Ravage

Une série qui fait des ravages…

Avec l’adaptation en bande dessinée de Ravage du visionnaire, Barjavel, Glénat nous offre une nouvelle réflexion quant à la gloutonnerie pantagruélique de l’Homme qui n’a jamais su cohabiter avec la nature sans causer des ravages. Barjavel, donc, l’un des premiers français à s’être essayé à la science-fiction (mais non, Lovecraft n’est pas français ! Providence est aux States pas en Champagne-Ardenne, que diable !), aborde dans Ravage, son roman d’anticipation aussi anxiogène que puissant, paru en 1943, le déclin du modernisme dû à une surproduction abondante. Les machines comme les Hommes sont usés, les travailleurs sont essorés (hommage « Arlette »), le progrès tant vanté par la science pique du nez, plus rien ne marche. Alors, quand c’est la panne électrique mondiale, il faut bien trouver un moyen de survivre, et l’humain dépeint par Barjavel ne trouve rien de mieux que de guerroyer et retourner à la sauvagerie de nos ancêtres du Paléolithique chasseurs-cueilleurs.

Barjavel n’aime guère la société industrielle, c’est la clé de voûte de son œuvre, il suffit de lire ou de relire, entre autres, L’Enchanteur, Le diable l’emporte ou encore le mondialement célèbre, La Nuit des temps. Dans chacun de ces opus, il prône un retour à la nature et démontre que la surproduction ne sert qu’à affamer la planète pour enrichir (provisoirement) ses classes dirigeantes. Une quête bien vaine, le Graal est toujours à moitié plein ou vide selon que vous soyez optimiste ou pessimiste.

 

Quand au lait, sa production chimique était devenue si abondante que chaque foyer le recevait à domicile, à côté de l’eau chaude, de l’eau froide et de l’eau glacée, par canalisations. » Ravage/ Barjavel. 1943.

Alors, tout n’est pas bon chez Barjavel, là, je ne parle pas de l’œuvre, je parle de l’ « homme » qui aura publié ce même Ravage et quelques autres nouvelles de son cru dans le journal collaborationniste et antisémite, Je suis partout durant la Seconde Guerre Mondiale. Il sera blanchi (ah ah) après ladite guerre, mais eh, il aura quand même publié abondamment sous le régime pas sain de Pétain… Une ardoise difficile à effacer…
Il n’empêche, ses thèmes de prédilection qui sont la chute de la civilisation causée par un excès de la science, un gavage des ventres embourgeoisés et des guerres obtus à n’en plus finir, n’auront de cesse de nous hanter, nous, les enfants de la machine mal rodée…

Les auteurs de l’adaptation bédé, Jean-David Morvan, et Rey Macutay restent fidèles à « Barjo », le dessin notamment, retranscrit bien la barbarie onirique de l’auteur et nous plonge sans détours dans un récit aussi violent qu’haletant…

On retrouve la version bande dessinée de Ravage et des infos sur Barjavel par ici :

http://www.glenatbd.com/bd/ravage-tome-1-9782344000625.htm
http://www.glenatbd.com/bd/ravage-tome-2-9782344012307.htm
http://barjaweb.free.fr/SITE/

Ravage, tomes 1-2, scénario de Jean-David Morvan, dessin de Rey Macutay, Editions Glénat, 2016-2017, 48 pages, 13,90 euros le tome.


Arnaud Delporte-Fontaine