Le démon dans la bouteille & Le mariage de Spider-Man

Duo Iron Spider signé David Michelinie

David Michelinie est l’un de ces nombreux scénaristes de comics à avoir nourri l’imaginaire des gamins des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Ces kids, dont je fais(ais) partie se sont délectés des aventures qu’ils nous ont servies, sur commande, chaque mois durant. Michelinie, lui, nous aura régalés, notamment avec ses coups de génie apportés aux personnages d’Iron Man et de Spider-Man le temps de sa mainmise sur les héros qui, rappelons-le, appartiennent à une compagnie et ne sont pas libres de droit (chacune des idées des auteurs est discutée par les éditeurs et décideurs de la boîte. À noter qu’avant les années 2000, les scénaristes de chez Marvel jouissaient d’une plus grande liberté narrative qu’aujourd’hui. Marvel n’appartenait pas encore à la bonne conscience de Disney). Retrouvez l’interview offerte par David à nos chroniques, ici, sur nos pages. Sur cet article présent, je vous présente deux, parmi ses nombreux « arcs », célèbres dans le monde des comics, qui ont, autre autres, inspiré les adaptations cinéma de l’homme de fer (à ne pas confondre avec l’homme d’acier de la concurrence), et du tisseur de toiles : « Le démon dans la bouteille » côté, Tony Stark alias Iron Man et « Le mariage de Spider-Man ».

Côté Iron Man, « Le démon dans la bouteille », « Demon in a bottle » en VO, est une saga publiée en 1979 chez Marvel, comprenant (plus ou moins, selon l’avis des lecteurs) les épisodes 120 à 128 d’Iron Man (réunis en trade, voir ci-dessous), qui culmine à l’épisode 128 ; et qui narre la descente aux enfers de Tony Stark dans les cercles alcoolisés de la vie mondaine.

Nourri par l’adrénaline de l’instant présent, Tony n’en rate pas une dès qu’il s’agit de risquer sa vie, son entreprise, ses relations amoureuses. Rappelons-le, il survit grâce à l’électro-aimant de son armure qui empêche un éclat d’obus d’atteindre son cœur (du moins durant les premières années de ses aventures dessinées et dans la version cinéma). Risque-tout, joyeux luron, incorrigible Don Juan, Tony, génie de surcroît, quand il revêt son invincible armure de fer, venge les faibles et les opprimés. L’aventure est, métaphoriquement comme physiquement, encrée au cœur de sa vie. L’homme a tout pour plaire. Et pourtant… Cette adrénaline sans arrêt, cette soif sans fin, ce goût sans soif du risque dès lors qu’il conduit l’une de ses cylindrées ou pilote son armure vont le mener à sa perte. Car, le Stark dépeint durant le premier run de Michelinie (avide de la liqueur Stark, David a remis le couvert des années après) adore se castagner contre des adversaires plus puissants que lui, tel Namor, l’arrogant prince des mers, ou se mesurer aux portefeuilles de la concurrence industrielle, tel celui du malhonnête, Justin Hammer. Flanqué de son fidèle pote, Rhodey (à cette époque, il n’a pas encore endossé l’habit d’Iron Man, ni adopté l’identité de War Machine), et de Bethany Cabe, sa bodyguard aux courbes avantageuses qui finiront, comme toutes (les courbes de ces dames), dans le lit fortuné de Tony, Stark navigue sans répit entre coups de théâtre (hacking de son armure), troubles en eaux pas douces (il affronte Namor à mille lieues sous les mers), de rebondissements (il se fait capturer par son tricheur de rival, Hammer), aux drames personnels (il pète une durite en armure d’Iron Man après avoir abusé de la bouteille). Assisté au scénario et à l’encrage par Bob Layton, lui aussi addict au cru Stark, et de John Romita Jr., le génial fils de son génie de père qui offre à Stark et son alter de fer des planches anthologiques, David Michelinie donne vie à un héros aussi puissant que fébrile à l’ère (la fin des seventies) où la concurrence de chez DC sert des héros tout-puissants (ils n’ont pas tardé à changer de cap, notamment avec la réécriture de Batman, par Frank Miller). C’est la grande force de Marvel, donner corps à des héros aussi invulnérables que faillibles, dépendant d’un marteau indestructible offert par un père divin avec droit de vie et de mort sur l’existence de son fils dans le cas du « puissant Thor », ou des cruelles responsabilités qui découlent des pouvoirs offerts par une araignée radioactive dans le cas de Peter Parker, ou bien de l’horreur d’être nés avec des pouvoirs divins qui font d’eux des parias, dans le cas des X-Men.

Durant les années quatre-vingt-dix, Michelinie reviendra pour un second run sur Iron Man et n’épargnera guère le playboy qui verra sa technologie piratée, sera traqué par ses pairs super héroïques, enfin, clou du spectacle, ses inconséquents badinages le mèneront à une paraplégie qui l’emprisonnera comme lors de ses premières aventures dans les cloisons étouffantes de l’armure d’Iron Man… Autres épisodes mythiques signés David Michelinie à lire…

Iron-Man, Arc « Demon in a bottle » : The invincible Iron Man 120-128 (le 128 est le véritable épisode titré « Demon in a bottle ») scénarisés par David Michelinie et Bob Layton ; avec John Romita Jr. au dessin, à l’exception de l’épisode 122 dessiné par Carmine Infantino ; Bob Layton encre le tout. Saga parue chez Marvel en 1979. On retrouve les épisodes dans le recueil Iron Man, Demon in a bottle paru en 2006 chez Marvel Comics. 24,99 dollars (en vente moins cher sur le Net).


« Le mariage de Spider-Man » n’est pas une saga à proprement parler, mais un tournant dans la vie de Peter Parker, jusqu’alors célibataire sans le sou malchanceux côté gonzesses qui, du jour au lendemain, se retrouve marié avec un célèbre top model friqué, son amie d’enfance, Mary Jane Watson.

Alors, ça n’est venu comme ça. Il aura fallu gravir des montagnes de scripts pour en arriver là. Mary Jane et Peter se connaissent depuis l’aube des aventures de Spider-Man. On l’entraperçoit dans l’épisode 25 de The Amazing Spider-Man, mais elle fait réellement sa première apparition sous les coups de crayon passionnés de John Romita père, dans l’épisode 42 de la série. Les deux vont longtemps batifoler avant de devenir amis, amants, puis rependre chacun leur chemin. Entre-deux, le lot de drames, propres aux comic books, vont s’ensuivre, mais rien n’égalera la mort tragique de Gwen Stacy. Côté MJ, ce sont des drames familiaux qui seront mis au grand jour. Elle confiera son enfance malheureuse vécue sous le joug de la violence de son père à Peter Parker dans l’incontournable épisode The Amazing Spider-Man 259 signé par l’inséparable duo, Tom DeFalco/ Ron Frenz, lequel va réécrire à jamais les relations entre Peter et Mary Jane. Mais c’est dans l’épisode 257 au cours duquel elle va révéler à Peter qu’elle sait qu’il est Spider-Man que tout va basculer pour lui et MJ. Rappelons-le, à cette époque, nul (hormis Norman Osborn) n’est au courant de l’identité de Spider-Man. Ces points culminants dans la vie du tisseur vont donner à David Michelinie les instruments qui vont lui permettre de tisser les toiles du futur du duo clé des aventures de Spider-Man, avec ce mariage qui va enfin célébrer, en grande pompe, comme il se doit, l’amour de nos héros, publié dans le Giant-Sized Annual, The Amazing Spider-Man 21. Durant les nombreuses années (de 1987 à 1994) qu’il va passer à broder le fil des aventures de Spidey (nul, à l’exception de Stan Lee et Dan Slott, depuis peu, n’aura tenu aussi longtemps les rênes de Spider-Man), l’auteur aura la chance d’être entouré de collaborateurs de renom, tel John Romita Jr., qui, en digne fils de son père va lui aussi rendre ses lettres de noblesses à Spidey, ou d’autres, qui durant son run se feront un nom, tels Todd McFarlane (Spawn) et son style spaghetti ou Erik Larsen, et sa patte cartoonesque (savage Dragon). David, aux scripts plus centrés sur le quotidien des héros que sur leurs super aventures, va offrir à ces personnages usés par d’interminables combats, une humanité qui les rendra crédibles à nos yeux avides de nouveautés.

Sans les contributions de scénaristes comme David Michelinie, Roy Thomas, Roger Stern, Chris Claremont, John Byrne, Tom DeFalco, Mark Gruenwald, Walter et Louise Simonson, Kurt Busiek, Frank Miller, Jim Starlin, Ann Nocenti, Grant Morrison, Michael Straczynski, Ed Brubaker ou Brian Michael Bendis plus récemment (et tellement d’autres talents…), sans oublier Stan Lee Jack Kirby, les gus à l’origine de toutes ces supers gourmandises, les héros de papier de chez Marvel n’auraient jamais connu un tel succès au cinéma. Ne l’oublions pas, derrière ces mythes modernes, ce sont des types, bien souvent barbus et arthritiques (ils dorment peu, mangent mal), qui nous servent sur des plateaux mensuels ces histoires à suivre sans fin… On les remercie, enfin !

Spider-Man, Arc « Le mariage de Spider-Man » : The Amazing Spider-Man 290, 291, 292 (épisodes scénarisés par David Michelinie ; John Romita Jr. dessine les épisodes 290, 291, Alex Saviuk le 292 ; Vince Colletta encre le tout. Avec l’épisode du mariage : Giant-Sized Annual, The Amazing Spider-Man 21 : Special Wedding issue ! scénarisé par David Michelinie avec la participation de Jim Shooter ; dessiné par Paul Ryan ; encré par Vince Colletta. Parus chez Marvel en 1987. On retrouve les épisodes dans le recueil The Amazing Spider-Man, Kraven’s Last hunt (Spider-Man, vol.17) Epic collection, Marvel Comics, paru en 2017. 39,99 dollars (en vente moins cher sur le Net).


Notre interview de ce cher David Michelinie:

https://chroniquesdesfontaines.wordpress.com/les-parisiennes/rencontres-entretiens/interview-shakespeares-language-with-david-michelinie/

Des liens, en vrac, sur David:

https://www.facebook.com/david.michelinie
https://comicvine.gamespot.com/david-michelinie/4040-40650/
http://www.marvel-world.com/encyclopedie-931-fiche-michelinie-david-auteurs.html

Du bon sur John Romita Jr. :

https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Salvatore_Romita
https://www.instagram.com/explore/tags/johnromitajr/?hl=fr

Sans oublier Bob Layton :

https://www.boblayton.com/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bob_Layton

Ni Paul Ryan (trépassé en 2016) :

https://www.bedetheque.com/auteur-22747-BD-Ryan-Paul.html

Ou Vince Colletta (parti en 1991) :

https://www.2dgalleries.com/artist/vince-colletta-2140 

Ou encore Carmine Infantino (disparu en 2013) :

https://www.syfy.com/syfywire/carmine-infantino-comic-covers

Retrouvez en parallèle mon interview “Shakespeare’s language” with David Michelinie!, ici, dans la rubrique « Les Parisiennes » « Rencontres & Entretiens ».


Arnaud Delporte-Fontaine