Julie Vignon de Courcy, DANS LA PEAU

Quand j’étais enfant, vers sept ans, j’avais dit à ma mère, de but en blanc, ces quelques mots sortis de tout propos et de tout affect à-propos :
« Maman, quand je serai grande, je me marierai, une, deux fois, avec un auteur ou un compositeur ou avec les deux. Je serai veuve. Oui, une seule fois. Une jeune veuve comme ces belles siciliennes entourées de cent chats. »

Tu m’avais alors répondu, Maman, que je racontais n’importe quoi. Aujourd’hui, toi qui as perdu toute mémoire jusqu’à ma venue au monde, presque, tu ne peux ni cautionner mes dires, ni les renier, du reste… Mais, je le sais, l’armoire à tiroir renfermant fermement ton inconscient détient cette vision du passé surgissant. Depuis, l’accident, j’entends souvent ta voix insidieuse me murmurer : « Pauvre Julie ! Dans l’idée fixe Vindémiatrix de perdre ton mari, tu avais omis, certainement par déni, que ta jolie fille trépasserait aussi avec lui ! » C‘est la voix de ton néant, Maman, qui a fait ressurgir en moi ce souvenir fustigeant. Et, c’est vrai, je n’avais pas perçu la perte de mon enfant. Et ce n’était pas du déni. Jamais ce mal n’aurait du arriver. Non, ça ne devait pas être ainsi.

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Camille Claudel, DANS LA PEAU

Ah divine beauté, fleur qui parle et qui aime, fleur intelligente, ma chérie. Ma très bonne, à deux genoux, devant ton beau corps que j’étreins ». Rodin


Je ne voulais pas être ton élève. Rodin. Non ! Je ne voulais pas naître ou renaître dans tes mains. Je suis née sans dieu ni maître ! Depuis toujours mon cœur, bien que félin, se sent orphelin. La faiblesse de mon sexe s’ajoute au complexe de mon mixte baptême. Je ne sais si femme ou homme, je vis, ou édifie mon œuvre. Je me sais juste le créateur de ma propre passion en voie de dévastation, assujettie, à l’Atelier du Sculpteur, en constellation. Sans conciliation. Je n’avais donc, ni besoin ni intention de prendre, père ou bien frère en possession ou substitution. De père (pardon, d’être ta déception, papa), je ne sens, à présent, que les cieux, tirés du bleu de mes yeux. De frère, j’en ai eu deux. L’un fantôme-né, et l’autre puîné qui me colle de trop près à la peau… À croire qu’il me la vole, cette peau de chagrin, mon petit Paul, sans en porter l’étau… Et ma mère, et ma sœur dans tout cela ? Pourtant, toi, Rodin, tu as osé et ose encore, t’imposer en maître, virtuose, devant moi…

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John Doe, DANS LA PEAU

John Doe, c’est comme ça que l’on se doit de m’appeler. Je suis John Doe par choix. Avec ce sobre sobriquet, tiré à la courte paille, je réponds à l’appel, vaille que vaille. Pourtant j’aurais pu saisir bien des noms (tirés, cette fois, par les cheveux), à la pelle. J’aurai pu être, pêle-mêle : un monsieur Durand élevé au haut rang du ô combien sanglant ; un monsieur Ducon suceur de moelle à con ; un tartempion de service pourfendeur en sévices ; un énième Jack, éventreur de mamelons, troufions et tous jupons ; un monsieur (qui tue) tout le monde (à la ronde) ; un quidam à l’âme bas de gamme qui vire à son grand dam au beau drame ; un citoyen lambda qui larde le gras dans de sales draps ; un type trucmuche qui gamahuche à mort la mort sans faire l’autruche ; un Sir Du Schnock un peu toc toc qui knock knock à la faucille et au marteau jusqu’à la Faux (faut ce qu’il faut)…

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Barbara, DANS LA PEAU

J’ai quitté Batignolles, ce matin-là, j’ai laissé mes années d’errance, mes années folles, pour Rémusat, je m’y sens chez moi. À deux pas de la Seine, une nouvelle île aux mimosas me hèle, et l’Allée des Cygnes m’accueille à grandes ailes, sous le signe et le seuil de la Liberté en stèle… Oui, je m’y plais, j’ai trouvé ma maison, je crois, sans fausses notes, anicroches ni croche-pattes qui dénotent…

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Will Hunting, DANS LA PEAU

Je m’appelle Will. Will Hunting, décodez SVP : « volonté de chasser ». Ma vie, en abécédaire, la voici : « Baston, Baseball, et Bière ». Ce sont mes trois plans « B » sur la comète-terre, sans carrière, je les suis à la lettre, et j’en suis fier. Mon bastion est Boston Sud. Je me suis fait tout seul. Je trace ma route sans regarder en arrière. Je me fiche d’où je suis né, ou ce qu’il s’est passé par le passé (mon passé, je l’ai passé sous X). Je suis juste un fils de rien, et ça me va bien. Je peux réinventer mon identité à loisir, et recréer à la demande  n’importe quel souvenir. Je vis le présent sans penser à hier ou à demain…

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Mona, DANS LA PEAU

Je travaille à l’aurore, gare du Nord, tous les jours de la semaine. Je me démène, c’est le fruit de ma peine. Je travaille sans relâche dès que les murs me relâchent. Je vis ma vie en semi-liberté entre deux trains, c’est mon train-train. Je ne me plains pas. C’est tout ce qui me tient. C’est tout ce qui me retient. Je prends l’air. Je voudrais prendre le large. Je ronge mon frein. Je ne me pose plus trop de questions. Je vis la vie comme elle vient. Au jour le jour. Je ne pense pas à la nuit. La nuit, je m’enfouis entre mes murs, je m’enfuis dans mon futur sans rêve, oui, j’ai fait une trêve sur mes rêves. Je ne me fais pas d’idées sur mon avenir. Je n’ai pas de désir particulier. Je n’ai pas d’attentes déraisonnées. Je sais d’où je viens, je saurai où je vais. Ça me va bien. Je me contenterai de ce que j’aurai, ma liberté. Je laisse les caprices à Marianne…

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Marilyn Monroe, DANS LA PEAU

Mortenson ou Baker ? Norma Jean ou Marilyn ? Qui suis-je ? Sex-symbol ou baby doll ? Orpheline Ophélie érotique ou pupille pépite de l’Amérique ? Que suis-je ? Un sex-appeal côté pile… un passé sous silence côté face…  Un grain de beauté en point final pour ponctuer la douce folie qui sera inéluctable… Je suis la femme qui me sera fatale…

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George Sand, DANS LA PEAU

portraitdanslapeauGeorge-Sand Je suis très émue. je crois que je vis, chaque jour qui passe, toujours plus vive.

Née un 1er juillet à l’Espérance d’un été indien sans infernal hiver, me voilà revenue encore à l’aurore de mon destin, à la fois fille de Paris, hors-champ, arrangée au rang des pâquerettes et enfant d’un masculin dessein à paraître… Éclose, si tôt, si j’ose, dans la peau de cet homme, de ce George qui me colle maintenant à la pomme, comme un masque à moustache. Même si, oui, je me sens en femme… Plus que je ne l’ai jamais ressenti auparavant.

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Dans la peau

logo-dans-la-peau-chroniques-des-fontaines-definitif-okrecolor-boldJ’ai conçu initialement, la rubrique DANS LA PEAU pour le magazine Brazil, où je me glisse, chaque mois, dans la peau des personnages fictifs de cinéma, hommes ou femmes, de tout âge, de Dorothy Vallens/ Blue Velvet, à Lou Bloom/ Night Call, en passant par Mia Wallace/ Pulp Fiction

J’avais envie, dans le cadre des Chroniques des Fontaines, d’élargir mon champ de vision, et de changer de point de vue. C’est ainsi que cette nouvelle version de DANS LA PEAU est née….

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