Valérian, Tome 2, L’Empire des mille Planètes

Valérian, par-delà les étoiles de Deauville

La chronique de ce tome est la conséquence d’un voyage à Deauville qui a failli prendre l’eau. Alors que ma petite famille et moi-même étions en route pour la plage Chabadabada de la mythique station balnéaire, un coup de tonnerre du sort du vilain Thor, a fait jaillir une tempête sur le chemin menant aux planches sur lesquelles un homme et une femme se sont enlacés en 1966. Contraints de nous mettre à l’abri des humeurs célestes, nous nous sommes réfugiés dans les salles obscures du Morny-Club, cinéma de ladite cité du septième art. Là, en attendant que les cieux se calment, nous avons été confrontés à deux choix cinématographiques : la grosse machine de guerre de Nolan, Dunkerque, ou bien la grosse machine à fric de Besson, Valérian et la Cité des mille planètes. Avec un kid dans les pattes, nous avons opté pour l’option la moins sanglante.

Et là, second miracle, tandis que, dehors, les cieux tempêtaient, nous avons visionné avec un plaisir curieusement candide et une sérénité retrouvée un film pop-corn marketé pour un public avide de montagnes russes numériques… Ironie du sort, les deux protagonistes du film, Valérian et Laureline avaient, eux aussi, hâte d’en finir avec leur mission intergalactique pour goûter aux joies de la plage… Quand la fiction rejoint la réalité…

Quand le film prit congé, les cieux ombrageux avaient déjà cédé leur place à un soleil pimpant.  Nous avons enfin pu jouir de la plage un Trintignant « louche ».

Je n’ai jamais été un grand fan de Besson. En d’autres circonstances (autres qu’un cas de force majeur) je me serais abstenu d’une pareille attraction cinématographique (et pourtant, j’adore Dane DeHaan, l’interprète du héros, Valérian).

Mais, je dois quand même remercier Besson. Son film a sauvé mes vacances. Et m’a ouvert sur l’univers bédeesque de Christin et Mézières, les auteurs de la bande dessinée qui a inspiré le film du cinéaste français.

D’où la chronique de L’Empire des mille Planètes, le tome deux de la série de vingt-trois albums, dans lequel la saga plante ses racines.

Valérian, c’est un univers cosmopolite, un brin psychédélique, foisonnant d’idées bigarrées, avec son lot d’extraterrestres baroques qui ont tant inspiré George Lucas. Les auteurs s’éclatent à laisser voguer leur imaginaire, tant textuel que pictural. Le film de Besson a adapté sur grand écran le tome six de la série, L’Ambassadeur des Ombres, et emprunté le titre de ce tome-ci, sans doute parce que c’est là que la série prend vraiment ses marques.

De quoi ça cause, Valérian ? D’un duo, d’abord, amoureux en bonus, Valérian et Laureline, agents intergalactiques, chargés de maintenir la paix dans l’univers. Dans le volume présent, ils se rendent sur Syrte, une planète bien louche (encore une référence à Deauville) qui pourrait causer des ennuis à notre terre… Au menu, on trouve : une ribambelle de rebondissements haletants en écho à ceux que l’on trouve dans la série, Tintin, et un ton bon enfant très inspiré dénué du cynisme qui nous colle à la peau depuis les années 2000. Certains trouveront que les deux héros sont l’archétype de la naïveté. Que nenni. Ils sont tels qu’on écrivait les héros (frais et épiques) avant que les scénaristes ultra-référencés de chez Disney et autres majors ne cassent l’image de nos mythes ces dernières années (De Blanche Neige à Thor, et j’en passe et des horreurs). Valérian est droit, intrépide, quelque peu borné… Laureline, sa compagne et coéquipière glamour, est perspicace et futée comme tout. Loin d’être une jolie plante, il n’est pas rare qu’elle vole la vedette à son alter-ego masculin…

Et puis, Valérian, c’est une œuvre picturale narrée et dialoguée avec brio… On y retrouve ce texte si rare de nos jours dans la bédé ou ailleurs. Comme je le regrette. Nos pavés romanesques d’antan (adieu, Zola) se sont changés en journaux intimes pisseux (bonjour, les quarantenaires psychanalysés) tandis que les bandes dessinées par-dessus un texte foisonnant ne sont plus que des supports publicitaires destinés à lancer des productions animées ou cinématographiques ménopausées.

Heureusement, au-delà des étoiles de Christin et Mézières, il fait bon s’évader.

L’Empire des mille Planètes, vous emmène loin là-haut, là-haut, très loin, dans l’espace (ou pour reprendre Rimbaud : « Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin »).

Valérian, Tome 2, L’Empire des mille Planètes, édition spéciale avec un cahier de huit pages, scénario de Pierre Christin et dessin de Jean-Claude Mézières, Dargaud, sorti le 03 juillet 2017 (parution initiale en janvier 1971), 56 pages, 13,99 euros.


Arnaud Delporte-Fontaine

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