Dallas Buyers Club

Quand les médecins racontent n’importe quoi…

Matthew McConaughey n’est pas un acteur qui fait dans la demi-mesure. Quand il endosse les traits émaciés de Ron Woodroof et s’en va-t-en guerre contre l’industrie pharmaceutique pour assurer sa survie, il embarque dans sa quête les parias, hors-castes, exclus de la société sous le soleil de Dallas, pédés défroqués, travestis antisociaux et autres ilotes des bas quartiers.

Dallas Buyers Club, c’est la lutte entre les pouvoirs publics et les droits fondamentaux. C’est l’histoire de mecs, de femmes, hétéroclites, adeptes de la bite ou de la vulve ou des deux (c’est mieux) qui sont condamnés au trépas par la médecine moderne, comme ça, d’un coup de verdict magique, parce qu’elle n’a pas trouvé de remède à leur mal maudit.

Le mal en question ? Le Tout-Puissant virus du sida, terreur des années quatre-vingt et toujours proactif, ces jours marqués par des menaces planétaires.

Quand on est pédé, on finit par choper le sida. Logique implacable en cours au vingtième siècle et aujourd’hui, chez les cols blancs bien montés. Sauf que dans notre film, c’est un macho homophobe qui se paie le vilain virus. « Bien fait pour sa gueule », beugleront certains ; c’est un juste retour des choses. Ouais…

D’un point de vue philosophique et initiatique, ce mal va s’avérer bénéfique pour l’esprit étriqué de Ron. Car ce type, pire qu’un cafard pris en flagrant délit de becquetage de pain dans votre cuisine, va refuser cette injuste mise à mort. Eh, comprenez-le, Ron, hétérosexuel bien dans ses boots, pourfendeur de vagins bouillonnants, se retrouve du jour au lendemain, comme ça, piégé dans les talons sidaïques de Rayon, la travestie grandiose incarnée par Jared Leto. Pas facile d’avaler cette couleuvre, n’est-ce-pas ?

Quand, un ignorant en blouse blanche lui annonce qu’il n’a plus que trente jours à vivre (et dans la douleur en plus), l’homme à l’orgueil plus blessé encore que son corps, change de fusil d’épaule et entame une lutte, d’abord pour sa survie, puis pour celle de ceux qui sont, comme lui, oubliés par un État qui s’intéresse plus à la menace « rouge » qu’aux souffrances de son peuple.

Quand on n’a pas la gueule de l’emploi, il n’est pas facile de décrocher un titre sociétal, comme un job bien calibré dans une banque avec pignon sur rue. C’est quoi, au juste, « avoir la gueule de l’emploi » ? Je n’en ai pas la moindre idée. Encore un concept culpabilisant pour mettre à la rue ceux dont l’esprit n’est pas passé dans le moule de la société de consommation.

Nos malades en question n’ont vraiment pas la gueule de l’emploi. Alors, quand les médecins leur annoncent la sentence ultime, comme c’est le cas dans le film, ils ont tendance à se replier sur eux-mêmes, à se laisser aller dans un fatalisme presque tragi-comique, excusez les Grecs.

À cet instant, ils ne se disent pas qu’il existe des alternatives à la sentence du médecin démiurge.

Quand, les chevilles enflées par leur complexe de Dieu, ils nous annoncent qu’ils ne peuvent plus rien pour nous, on a tendance à broyer du noir ou, à défaut de mieux, passer ses nerfs sur son voisin de table.

On ne se dit pas, qu’en dehors de leurs drogues de synthèse, il existe des plantes médicinales qui ont fait leurs preuves depuis plus de deux mille ans, ou des traitements alternatifs et autres cocktails vitaminés qui peuvent suffisamment booster notre système immunitaire défaillant et offrir à notre existence précaire un p’tit sursis.

Notre héros prend le contre-pied de cet abattement général typiquement occidental. En bon crevard, il se lance dans la contrebande de tout ce qui n’est pas autorisé par la FDA (Food and Drug Administration), pour simplifier, l’agence américaine qui s’occupe des médicaments, et importe tout ce qu’il trouve sur son chemin : du Peptide T, de l’AL-721, du destran sulfate, des traitements pas vraiment testés, pas homologués, pas forcément efficaces. Mais les démarches de ces précurseurs des années quatre-vingt (rappelons-le, le sida a officiellement fait son apparition sur les marchés publics en 1981) vont mettre en avant les cocktails vitaminés, l’importance de la nutrition pour notre système immunitaire et l’imperméabilité de notre intestin grêle, et aboutir (même si ça n’est pas une fin en soi) sur l’arrivée des premiers médicaments efficaces contre les infections opportunistes comme la tuberculose par exemple.

Parce que dans les années quatre-vingt, une médecine au service de l’hétéro bon chic bon genre ne s’est pas intéressée à cette maladie ne touchant soi-disant que les pédés ; ces hommes et ces femmes, exclus de leur société, ont, dans la contrainte, pris en charge leur futur et mis un coup de pied dans les préjugés des savants qui les condamnaient des années auparavant pour des mœurs pas plus débridées que les leurs.

Dallas Buyers Club, ou comment dilater les culs serrés.

Dallas Buyers Club, de Jean-Marc Vallée, sorti en salles en 2014, en vidéo en 2016


Arnaud Delporte-Fontaine

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