Watchmen

Watchmen watch us, but who watches the Watchmen? » (« Les Gardiens nous surveillent, mais qui surveille les Gardiens? »)

En 1986, date de la parution chez DC Comics de la série limitée Watchmen, signée par le cultissime duo britannique : Alan Moore au scénario et Dave Gibbons au dessin, nul ne s’attend à ce que l’uchronique saga marque autant son époque et les esprits, et au passage, cartonne en librairie.

En quelques lignes subtiles non sous-titrées, Watchmen, est une série qui dresse le portrait anxiogène de ces années 80 tétanisées par la guerre froide. Tandis que dans notre réalité, les Américains ont perdu la guerre du Vietnam et ont vu le Cow-boy, Ronald Reagan accéder au pouvoir, dans Watchmen, les États-Unis remportent la sordide guerre, tandis que Richard Nixon consolide son trône au pays des possibles.

Un groupe de super-héros dénué de pouvoirs, plus Kick-Ass que Spider-Man, The Watchmen (les Gardiens) joue aux vigilantes dans ce monde délétère dépeint par le pessimiste et visionnaire, Alan Moore. À leurs côtés, siège, en Prométhée, le titan omnipotent et omniscient, Dr. Manhattan, enfant chéri du nucléaire, qui file tel, Clotho dans la mythologie Grecque, les jours et les nuits de sa réalité. Minuit, l’heure du crime, l’un des vigilante, le « joker », Comédien, est assassiné. L’un deux, le schizoïde, Rorschach mène l’enquête. Il a douze heures pour dénouer les fils de l’intrigue à portée planétaire avant que ne débute la fin du monde.

Watchmen, plus qu’un récit d’anticipation, est une farce. Son auteur, Alan Moore dresse un portrait au vitriol d’une Amérique grand-guignolesque gavée d’idées consuméristes, qui pense avec sa panse.

God exists, and he is american. » Watchmen, Présentateur télé.

Il tourne en ridicule ces gamins du Nouveau Monde au sentiment de Toute-puissance qui se pissent dessus à la moindre alerte sans savoir comment éteindre les incendies nés de leurs folles expériences également critiquées dans le sublime, Dr. Strangelove de Stanley Kubrick.

Comme le dit si bien, Rorschach, le détective schizo de la saga :

Ce n’est pas moi qui suis enfermé avec vous, mais vous qui êtes enfermés avec moi ! »

Le reste du monde est emprisonné avec eux sur cette sphère terrestre pétaradante, et quoi qu’il advienne, il doit subir avec un grand sourire (d’où le smiley emblème de la série) leurs caprices du moment.

« Tout ça n’est qu’une farce », nous sert un Comédien qui livre un regard sans concession sur notre (in)humanité. En sublime portrait de nos obscurs subconscients, les mains plongées dans nos horreurs quotidiennes, il opte pour la franche rigolade sanglante (c’est un beau salaud).

The Watchmen, un cauchemar prophétique en devenir…

À lire sans tarder…

TIC TAC TIC TAC…

Une interview d’Alan Moore à propos des Watchmen, datée des années 80, à lire ici : http://www.urban-comics.com/sur-la-creation-de-watchmen-alan-moore/

À propos des adaptations cinématographiques de ses œuvres (rien à ajouter) :

Ce sont des films idiots, sans la moindre qualité, une insulte à tous les réalisateurs qui ont fait du cinéma ce qu’il est, des magiciens qui n’avaient pas besoin d’effets spéciaux et d’images informatiques pour suggérer l’invisible. Je refuse que mon nom serve à cautionner d’une quelconque manière ces entreprises obscènes, où l’on dépense l’équivalent du PNB d’un pays en voie de développement pour permettre à des ados ayant du mal à lire de passer deux heures de leur vie blasée. La majorité de la production est minable, quel que soit le support. Il y a des films merdiques, des disques merdiques, et des BD merdiques. La seule différence, c’est que si je fais une BD merdique, cela ne coûte pas cent millions de dollars. » Alan Moore, entretien dans la revue D-Side, n°29 juillet-août 2005.

Pour le reste, l’homme préférant l’ermitage (à raison) aux bains de foule délirants, libre à vous d’aller glaner des infos sur lui dans les enfers du Net.

Watchmen, scénario de Alan Moore, dessin de Dave Gibbons, DC comics, 1986-1987 (12 numéros).


Arnaud Delporte-Fontaine