet

lefeufolletafficheC’est un entraînement fatal où l’inconnu vous attire comme le feu follet fuyant sur les joncs d’une eau morte. » Gérard de Nerval/ Les filles du feu.

Alain Leroy est un vieux garçon, un intellectuel onanique, sans issue onirique, sans tissu organique, une faible flamme fugitive qui s’échappe de sa propre partition en décomposition, tel le feu follet en définition.

Librement adapté du roman homonyme de Drieu la Rochelle, Louis Malle nous livre un film rare, un film phare. Oscillant entre noir et blanc, mort et vie, feu et néant, cette flamme vacillante incarnée par un Maurice Ronet à la face froissée, en plein retour de flamme, excellemment orchestré par un Erik Satie au sommet de sa poésie, remarquablement mis en scène par un Louis Malle sur piédestal, nous maintient du début à la fin, sur le fil de cette destinée déchue qui ne cesse de s’effiler.

lefeufollet2Un homme face aux vertiges du vide de sa vie se fait maître d’œuvre de sa mort, et ainsi met en œuvre son Grand Œuvre celui d’œuvrer à son annihilation, seul savoir-(non)faire qu’il pense maîtriser. En phase terminale de sa crise existentielle, le protagoniste voué à sa proche agonie, prône son absence d’existence, sa nullité à être ou ne pas être, et toute l’absurdité qui s’ensuit. Ce feu follet illumine une pensée éclairée : seuls les remords semblent donner l’envie intime de mort. L’inaction est contraire à la passion, or se passionner pour la mort, et, en soi, une (im)possible raison de vivre.

Tu fais l’apologie de l’ombre parce que le soleil te blesse les yeux. » Pierre Drieu la Rochelle

lefeufollet1Autour de l’œuvre du Feu follet, du roman à l’écran, plane le spectre du suicide : un thème qui s’inscrit dans sa trame en une étrange généalogie. Le livre inspiré de la mort désespérée de Jacques Rigaut, donne l’impulsion à Drieu la Rochelle de mettre fin à ses jours… Le suicide serait-il un mal contagieux ?

Cet éternel feu follet, infécond de passion ou de raison, fécond d’annihilation, nous rappelle, qu’une fois l’étoile de la jeunesse éteinte ne reste pour certains, isolés, qu’une vie qui ne cesse en vain de s’étioler.

Je me tue, dit Alain, parce que vous ne m’avez pas aimé, parce que je ne vous ai pas aimés. Je me tue parce que nos rapports furent lâches, pour serrer nos rapports. Je laisserai sur vous une tache indélébile. Je sais bien qu’on vit mieux mort que vivant dans la mémoire de ses amis. Vous ne pensiez pas à moi, eh bien, vous ne m’oublierez jamais. » Pierre Drieu la Rochelle

Le Feu Follet (Film du Foie, ascendant Rate*) à voir et à revoir absolument.

Le Feu Follet, de Louis Malle, Gaumont, 1963, disponible en blu-ray (version restaurée) depuis novembre 2015.

*voir le dossier ciné Bertillien/Brazilien : Movie’s Anatomy


Bertille Delporte-Fontaine