Cher François

Le mystère François

Pas évident de présenter ce carnet de bord consacré au mandat présidentiel de François Hollande (une époque déjà si lointaine) signé et illustré par Louison, la dessinatrice de presse humoristique.

Cher François. De quoi ça parle ? C’est un carnet de bord illustré qui retrace avec humour, légèreté et tendresse quelques parenthèses ouvertes de-ci de-là par Louison lors de la présidentielle de Hollande. La croqueuse a eu la chance de partager quelques précieux moments à la fois intimes et fugaces avec l’homme durant son mandat. En bonus, il lui aura offert un avant-propos tout aussi brillant que sibyllin.

La relation entre Louison et François Hollande est aussi impalpable que tangible, tant le duo n’entre jamais dans la sphère intime de l’autre. En réalité, c’est un duo comique qui se crée, Louison et Hollande jouent des mots avec brio et, tel un numéro bien rodé, échangent des saillies bien huilées. On n’en saura guère plus sur les états d’âme, ou la position de François Hollande quant à notre pays, ou le coup de poignard dans le dos de son successeur, Emmanuel Macron. A-t-il perçu le danger ou bien a-t-il délibérément fermé les yeux en esquivant la question (car Hollande, est, il faut le dire, le roi de la dérobade) ? S’il a, délibérément, choisi de fermer les yeux, on peut dire, je peux vous le dire à titre personnel, monsieur le Président : « vous avez fait une belle connerie ». Ne me tenez pas rigueur de cette franchise déculottée. Je suis le plus simplement du monde déçu (et je ne suis pas le seul, croyez-moi) que vous ne soyez pas resté pour les prolongations et que, pareil à Zidane, lors de son dernier mondial, vous ayez foiré votre sortie. Car de mon point de vue, votre devoir était de vous battre jusqu’au bout, même si le combat était perdu d’avance, même si la gamelle électorale était à venir. Au moins, vous auriez pu défendre et cautionner votre bilan, en vous représentant face aux « alliés » qui ont œuvré contre vous et votre gauche. Et, peut-être éviter à notre pays, ce présent censuré.

Tout du long du carnet tracé par Louison, l’homme, tel un artiste de l’esquive joue les anguilles, use et abuse du calembour, se faufile entre les balles interrogatives de Louison et, du coup, conserve tout son mystère. On le devine, c’est pour cacher une grande pudeur que Hollande s’est créé cette armure-subterfuge. Certains l’accuseront d’abuser de la dérobade… Peut-être avait-il suffisamment à gérer (entre les attentats, la crise climatique, les guerres partout dans le monde, les contrats à conclure avec nos alliés, eh ouais, la France est une grande entreprise qu’il faut rentabiliser) pour s’arrêter sur les petitesses de son entourage (les crasses de ses ex-compagnes, les maladresses de sa famille en début de mandat, les prises de parole à tort et à travers de ses ministres, et pour couronner le tout, la trahison de son protégé, Brutus, pardon, Macron).

Avec lui, on ne sait jamais sur quel pied danser, il pourrait convaincre un valseur viennois de valser à l’anglaise tant il maîtrise l’art de l’artifice :

Alors si tout dans un dessin n’est pas exact, rien n’est complètement faux ».

François Hollande est au-dessus du débat, et cela agace ses proches. Vous l’aurez remarqué, plus vous prenez de la distance avec la petitesse, plus l’on a tendance à vous écorner. Qu’à cela ne tienne, Hollande s’en fout, du long de son « règne », il bosse d’arrache-pied, quitte à oublier son parapluie lors des inaugurations ennuagées. Rien ne l’arrête ni les fientes de pigeon, ni les ricanements dans son ombre, ni la barbarie sur sa terre.

Avec cette volonté qui fut la mienne de servir jusqu’au bout et d’alerter mes compatriotes sur les dangers des promesses fallacieuses et des incantations haineuses ».

Tout comme Louison, qui pourtant, à sa manière arrive à faire baisser la garde de l’ex-président, on reste sur notre faim quant à l’énigme Hollande. Qui est cet homme ? Un technocrate qui a servi son pays, point final, et qui retourne vivre sa vie auprès de la « peopolade » ? Un homme qui n’est pas en phase avec ses électeurs ? Un visionnaire en déni ? Un humaniste refoulé ? Ou bien un fin stratège qui sait que son heure reste encore à venir ? Ou bien tout cela en même temps ?

Reviendra-t-il sur le devant de la scène politique ? Si, oui ? Comment ? Les portes restent ouvertes, car, pour sûr, après le règne Napoléonien de Macron, la France aura besoin d’un coup de balais libertaire.

Je vous laisse méditer sur le dernier passage de son avant-propos :

Agir jusqu’à la dernière seconde et parler pour que tout fut dit même si beaucoup restera encore à écrire. Tel était mon dessein cher Louison ».

Cher François, à bientôt, sans doute, peut-être, ou bien ? François, vous êtes là ?

Si vous désirez croquer un bout en compagnie de Louison, c’est par ici :

http://louison-et-les-crayons.blogspot.fr/

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https://twitter.com/fhollande?lang=fr

Cher François, carnet graphique de Louison, collection Marabulles,
Marabout, octobre 2017, 144 pages, 17,90 euros.


Arnaud Delporte-Fontaine

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