Beast

L’humanisme, ce n’est pas dire : « Ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait », c’est dire : « Nous avons refusé ce que voulait en nous la bête. » André Malraux

Une jeune fille vivant dans une bourgade retirée sur l’île Anglo-Normande de Jersey non loin de notre Normandie, est tiraillée entre une famille oppressante, avec une mère suffocante en tête de file, et son attirance pour un bel inconnu, ermite sur les bords, soupçonné de meurtres.

Voici un pitch « fait divers » efficace qui pourrait émoustiller votre envie d’aller lorgner du côté de ce premier film anglais, indépendant signé par un ancien résident de Jersey, Michael Pearce, avec un casting d’acteurs aussi singuliers que les rôles qu’ils interprètent : à commencer par Johnny Flynn qui se glisse dans la peau de Pascal, ce jeune Huckleberry Finn (et non, Flynn) aux séduisants instincts sauvages, et Jessie Buckley, la Moll, en proie aux passions indomptées, quasi tirée d’un roman des sœurs Brontë ou de Jane Austen.

On notera, cependant, que Johnny Flynn, troubadour mélancolique dans la vie, n’en est pas à ses premiers essais cinématographiques, il avait interprété avec brio, entre autres, un avatar de lui-même aux côtés d’Anne Hathaway, dans l’intimiste, Song one. Et dans ce présent métrage, diable ou dieu sait qu’il détonne…

On ne révèlera pas l’intrigue de ce film dans les pages virtuelles de nos Chroniques des Fontaines, aux récits cinématographiques égarés, parfois, décalés, souvent.

On vous incitera subtilement, sans grande manipulation de notre part (un peu quand même), à aller éveiller d’un coup d’hormones, votre curiosité bestiale qui, peut-être, attisera votre envie de dé-« couvrir » ce film, ô combien singulier, qui fait preuve d’une grande maturité, et surtout qui vous embarque, un peu comme l’avait fait Lars von Trier avec son Antichrist dans les confins de votre propre animalité.

Fait divers sordides mis à part (meurtres en série de jeunes filles dans une campagne mortuaire qui donne envie de glisser la corde fatale autour de son cou), le long métrage explore l’anima et l’animus tapis en vos seins, logés dans ces bas-ventres régis par les instincts les plus violents, ces ombres qui vous empêchent d’accéder à votre spiritualité, et offre à ses deux personnages, une danse endiablée sur le fil des falaises de Jersey, sur la corde raide de la faucheuse, au-delà des apparences trompeuses régies par les codes sociétaux, dans une sublime envolée lyrique, sulfureuse et romanesque, menant ses protagonistes droit sur le sentier ténébreux et sans retour de leurs démons.

Les faits des démons Incubes ou Succubes sont si multiples qu’on ne saurait les nier sans imprudence. » Saint Augustin D’Hippone

Beast, sanguin, sensuel, sensationnel.

Beast, de Michael Pearce, avec Johnny Flynn, Jessie Buckley, film anglais sorti en salles en 2018, disponible en VOD.


Arnaud Delporte-Fontaine