Les Seigneurs de la terre 1 & 2

L’héritage familial est plus souvent un fardeau qu’un cadeau.

Quand on se voit léguer un Empire ou bien un bout de terrain, on pense avoir tout gagné. Or, il n’en est rien. Avant même que vous ne l’ayez réalisé, le legs doré s’est emparé de votre liberté. Vous voilà piégé pour des générations à venir. Ainsi va l’Industrie. Ainsi va la Famille. Le héros de notre récit, Florian, fils d’un Empereur de l’Industrie agro-alimentaire avec son lot de pesticides, de chimie, de productivité exponentielle et de progrès technique soi-disant au service de l’humanité, va, a contrario, déraciner ses tubercules empoisonnés et emprunter la voie naturelle contraire à son père qu’est l’agriculture écolo à l’ancienne, sans additifs, sans fongicides, sans insecticides, sans herbicides et tous ces mots aux suffixes mortuaires. L’auteur des Seigneurs de la terre, Fabien Rodhain, milite depuis des années pour une agriculture responsable. Il nous livre là une saga régionale (l’action se situe en Rhône-Alpes) familiale sanguine et riche en drames qui fait écho à la cruauté du bestiaire humain de l’œuvre de Pagnol.

À l’heure où nous consommons, plus et toujours plus, les ressources amoindries d’une planète fébrile, il est bon de rappeler, comme le fait l’auteur de cette saga aux excellents dessins épurés (signés par le très classique Luca Malisan), que désormais tout nous est compté, que « consommation de masse » ne rime pas avec « consommation responsable » ou cette expression à la mode que j’abhorre mais qui parle à tous : « le bien manger ». Je ne vais pas réécrire un énième chapitre sur la pollution de nos sols ou de notre air (les pics de pollution, ça vous cause ? Non ? Selon Trump et certains hommes de droite, il paraît que ça n’est que pure fiction inventée par des écolos fumeurs de Marie-Jeanne), je l’ai suffisamment fait dans d’autres rubriques de ces mêmes Chroniques. Il n’empêche, notre héros, Florian, ancien avocat qui aurait pu s’offrir des bourses en or avec ce job qui siège dans l’ombre de la  finance, décide de tout plaquer pour devenir paysan, comme dans le bon vieux temps, « simplement », avec les difficultés et les obstacles qu’il faut affronter quand on doit lutter contre une agriculture intensive et polluante sur laquelle trône son hégémonique paternel (ah, Jean de Florette, comme je te plains !)

À suivre dans les deux tomes édités chez Glénat, jusqu’à présent, et plus, si vous êtes partants. Les Seigneurs de la terre, une saga éco-responsable signée par un duo engagé et sévèrement burné que je recommande diantrement.

Les curieux, allez jeter un œil du côté de chez l’auteur, ici

Les Seigneurs de la terre tomes 1 et 2, scénario de Fabien Rodhain et dessin de Luca Malisan, Glénat, février/ septembre 2016, 48 pages, 13,90 euros le tome.

Retrouvez en parallèle mon entretien humaniste et engagé avec Fabien Rodhain, ici, dans la rubrique « Les Parisiennes » « Rencontres & Entretiens ».


Arnaud Delporte-Fontaine

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